Menacé de boycott, Woody Allen dément à nouveau des accusations d'abus sexuels

Le réalisateur américain Woody Allen, ici en août 2008 aux côtés du producteur Harvey Weinstein, dont la dénonciation des agressions sexuelles a provoqué la vague mondiale d'indignation #MeToo (Crédit: Getty Images North America/AFP/Archives)

Confronté au boycott d’un nombre croissant d’acteurs, Woody Allen a démenti jeudi les accusations renouvelées d’abus sexuels de sa fille adoptive Dylan Farrow, reprochant à la famille de son « ex » Mia Farrow de profiter du mouvement anti-harcèlement pour les relancer.

Le démenti du légendaire réalisateur new-yorkais, qui continue à 82 ans à sortir des films chaque année, est tombé au moment même où la chaîne américaine CBS diffusait la première interview télévisée jamais accordée par Dylan Farrow.

Dans cet entretien enregistré lundi, cette femme de 32 ans – aujourd’hui mariée et mère d’une fille de 16 mois – a détaillé des accusations déjà lancées à plusieurs reprises, expliquant comment le réalisateur l’avait agressée sexuellement en août 1992, alors qu’elle avait sept ans, dans le grenier de la maison de Mia Farrow, dans le Connecticut. « À sept ans, j’aurais dit qu’il m’a touché les parties intimes », a-t-elle déclaré. Aujourd’hui, elle dit: « il m’a touché les lèvres et la vulve avec le doigt ». Selon elle, Woody Allen recherchait alors souvent des contacts physiques inappropriés avec elle.

Dans un communiqué diffusé mercredi, le réalisateur, qui n’a jamais été poursuivi et avait déjà publié un long démenti en 2014 dans le New York Times, répète que ces accusations avaient à l’époque fait l’objet d’enquêtes approfondies de deux agences de protection de l’enfance, « qui ont conclu, de manière indépendante, qu’il n’y avait jamais eu d’abus ». Dylan Farrow a assuré sur CBS que sa mère ne l’avait jamais poussée à quoi que ce soit, mais l’avait seulement encouragée à « dire la vérité ». Les larmes aux yeux en revoyant une interview de Woody Allen niant en bloc, elle a accusé son père adoptif d’avoir « menti tout du long », et dit regretter que l’affaire ne soit pas allée jusqu’au procès.

Ces échanges violents étalent une nouvelle fois en public la guerre opposant Woody Allen à plusieurs membres de la famille Farrow, apparue au grand jour lors de la très acrimonieuse séparation du réalisateur de son ex-muse Mia, en 1992. Woody Allen avait alors fait scandale en avouant sa liaison avec une autre fille adoptive de Mia, Soon-Yi Previn, de 35 ans sa cadette. Ils se sont depuis mariés et ont adopté deux filles.

Holywood divisé

La controverse refait surface alors que le mouvement anti-harcèlement #Metoo, né début octobre des révélations d’abus sexuels commis pendant des années par le tout-puissant producteur de cinéma Harvey Weinstein, continue de balayer Hollywood. Woody Allen a d’ailleurs accusé « la famille Farrow » de « profiter cyniquement » de ce mouvement pour relancer le sujet. Le frère de Dylan, Ronan Farrow, journaliste, est à la pointe des révélations sur Harvey Weinstein – auteur de la fameuse tribune du New Yorker, qui a été le coup le plus sévère porté au fondateur de Miramax. Il a toujours soutenu sa soeur dans ses accusations contre son père.

La jeune femme n’a pas nié que sa prise de parole était favorisée par le contexte. « Cela fait vingt ans que je répète les mêmes accusations et j’ai été systématiquement réduite au silence, ignorée ou discréditée. Cela a été très important pour moi de voir que cette conversation se tenait enfin en public », a-t-elle expliqué.

Depuis la publication par Dylan Farrow d’une tribune dans le Los Angeles Times en décembre, la pression n’a cessé de monter sur le réalisateur multi-oscarisé de « Manhattan », « Annie Hall » ou récemment « Wonder Wheel » et qui doit sortir cette année « A Rainy Day in New York », avec Timothée Chalamet et Selena Gomez.

Plusieurs actrices dont Natalie Portman ou Reese Witherspoon ont pris parti pour Dylan Farrow. Et des stars montantes du cinéma comme Greta Gerwig, réalisatrice de « Lady Bird » qui a remporté récemment le Golden Globe de la meilleure comédie, ou Timothée Chalamet, célébré pour ses rôles dans « Call me by your name » et « Lady Bird », ont alimenté la polémique en disant regretter d’avoir travaillé avec Woody Allen. Chalamet et Hall, qui joue aussi dans « A rainy day in New York », ont annoncé faire don de leurs revenus pour le film à des associations d’aide aux victimes de harcèlement sexuel.

Depuis, la liste des acteurs et actrices qui répudient le réalisateur new-yorkais s’est encore allongée, avec le Britannique Colin Firth qui, après avoir tourné en 2013 avec Woody Allen dans « Magic in the moonlight », a déclaré au Guardian qu’il ne travaillerait plus avec lui. En revanche, Alec Baldwin a pris la défense du réalisateur, qualifiant la situation d’« injuste et triste ».  « Accuser des personnes de tels crimes devrait être traité avec soin. J’ai travaillé trois fois avec Woody Allen. Ç’a été l’un des plus grands privilèges de ma carrière », a-t-il fait savoir. Jack Lang, ex-ministre français de la Culture et actuel président de l’Institut du monde arabe (Paris), a également fait part de son soutien à son « ami Woody » et regretté un climat de « chasse aux sorcières ».

Depuis les premières révélations sur Harvey Weinstein, des dizaines de personnalités, en particulier dans le cinéma et la télévision, sont tombées de leur piédestal et devenues indésirables, même si elles ne font l’objet pour l’instant d’aucune inculpation.

article suivant

Efficacité des vaccins Covid-19 : la bataille des chiffres