Grippe aviaire H5N8: le Maroc en alerte continue

Même si aucun cas d'influenza aviaire n'a encore été relevé au Maroc, le dispositif de surveillance a été récemment renforcé. Une vigilance de tous les instants motivée par la multiplication des foyers contagieux en Europe voisine, le rôle de vecteur des oiseaux migrateurs, et un enjeu économique non négligeable. Explications.

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Le passage des oiseaux migrateurs au Maroc a des raisons d’inquiéter cette année, vu les dégâts causés en Europe par l’épidémie saisonnière de grippe aviaire (ou influenza aviaire) de type H5N8. D’après l’agence de presse espagnole EFE, entre le 28 octobre et le 28 février, 1.791 foyers de contagions ont été notifiés. Le risque est d’autant plus grand que la population des oiseaux sauvages est la principale concernée, avec 972 foyers identifiés.

Une surveillance accrue

« Jusqu’aujourd’hui, aucun cas n’a été déclaré au Maroc« , nous affirme le docteur Abderrahim Essalhi, vétérinaire, expert du dispositif de surveillance d’influenza aviaire chez les oiseaux migrateurs au niveau du Haut-Commissariat aux Eaux et forêts. D’après la même source, un dispositif de surveillance a été mis en place depuis le premier cas avéré de grippe aviaire en Europe en 2006.

Notre interlocuteur nous explique que le dispositif fonctionne depuis ses débuts sur le principe d’une « surveillance passive » qui consiste à rapporter en temps réel les cas de mortalité suspecte chez des oiseaux. Le dispositif a été renforcé cette année par un système de « surveillance active », qui consiste en des prélèvements effectués par les agents de terrain sur les oiseaux migrateurs dans les 25 principales zones humides reparties entre le nord et le sud du pays. « Il y a un certain nombre d’oiseaux sauvages qui traversent notre pays en suivant les axes migratoires. Il y a des espèces qui nichent et d’autres qui passent. Ils se concentrent essentiellement dans les zones humides« , explique encore le docteur Essalhi, précisant que si la surveillance passive est permanente, la surveillance active sera maintenue « jusqu’à la fin de la période migratoire ce printemps« .

Le dispositif du Haut-commissariat mobilise en plus des directions régionales des Eaux et forêts, plusieurs départements ministériels notamment la Santé, l’Intérieur, ou l’Agriculture, et d’autres instances comme l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) qui travaillent en étroite collaboration pour assurer une remontée rapide des informations en temps réel.

Aucun danger pour l’homme, mais un enjeu économique pour l’aviculture

Ce dispositif de surveillance est complété par les différents contrôles effectués sur les produits avicoles importés. « On est dans un secteur économique assez important. La grippe aviaire est une maladie qui est propre à l’aviculture. Si cette vigilance est mise en place, c’est d’abord pour protéger le cheptel avicole marocain. L’enjeu est beaucoup plus économique« , explique de son côté Chawki Jirari, président de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), contacté par Telquel.ma.

Il s’avère que « le virus H5N8 n’infecte que les oiseaux. Il n’a pas la capacité à franchir la barrière d’espèce vers les mammifères et ne présente pas de danger pour l’homme« , déclarait Jean Luc Guérin, chercheur en agronomie, au site du quotidien régional français Ouest-France. Pour autant, contrairement au virus H9N2 qui avait sévi l’année dernière dans les élevages marocains, causant une chute de ponte et une flambée des prix des oeufs, le virus H5N8 est réputé extrêmement pathogène. En France, où 373 foyers ont été décelés dans les élevages au 1er mars d’après les statistiques du ministère de l’Agriculture, pas moins de 3 millions de canards ont été abattus en fin novembre (3% du cheptel du pays), rapporte EFE.

Pour éviter pareille situation au Maroc, les autorités sanitaires ont donc misé sur l’action en amont. « Il y a interdiction d’importer depuis les pays où des foyers d’infection sont déclarés. C’est ce qu’on appelle le zoning sanitaire« , explique Chawki Jirari. Notre interlocuteur précise que les importateurs sont également tenus de s’assurer que les volailles importées ne transitent pas dans les zones infectées. « Les poussins arrivent avec des attestations sanitaires qui confirment l’absence d’influenza aviaire. Une fois aux frontières, de nouvelles analyses sont effectuées« , poursuit-il. L’enjeu de vigilance est de taille pour le Maroc qui importe annuellement 4 millions de poussins, principalement des reproducteurs.

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