"Marrokiates" veut libérer la parole des femmes sur internet

Casser l'image des femmes lisses et aseptisées, voilà l'objectif du programme incubateur de talents JawjabT 100% féminin, et du concept "Marokkiates". Des capsules vidéos qui subliment la parole des marocaines dans leur diversité, leur courage et leurs paradoxes.

Par

L’idée du programme JawjabT, incubateur de talents féminins de la société de production Ali n’Productions de Nabil Ayouch, est venue d’un constat sans appel : le web est majoritairement trusté par la parole masculine et l’exposition des filles est difficile, soumise à la pression et aux diktats sociaux. Fatim Bencherki, la directrice générale du Jawjab (programme mixte initial), l’a bien observé : « en créant Jawjab, beaucoup de garçons sont venus, mais les filles c’était plus mitigé, elles avaient peur des commentaires, des pressions sociales, car elles portent une responsabilité plus lourde. C’est pour cela qu’elles ont besoin d’un accompagnement différent, qu’on leur donne confiance en elles, qu’on soit solidaires« , analyse-t-elle.

Le but du programme est de créer une génération de contributrices créatives à travers la production de vidéos pour le web. Actuellement, une dizaine d’initiatives 100% féminines sont incubées au sein de JawabT, qui vont du travail documentaire jusqu’à l’enquête, en traitant avec humour de sujets tabous ou engagés : sexualité, perception des femmes marocaines dans l’espace public, mais aussi menstruations, qui est un sujet bien moins anodin qu’il n’y paraît lorsque l’on sait que les règles sont la première cause de déscolarisation des filles au Maroc.

« Casser l’image de la fille aseptisée »

Le programme attire également des artistes connues, au premier rang desquelles les marraines du projet, Rita El Quessar et Sonia Terrab. Auteure, scénariste et réalisatrice (notamment de la série « L’amour vu par » en janvier 2017 qui a remportés plusieurs prix internationaux), Sonia Terrab a imaginé, dans le programme JawjabT, un concept inédit dénommé « Marokkiates » : à travers des capsules vidéo de moins d’une minute, elle établit une cartographie des femmes marocaines  en faisant intervenir des femmes de tous âges, de toutes catégories socio-économiques, partout à travers le Maroc. Toujours mises en scènes dans l’espace public, ces courtes vidéos jouent sur le contraste entre l’environnement urbain masculin et hostile et ces femmes qui exposent leur force, leur courage mais aussi leurs paradoxes et leur fragilité. Elles parlent avec authenticité de l’amour, des relations, des difficultés à être une femme, donnent leur avis sur des thématiques sociales ou racontent une tranche de vie, positive ou négative.

Sonia Terrab, qui veut « prendre la température des femmes marocaines », nous explique sa démarche : « Il n’y a pas de programme dédié à la parole féminine sur le web. L’idée n’est pas de faire un simple micro-trottoir, la démarche a plus de profondeur car il s’agit de raconter quelque chose de fort sur ces femmes. Je vais à leur rencontre en les arrêtant les femmes dans la rue par exemple, je noue une relation en passant un moment avec elle. Par exemple, l’une d’elles m’a expliqué que depuis qu’elle a mis le voile, elle se fait encore plus draguer. Une autre m’a parlé de ses problèmes avec la féminité car étant adoptée, elle n’a jamais connu sa mère ». 

La première capsule, lancée le 29 novembre sur les réseaux sociaux, donne la parole à Zahra. Drôle et débordante d’énergie, elle expose sa vision un brin désillusionné de l’amour avec les marocains. « Tu te prends pour Alain Delon ?« , lance-t-elle dans un éclat de rires, ou encore « la femme marocaine? C’est Miriem Bensaleh! ». Un minute de délice. Les autres devraient suivre à raison d’une par semaine. Une série qui pourrait bien enclencher le cercle vertueux de libération de la parole féminine sur le web.

Rejoignez la communauté TelQuel
Vous devez être enregistré pour commenter. Si vous avez un compte, identifiez-vous

Si vous n'avez pas de compte, cliquez ici pour le créer