Budget de l'Etat en 2018: les secteurs bien dotés et ceux qui auraient mérité plus

Le budget de l'État devrait augmenter de plus de 5% en 2018. Les principaux ministères bénéficiaires sont l'économie et les finances, les affaires étrangères, l'agriculture, la famille et la solidarité. La santé, l'intérieur, l'aménagement du territoire et la justice ne sont en revanche pas bien servis.

Par

Selon le projet de loi de finances 2018, le budget de l’État devrait passer de 251,3 milliards de dirhams à plus de 264 milliards en 2018, soit une hausse d’environ 13 milliards correspondant (+5%), dans un contexte prévision de croissance de 3,2% et de déficit de 3%.

Concernant les budgets institutionnels, celui du roi reste identique en 2018, à 543,5 millions de dirhams environ, celui de la cour royale connaît une légère augmentation de 2% pour atteindre 2,1 milliards de dirhams. La chambre des représentants et celle des conseillers voient en revanche leurs dotations rabotées, respectivement de -30% et -24%, soit environ 287 millions de dirhams de moins.

Les grands gagnants: économie et finances, affaires étrangères, agriculture, famille…

La hausse de budget la plus spectaculaire concerne le ministère de la Famille (+33%). Il devrait en effet passer à 849 millions de dirhams en 2018. Concernant le domaine de la femme, « le gouvernement veillera à la mise en place du plan gouvernemental de l’égalité (PGE 2/ICRAM2) en partenariat avec l’ensemble des secteurs concernés », indique la note d’information du PLF 2018 sans plus de détails.

Le plan Icram 2 avait été présenté de façon préliminaire par la ministre Bassima Hakkaoui en août dernier, et devait être lancé à la rentrée. Il prévoit de mettre l’accent sur le « renforcement de l’employabilité et l’autonomisation économique des femmes » et de mettre en place une « déclinaison territoriale« .

Lire aussi : Égalité femme/homme: le plan Icram jugé « idéologique et partisan » par des féministes

Le ministère de la Famille prévoit également de mettre en place des fondamentaux en matière de statistiques pour la promotion des droits des personnes en situation de handicap, une politique publique des personnes âgées – notamment à travers la mise en service de l’observatoire national des personnes âgées.

Le département de Bassima Hakkaoui envisage aussi de mettre en route les programmes « Yakada » de lutte contre le travail des petites filles, « Mouakaba » pour l’accompagnement des enfants en institution après 18 ans, « Villes sans enfants des rues » et le programme national de protection des enfants sur Internet.

Le ministère de l’Économie et des Finances aussi est l’un des départements les plus choyés. Il devrait voir son budget augmenter de plus de 25%, passant de 8 à 10 milliards de dirhams. Cette hausse ne concerne cependant pas les dépenses d’investissement, mais celles de personnel et de matériel.

Le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale n’est pas en reste, avec 25% d’augmentation de son budget en 2018. Le gouvernement prévoit notamment pour l’année prochaine « la consolidation de son plan d’action à travers le renforcement de la présence du Royaume au sein des organisations internationales, l’extension du programme de la diplomatie par objectifs sur l’ensemble des  missions diplomatiques et postes consulaires, le lancement de nouveaux projets de rénovation des propriétés de l’État marocain à Tunis, Stockholm et Alger, ainsi que la mise à niveau des bâtiments abritant 44  chancelleries diplomatiques, l’ameublement et l’équipement des nouveaux complexes diplomatiques dans le respect de la touche marocaine, le renforcement de la présence du Maroc en Afrique par ses représentations diplomatiques et ce notamment, à travers le lancement de nouveaux projets de construction de complexes diplomatiques, notamment à Manama, Abidjan, Niamey,  Bamako et Dakar, ainsi que le lancement des travaux de construction de la chancellerie à Ankara« .

Le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et forêts passe quant à lui d’un budget de 12,5 milliards à 15 milliards de dirhams, soit une progression de 20%. Les principales actions prévues pour le Plan Maroc Vert (PMV) en 2018 portent notamment sur l’octroi des incitations dans le cadre du Fonds de développement agricole.

