Cryptomonnaies : les traders marocains toujours dans la course

Malgré la prise de positon ferme de l'Office des changes vis-à-vis des cryptomonnaies, les aficionados du bitcoin continuent leur business parallèle sans être inquiétés. Les échanges sur les plateformes internationales se chiffrent à plusieurs milliers de dirhams par mois.

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Azzedine, détenteur d’un portefeuille de 3.000 bitcoins, ne rate aucune fluctuation du cours de sa monnaie préférée, le bitcoin (BTC pour les intimes). Comme tous les Marocains du circuit, il passe par des plateformes étrangères reconnues, comme localbitcoins.com pour en vendre ou en acheter.

Le site référence les acheteurs en fonction de leur position géographique, leur portefeuille, leurs évaluations par les autres membres ou encore leur volume de transactions effectuées.

Les profils d’une centaine de Marocains sont actuellement répertoriés sur la plateforme en toute légalité, car l’Office des changes ne peut intervenir sur les plateformes hébergées au-delà des frontières. Les mouvements de cryptomonnaies sur les plateformes internationales spécialisées échappent de facto au régulateur.

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« Il est difficile d’interdire quelque chose qui se passe sur Internet. L’Office des changes ne régule que les plateformes d’échanges qui sont hébergées au Maroc », nous confie d’emblée Hassan Boulaknadel, directeur général de l’Office des changes.

Sauf qu’aucune plateforme d’échange n’existe au niveau national. « L’Office des changes a fait sa sortie médiatique afin de freiner les ardeurs du grand public qui venait d’entendre parler du bitcoin et qui pensait y investir. Les membres avertis de la communauté marocaine n’en ont cure. Ils ont déjà pris trop d’avance sur le régulateur. Ils investissent désormais dans des cryptomonnaies telles que l’Ethereum ou l’EOC…« , confie un trader marocain sous couvert d’anonymat.

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FADI BTC

Modus Operandi

« Les acheteurs marocains ont plusieurs techniques pour échapper au contrôle du régulateur. Ils se retrouvent dans un café, papotent, puis font leurs échanges sans être inquiétés », explique Azzedine.

La manœuvre est simple : des groupes Facebook existent, listant les vendeurs de confiance dits « legit ». La transaction en dirhams se fait alors soit en main propre, soit en cash, soit par virement bancaire, PayPal, voire un transfert dans une agence de paiement.

Quand tout se déroule comme prévu, l’acheteur reçoit ensuite sur son portefeuille virtuel les bitcoins qu’il a payés en dirhams. Les portefeuilles étant hébergés sur des serveurs étrangers, ils échappent eux aussi au régulateur. La seule trace qui subsiste donc, sans pour autant être incriminante, est le virement de particulier à particulier.

« Tous les mois, nous voyons passer des virements aux alentours de 100.000 dirhams, le prix d’un bitcoin actuellement », confie un cadre de BMCE Bank. « Toutefois cela est impossible à prouver, nous ne pouvons donc pas alerter l’Office des changes. Mais c’est une manne énorme qui échappe au fisc, pas de doute là-dessus », poursuit-il.

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Pour les membres les plus reconnus comme Azzedine, même plus besoin de se déplacer. « Je me suis fait un nom sur la scène locale, les gens me font confiance. Toutefois les acheteurs débutants ne sont pas à l’abri des arnaqueurs. Il y en a beaucoup sur les réseaux sociaux et les forums« , explique-t-il.

Le forum francophone Jeuxvideo.com est la place forte des Marocains voulant trader à l’étranger. Munis du RIB de leur compte à l’étranger, ils passent par les mêmes plateformes que sur le marché local, à la différence près qu’ils se font payer en devises lorsqu’ils vendent.

« C’est comme ça que je paye mes études », explique Nabil, étudiant en école de commerce ayant investi dans l’ethereum quand les taux étaient bas. « Chaque début d’année, j’en vends assez pour couvrir mes dépenses. Cela m’évite de souscrire à un prêt étudiant », poursuit-il.

Le minage, l’activité parallèle qui rapporte gros

Le trading de cryptomonnaies n’est pas le seul moyen de dégager des revenus. Il y a aussi le minage, qui consiste à mettre à profit la puissance de calcul de son ordinateur pour valider les transactions sur le réseau.

Les « mineurs » sont rémunérés en cryptomonnaies pour cette activité. Celle-ci est très rentable en période de hausse des cours, comme c’est le cas depuis plusieurs mois. « Les utilisateurs marocains avec de grosses configurations minent du monero (une cryptomonnaie anonyme, NDLR)en s’appuyant la plupart du temps sur des lignes de code fournies par la plateforme Coinhive« , explique Nabil.

Or, cette activité consomme énormément d’énergie. L’Islande a par exemple triplé sa facture énergétique depuis que ses datacenters minent de la cryptomonnaie. Cependant, les geeks doués en programmation ont trouvé des parades.

Plusieurs utilisateurs de YouTube ont par exemple détecté, ces derniers jours, des ralentissements importants. En cause : des publicités qui minent de la cryptomonnaie à leur insu.

Un phénomène récurrent ces derniers mois, que ce soit sur certains sites comme ThePirateBay ou même sur des applications Android. « Pour les as de la programmation, c’est le meilleur moyen de faire des bénéfices sans devoir passer à la caisse », explique Azzedine.

Flairant le bon filon, de grandes enseignes s’y sont mises aussi. Un Starbucks à Buenos Aires a été récemment surpris en train de miner des cryptomonnaies grâce aux ordinateurs de ses clients. Le réseau WiFi imposait un délai d’attente de 10 secondes lorsqu’un utilisateur se connectait à celui-ci. Le coffee shop profitait de ce laps de temps pour miner du monero grâce à l’ordinateur de sa victime.

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Patricia Buisson, spécialiste de la "politique de prix", en renfort chez Total Maroc

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