Melissa Fleming, porte-parole du HCR : "Le Maroc a une politique migratoire éclairée"

En marge du sommet Africa Convergence organisé par La Tribune Afrique, Telquel.ma s’est entretenu avec la porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU, Melissa Fleming. Elle évoque les crises syrienne, birmane et sud-soudanaise, mais également la politique migratoire du Maroc.

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Crédit: AFP
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Telquel.ma : Pourquoi la question de la migration est-elle devenue si importante ?

Melissa Fleming : Depuis la Seconde Guerre mondiale, nous n’avons jamais vu autant de personnes déplacées en raison de la guerre et de la persécution. On parle de 65,5 millions de personnes. Dans la zone méditerranéenne, certaines personnes quittent leurs foyers par désespoir économique. Le réchauffement climatique provoque également ces migrations, car des agriculteurs ne disposent plus de terres cultivables. Ces facteurs poussent ces personnes à migrer même si elles savent qu’elles peuvent perdre leur vie durant le voyage ou être violées.

Les crises de migrations se multiplient à travers la planète. Mais quelle est la région qui accueille le plus de réfugiés actuellement ?

Si vous lisez la presse et écoutez les politiques, vous penseriez que l’Europe accueille le plus grand nombre de réfugiés. Mais ce n’est absolument pas le cas. Des pays comme le Kenya, l’Ouganda et l’Éthiopie sont les pays africains accueillant le plus de réfugiés. Au Moyen-Orient, ce sont le Liban, la Jordanie, la Turquie, l’Iran et le Pakistan. Ce sont ces pays qui endossent la responsabilité d’accueillir les victimes de guerres que les grandes puissances sont incapables de stopper.

Que fait le HCR pour pallier cette crise ?

Le HCR se trouve là où se trouvent les réfugiés. Nous sommes présents dans 140 pays, mais dès qu’il y’a un flux massif de touristes nous déplaçons certaines opérations. Plus récemment c’était le cas au Bangladesh, où nous avons mobilisé une équipe d’urgence pour venir en aide à près de 500.000 réfugiés qui ont quitté la Birmanie. Nous offrons un toit, de la nourriture et des soins à ces personnes qui ont été blessées, mutilées et qui ne sont venues qu’avec leurs habits sur le dos. C’est ce que nous faisons de mieux, mais nous avons besoin de financement. Nous savons ce que nous devons faire, comment le faire, mais les gouvernements et les citoyens doivent financer nos efforts.

Comment obtenir ces financements, alors que les États-Unis par exemple ont désormais opté pour une politique internationale plus en retrait ?

Nous avons absolument besoin du financement des États-Unis qui est notre principal bailleur de fonds et a été pendant plusieurs années, le principal pays d’accueil pour les réfugiés. Mais ils ont annoncé leur intention de réduire leur financement de moitié, ce qui n’a pas été fait jusqu’à présent. Ce que les grands pays font envoie un message au reste de la planète. Je parle des États-Unis, mais je pense aussi à l’Europe. Ces pays doivent maintenir leur leadership humanitaire. On ne peut pas demander à l’Ouganda d’accueillir les réfugiés sud-soudanais. Il faut qu’on les incite à le faire à travers des investissements dans les infrastructures, les écoles, et le système de santé, mais aussi en accueillant certains réfugiés. Je pense aussi au Liban qui accueille un million de réfugiés syriens alors que le pays compte quatre millions d’habitants.

Comment faire pour lutter contre ce sentiment d’insécurité qui est malheureusement associé à l’arrivée de réfugiés ?

Cela fait plusieurs années que nous disons aux puissances que si elles ne peuvent pas arrêter la guerre en Syrie, elles peuvent au moins venir en aide aux pays accueillant les réfugiés juste par charité ou pour éviter l’instabilité régionale. Un mouvement massif de population sans le soutien approprié peut créer un sentiment de haine, d’insécurité et d’hostilité. Le fait de ne pas éduquer les jeunes réfugiés crée une jeunesse frustrée susceptible d’être recrutée par des extrémistes. Alors que si on les éduque, ils pourront devenir les leaders de la Syrie d’après-guerre.

Au Maroc, un groupe de réfugiés syriens s’est retrouvé au cœur d’une dispute diplomatique avec l’Algérie. Quelle a été l’action du HCR dans ce dossier ?

Nous avons participé à la médiation et avons réclamé une solution. Nous sommes très heureux que le Maroc ait laissé ce groupe de réfugiés syriens entrer dans son territoire. Le Maroc a également laissé d’autres groupes de réfugiés syriens ayant emprunté d’autres routes, ce qui montre qu’il pratique une politique migratoire éclairée en les laissant s’intégrer, se déplacer librement, en leur donnant le droit de créer des entreprises et en éduquant les enfants réfugiés dans les écoles marocaines. Ce n’est pas le cas d’autres pays qui se contentent de placer les réfugiés dans des camps. Au HCR, nous voulons mettre en avant les exemples d’intégration qui parviennent à soutenir l’économie marocaine. Le Maroc offre l’opportunité aux réfugiés de se reconstruire une vie.

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