L’objectif: stimuler l’investissement privé,  la poursuite de la politique volontariste de développement solidaire et inclusif visant l’intégration de la petite agriculture familiale – il est prévu le lancement de 114 nouveaux projets, couvrant les 12 régions du Royaume -, la construction du marché de gros de Rabat. Dans le cadre du Programme national d’économie d’eau en irrigation, il est prévu d’achever des travaux hydroagricoles sur une superficie de 10.000 hectares, entre autres.

Le ministère de l’Éducation nationale, qui est le plus gros poste de dépenses avec 54,4 milliards de dirhams en 2017, voit son budget augmenter de 9% pour atteindre plus de 59 milliards. Pour 2018, les actions porteront principalement sur la construction de 141 nouveaux établissements scolaires et la mise à niveau des infrastructures et des équipements des anciens, le recrutement de 20.000 enseignants contractuels qui bénéficieront de 9 mois de formation, la poursuite de l’extension de la couverture des différentes provinces par la création des filières de baccalauréat professionnel pour atteindre 28.000 élèves inscrits, la promotion des filières internationales du baccalauréat marocain pour atteindre 63.748 élèves inscrits, et l’introduction de la langue française en première année du primaire.

La santé, l’intérieur, l’aménagement du territoire, la justice auraient mérité mieux

Le ministère de la Santé, avec une augmentation de seulement 3,4% de son budget, aura à sa disposition 14,8 milliards de dirhams en 2018, alors que le désormais ex-ministre de la Santé, El Houssaine Louardi, estimait en avril dernier que le budget 2017 était trop faible: « 54% sont réservés au personnel, ce qui signifie qu’on a moins de la moitié pour l’investissement« , considérait-il.

Pourtant, de nombreux chantiers doivent être ouverts ou poursuivis dans le cadre de la nouvelle stratégie sectorielle 2017-2021: consolider le programme « Khadamati » lancé en 2016, qui vise à offrir des services d’information et d’orientation aux citoyens par téléphone et Internet, encourager la contractualisation avec les médecins du secteur privé pour combler le déficit enregistré dans certaines régions, renforcer l’exonération du paiement pour les soins relatifs aux accouchements imprévus et des nouveaux nés pour réduire la mortalité maternelle et néonatale encore très forte, créer 4.000 postes budgétaires pour le renforcement des ressources humaines afin de réduire les inégalités régionales et spatiales, entre autres.

Le ministère de l’Intérieur bénéficie également d’une augmentation modeste: +4,6% soit 25 milliards de dirhams. Quant au budget l’aménagement du territoire, pourtant aux premières loges dans les projets de réduction des disparités territoriales et notamment dans le programme de développement de la région d’Al Hoceima, ne parvient pas à atteindre 2 milliards de dirhams,  en augmentation d’à peine 5,2%.

Pourtant, les projets ne manquent pas pour 2018: élaboration d’une vision stratégique afférente à la politique urbaine nationale,  renforcement de la résilience des territoires à travers l’élaboration de 30 cartes d’aptitude à l’urbanisation,  poursuite de l’accélération du rythme d’élaboration des documents d’urbanisme afin d’orienter l’aménagement urbain, en priorisant les zones à forte pression urbaine…

La Justice ne figure pas non plus parmi les secteurs les mieux lotis, avec un budget de 4,4 milliards de dirhams en 2018 contre 4,2 en 2017. Les objectifs pour 2018 concernent des projets au long court, tels que la poursuite de la moralisation du système judiciaire et de la vie publique, notamment à travers l’accélération de l’instruction des affaires des crimes financiers et économiques,  le renforcement de la protection judiciaire des droits et des libertés avec la réforme du Code de procédure pénale, la facilitation de l’accès au droit et à la justice, la modernisation de l’administration judiciaire et le renforcement de sa gouvernance dans la perspective de la réalisation du « tribunal numérique » à l’horizon 2020.

Le projet de loi de finances pour 2018, présenté par le ministre de l’Économie et des Finances Mohamed Boussaid mardi 24 octobre, entamera son parcours législatif sous peu, et passera notamment en discussion générale au sein de la commission des finances et du développement économique de la Chambre des représentants le 31 octobre prochain. 

Budget 2018 1

budget 2018 2

article suivant

À Guerguerat, le Maroc consolide ses positions