Leila Rhiwi, d'ONU Femmes : "Trop d'hommes continuent de défendre les violences à l'égard des femmes"

Pour la représentante d'ONU Femmes au Maghreb, Leila Rhiwi, nombreux sont les hommes qui continuent de défendre des normes qui perpétuent les discriminations et la violence à l'égard des femmes.

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Leila Rhiwi, représentante d'ONU Femmes pour le Maghreb. Crédit MAP

ONU Femmes a rendu public ce mardi les résultats de son étude « IMAGES » sur « les masculinités et l’égalité des sexes », menée en 2016 dans la région Rabat-Salé-Kénitra. L’étude propose une lecture comparée de la vie des hommes – en tant que fils, maris et pères -, à la maison et au travail, dans la vie publique et privée pour « mieux comprendre comment ils perçoivent leur statut d’hommes, leurs attitudes et actions en faveur de l’égalité des sexes« . Nous nous sommes entretenus avec Leila Rhiwi, représentante d’ONU Femmes pour le Maghreb.

Lire aussi : 40 % des hommes marocains pensent que les femmes méritent d’être battues

Telquel.ma : Qu’est-ce qui vous a inspiré cette étude sur l’égalité des sexes ?

Leila Rhiwi : Cette étude multipays menée au Liban, en Palestine, en Egypte et sur la région Rabat-Salé- Kénitra au Maroc examine les perceptions, les pratiques et les attitudes des hommes et des femmes sur un ensemble de questions majeures, notamment sur l’égalité entre les sexes, l’autonomisation des femmes, la violence à l’égard des femmes, les prises de décisions au sein des ménages, la paternité, la participation des hommes à la prise en charge familiale et aux tâches ménagères, les vulnérabilités selon le sexe en matière de santé, ou l’insécurité pour ne citer que ceux-ci.

Les résultats obtenus dans la région Rabat-Salé-Kénitra sont-ils représentatifs du reste du Maroc ?

L’enquête quantitative a collecté des données auprès d’un échantillon de 2.400 personnes (1.200 hommes et 1.200 femmes) âgées de 18 à 59 ans, réparties sur 80 Communes urbaines et rurales appartenant à sept provinces et préfectures de la nouvelle grande région de Rabat-Salé-Kénitra.

Une enquête qualitative a été menée parallèlement à l’étude quantitative. Le choix de cette zone géographique a été dicté par des considérations liées notamment aux moyens alloués à l’enquête et aux contraintes du terrain. La base de sondage retenue a été élaborée par le Haut-Commissariat au Plan, issue du dernier recensement de la population et de l’habitat de 2014.

Cependant, même si ce choix a été considéré comme optimal compte tenu du cadre et des contraintes de cette étude, il faudrait interpréter les résultats avec prudence, car ils ne sont représentatifs que de la région enquêtée et ne sont pas nécessairement valables pour l’ensemble du Maroc.

Si les conditions et les moyens le permettent, il serait souhaitable que cette enquête puisse être réalisée dans d’autres régions ou généralisée dans l’ensemble du Maroc, afin de donner une vue d’ensemble des relations de genre au Maroc. Je ne peux donc pas m’avancer sur ce point en faisant des conclusions pour l’ensemble du pays, sur la base des résultats d’une seule région.

Selon cette étude, près de 40 % des hommes pensent que les femmes méritent (parfois) d’être battues. Qu’est-ce qui explique ce recours à la violence contre les femmes ?

Trop d’hommes dans les quatre pays où l’enquête a été menée continuent de défendre des normes qui perpétuent les discriminations et la violence à l’égard des femmes ou qui les confinent à des rôles traditionnels, et la façon dont ils manifestent ces attitudes est préjudiciable, non seulement pour les femmes et les enfants, mais aussi pour eux-mêmes. Ceci peut en partie expliquer pourquoi les violences fondées sur le genre sont aussi répandues et pourquoi le taux de participation économique des femmes dans cette région est l’un des plus faibles au monde.

D’où la nécessité d’agir en amont pour promouvoir une éducation égalitaire et non violente fondée sur le respect mutuel aussi bien dans la famille que dans le système scolaire et d’intensifier les mesures de prévention communautaires, en vue d’éradiquer les normes encourageant la violence tout en responsabilisant les hommes qui ont recours à cette violence.

Comment ONU Femmes lutte-t-elle contre cette violence ?

D’abord, nous appuyons le développement des cadres légaux qui protègent les femmes et promeuvent l’égalité entre les sexes. Nous apportons un appui technique pour l’appropriation de standards internationaux de droits des femmes par l’ensemble des acteurs. Davantage d’efforts de sensibilisation sont nécessaires pour faire évoluer les mentalités et les attitudes sur ces sujets.

La stratégie d’ONU Femmes consiste également à collecter et diffuser des données et connaissances sur ces problématiques, à travers des enquêtes et des études. Ceci nous permet d’identifier et analyser les multiples causes et obstacles entravant les progrès vers l’atteinte de l’égalité des sexes.

Par la suite, nous nous basons sur les constats de ces études pour accompagner nos partenaires de la société civile et des institutions gouvernementales dans le développement et la mise en œuvre de programmes et initiatives visant à y répondre de manière intégrée et participative.

Lire aussi : Leila Rhiwi : « le Maroc doit absolument accélérer ses efforts pour éradiquer les violences faites aux femmes »

Nous coordonnons également, chaque année, la campagne des 16 jours d’activisme contre la violence faite aux femmes et aux filles. Dans le cadre du programme « Hommes et Femmes pour l’égalité des sexes », nous avons lancé, en novembre 2017, une campagne intitulée #Hit_Ana_Rajel (parce que je suis un homme) qui vise à travers 12 capsules vidéos, à sensibiliser le grand public au rôle des hommes et des garçons dans la promotion de l’égalité des sexes au Maroc, à la nécessité de lutter contre les stéréotypes fondés sur le genre et de promouvoir les masculinités positives. Cette campagne est diffusée sur la chaîne 2M TV, mais également sur les réseaux sociaux, et a connu la participation de plusieurs personnalités publiques. 

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