Législatives en Italie : incertitude après un raz-de-marée des forces antisystème

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Silvio Berlusconi pourrait être amené à se ranger derrière son allié d'extrême droite, Matteo Salvini, dont la "Ligue" est arrivée en tête du scrutin ce dimanche (crédit: Franck IOVENE/AFP)

Une percée historique des forces antisystème, eurosceptiques et d’extrême droite, majoritaires en voix et en sièges après les législatives dimanche, bouleverse la donne et plonge l’Italie dans l’incertitude politique.

Avec un vote marqué à la fois par le rejet de la vieille classe politique, l’exaspération face au marasme économique et les tensions autour des migrants, l’Italie s’inscrit ainsi dans la lignée du Brexit, de la victoire de Donald Trump aux États-Unis et de la poussée de l’extrême droite ailleurs en Europe. « Pour la première fois en Europe, les forces antisystème l’emportent », a résumé l’éditorialiste du quotidien La Stampa.

La coalition formée par Forza Italia de Silvio Berlusconi, la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite) et le petit parti Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), obtient quelque 37 % des voix, selon des résultats partiels portant sur 73 % des bureaux de vote. Mais à l’intérieur de cette coalition, c’est la formation eurosceptique et anti-immigration de M.Salvini, proche du Front national (FN) français, qui est en tête, ce qui pourrait obliger le vieux milliardaire à se ranger derrière son jeune allié, s’il y avait moyen de former un gouvernement.

Cette perspective est mise à mal par la percée historique du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème), qui devient le premier parti du pays, avec un score dépassant pour l’instant les 31 %. Désormais, « tout le monde devra parler avec nous », s’est réjoui Alessandro Di Battista, l’un des responsables du mouvement, après une campagne dirigée contre la corruption et la « caste » politique italienne.

Une campagne électorale violente et xénophobe

M. Salvini, qui a transformé l’ancienne Ligue du Nord sécessionniste en une formation souverainiste, a martelé de son côté un discours anti-immigration et méfiant à l’égard de Bruxelles, qui semble avoir porté dans un pays en proie à l’euroscepticisme, qui a vu débarquer près de 700.000 migrants depuis 2013.

« Les Italiens d’abord », « Stop à l’invasion », …les affiches électorales au siège de la Ligue à Milan (nord) rappelaient dimanche ces grands thèmes d’une campagne qui a aussi vu l’affirmation de mouvements néofascistes et des tensions, parfois même des violences, avec des militants d’extrême gauche.

« Mon premier commentaire : merci ! », a tweeté vers minuit M. Salvini, qui aura 45 ans vendredi. Il a prévu de s’exprimer devant la presse lundi en fin de matinée. Silvio Berlusconi, qui s’était présenté à Bruxelles comme le seul rempart contre les populistes et les forces anti-euro, a donc perdu son pari.

À l’étranger, Marine Le Pen, présidente du FN, a adressé via Twitter ses « chaleureuses félicitations » à M. Salvini, estimant que sa « progression spectaculaire » était « une nouvelle étape du réveil des peuples ». Nigel Farage, ex-chef de l’Ukip, parti pro-Brexit en Grande-Bretagne, a pour sa part félicité sur Twitter ses « collègues » du M5S. Ce mouvement, fondé par le comique Beppe Grillo en 2009, avait déjà créé la surprise en raflant 25 % des voix aux dernières législatives de 2013. Il s’assure une position centrale dans le futur Parlement.

« Tout cela ne conduit à aucune forme de gouvernabilité »

Le Parti démocrate (PD, centre gauche) de Matteo Renzi et du gouvernement sortant a, de son côté, enregistré dans les urnes une baisse plus forte que redouté, avec environ 19 % des voix, selon les résultats partiels – soit moins de la moitié des 40 % obtenus aux élections européennes de 2014.

« Il est clair que pour nous il s’agit d’une défaite évidente », a commenté Maurizio Martina, un des plus hauts responsables du PD. C’est d’ailleurs l’ensemble de la gauche qui boit la tasse. Les frondeurs de Liberi e uguali (libres et égaux, gauche), sont à peine au-dessus du seuil des 3 % nécessaires pour entrer au Parlement.

L’absence probable de majorité pour la coalition de droite comme pour le M5S contraint les leaders politiques italiens à des calculs et des tractations, qui s’annoncent longs et complexes. Une alliance « antisystème » entre le M5S et la Ligue semble la seule susceptible d’obtenir une majorité parlementaire. Les dirigeants des deux formations ont jusqu’à présent catégoriquement rejeté cette éventualité, et une partie de leurs troupes pourraient avoir du mal à suivre s’ils changent d’avis. « Les vainqueurs de cette bataille électorale sont Matteo Salvini et Luigi di Maio », le chef de file du M5S, mais « tout cela ne conduit à aucune forme de gouvernabilité », assure ainsi l’éditorialiste de La Stampa.

À la Bourse de Milan, les marchés financiers ont pris la nouvelle avec une relative sérénité : l’indice FTSE Mib a ouvert en baisse de 2 %, avant de se reprendre autour de -0,5 % en 20 minutes. Il appartiendra donc au président italien, Sergio Mattarella, de démêler l’écheveau dans les semaines qui suivent, afin de confier un « mandat exploratoire » à celui ou celle qui lui paraîtra en mesure d’obtenir une majorité. Ces consultations politiques officielles ne s’ouvriront pas avant la fin du mois au plus tôt, après l’élection des présidents des deux chambres, ouvrant une nouvelle période d’instabilité en Italie, qui pourrait déboucher à terme sur de nouvelles élections.

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