Le Maroc devra payer pour récupérer son dinosaure

Le Zarafasaura Oceanis, le dinosaure marin de Khouribga, ne sera finalement pas vendu aux enchères à Drouot le 7 mars. Pour le faire revenir au Maroc, le royaume devra tout de même rétribuer le cabinet de curiosité italien qui a valorisé ce qui n’était il y a deux ans qu’un "tas de cailloux".

Par

L'objet du scandale, un squelette de Zarafasaura Oceanis de 9 mètres de long.

Histoire à rebondissements dans l’affaire du Zarafasaura Oceanis. Ce squelette de dinosaure, découvert en 2011 à proximité de Khouribga et détenu par un cabinet de curiosités italien l’ayant restauré et mis en valeur après avoir acheté « un tas de cailloux » à la foire de Munich en 2014, ne sera finalement pas vendu comme prévu lors des enchères du 7 mars à l’hôtel Drouot de Paris, nous confirme Alexandre Giquello, commissaire-priseur de l’étude Binoche & Giquello. Après que l’Association pour la protection du patrimoine géologique du Maroc (APPGM) a dénoncé le 27 février dans un communiqué la vente de ce « trésor patrimonial unique« , en mettant en doute la légalité de sa sortie du territoire, ce squelette était devenu un symbole national.

Estimé à 450.000 €, le squelette ayant inspiré la silhouette du monstre du Loch Ness sera simplement exposé lors de la vente du 7 mars. Alexandre Giquello a en effet été reçu par l’ambassadeur du Maroc à Paris, Chakib Benmoussa, le 1er mars. Ils sont parvenus à trouver un accord, en concertation avec le vendeur italien, pour retirer de la vente l’objet de convoitise. « J’ai énormément apprécié la manière dont l’ambassadeur a mené la discussion, en très bonne intelligence. L’accord que nous avons trouvé me convient moralement« , raconte Me Giquello. « Avec le vendeur, nous avons estimé qu’il était plus sage de ne pas vendre cet objet. Notre position juridique n’a pas changé, et l’ambassade n’a d’ailleurs pas remis en cause notre bonne foi quant au parcours de l’objet en Europe« , ajoute-t-il.

 Adjugé revendu sans prix

Restent de sérieux doutes quant au trajet du fossile au moment de son extraction de la mine à Khouribga et de sa sortie du territoire. L’APPGM note « l’absence de textes réglementaires réclamés depuis plus de quinze ans » et qui font cruellement défaut lorsqu’il s’agit de motiver juridiquement le droit à rapatrier ce trésor national. Ahmed Benlakhdim, à la tête de la direction géologie du ministère des Mines, expliquait quant à lui à Telquel.ma que, dans la pratique, les fossiles devaient obtenir une autorisation de son service pour l’exportation. Un système juridique bancal et illisible à l’international. Aussi, pour préserver le « standing » de son étude, Me Giquello a accédé à la demande du Maroc de retirer le squelette de la vente.

Mais ce dernier n’est pas encore de retour au Maroc et Me Giquello en demeure le gardien. Si les termes de l’accord obtenu dans l’après-midi avec Chakib Benmoussa ne sont pas encore mis par écrit, une contrepartie financière pour rapatrier le squelette au Maroc se dessine déjà. « Pour l’étude, c’est une perte de chance comme on dit dans le jargon juridique. Nous avions quelques acheteurs potentiels très intéressés. Si le squelette était parti à un million d’euros, il y’a un manque à gagner pour l’étude« , explique le commissaire-priseur. Surtout, lorsque le fossile a quitté le territoire marocain et a été vendu à la foire de Munich, « c’était un tas de cailloux« , poursuit Alexandre Giquello. « Mon client a fait un travail scientifique et artisanal pour en faire un véritable objet de valeur. Ce travail devra d’une manière ou d’une autre être valorisé. C’est ce qu’on m’a garanti dans l’accord« , déclare-t-il encore. Comprendre: la balle est dans le camp du Maroc qui doit faire une offre pour rémunérer le travail de valorisation effectué sur le fossile, et ainsi récupérer son dinosaure.

article suivant

Droits TV CAF : un marché injustement attribué, et un contrat à “durée indéterminée” (5/5)