Manuels d'éducation islamique: les enseignants de philosophie répondent à Benkirane

En réaction à un communiqué du Chef du gouvernement défendant le contenu des manuels d'éducation islamique destinés aux classes de 1ère année du baccalauréat, les enseignants de philosophie ont réitéré l'appel lancé en vue du retrait de l'ensemble de ces manuels 

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Manuels scolaires d'éducation islamique révisés. (Image d'illustration) Crédit: Kaouthar Oudrhiri/TelQuel

La communication du ministère de l’Éducation nationale et celle d’Abdelilah Benkirane au sujet des manuels scolaires d’éducation islamique jugés diffamatoires à l’égard de la philosophie n’ont pas calmé les enseignants de cette matière. En effet, ces derniers réclament toujours le retrait du manuel contesté, publié aux éditions Al Manar. « Le communiqué du chef du gouvernement est un copier-coller de la communication du ministère de l’Éducation. Ce n’est pas convaincant. Nous restons sur notre position« , nous déclare, déterminé,  Abderrahim Safir, président de l’Association marocaine des enseignants de philosophie (AMEP).

« Insulte à la philosophie »

L’AMEP demande désormais le retrait des manuels d’éducation islamique du même éditeur pour les trois niveaux du lycée. Ces manuels « sont une insulte à la philosophie, et leur visée pédagogique n’est pas conforme à la vision royale », estime le président de l’association.

Destinés à 50% des lycéens marocains, les manuels publiés aux éditions Al Manar se partagent le marché avec l’édition « Fi Rihab l’éducation islamique« , précise la même source. D’après Abderahim Safir, les manuels de cet éditeur ne « comportent pas les approximations d’Al Manar qui ne respecte en aucun cas les valeurs universelles et va jusqu’à insuffler les idées wahhabites dans nos manuels ».

Sensibilisation à la philosophie

Pour sensibiliser l’opinion publique, l’association a mis en place une stratégie axée sur les volets pédagogique, civique et scientifique de la philosophie. Les enseignants de la matière comptent proposer un nouveau curriculum pour son enseignement et lancer une série de conférences sur la danger que représentent les manuels d’éducation islamique et la portée de la philosophie dans la société marocaine selon la même source. Un séminaire sur la philosophie et la question de l’éducation des valeurs est d’ailleurs prévu les 24 et 25 février à la bibliothèque nationale à Rabat.

« Nous nous organisons avec la fédération des parents d’élèves pour agir. Nous préparons actuellement une pétition pour dénoncer ces manuels d’éducation islamique » nous confie Abderrahim Safir. Contactée par Telquel.ma, une source au sein du ministère de l’Éducation nationale affirme que le manuel controversé ne sera pas retiré des librairies. « Nous avons tout dit dans nos communiqués« , tranche notre interlocuteur.

Le gouvernement campe sur ses positions

 Pour rappel, les manuels décriés par les enseignants de philosophie décrivent la discipline comme « une production de la pensée humaine contraire à l’islam« . L’ouvrage cite Ibn Salah Al Shahrazuri, spécialiste irakien du hadith shafiî, qui voit dans la philosophie « l’essence de la dégénérescence« .  En réaction au mécontentement des enseignants de philosophie qui ont organisé des sit-in du 21 au 23 décembre, le ministère de l’Éducation nationale a publié un communiqué dans lequel il affirme que « les documents officiels relatifs au sujet insistent sur le fait que la pensée philosophique renforce le savoir et fait évoluer la pensée et que la philosophie raisonnable et la vraie foi ne sont pas antinomiques ». Dans un autre communiqué publié le 11 janvier, le ministère s’est dit « étonné que des avis si tranchés se soient exprimés au sujet d’un prétendu retour en arrière sur la place accordée à la philosophie dans l’école marocaine« .

Le 19 janvier, le Chef du gouvernement avait réagi à la polémique dans un communiqué relayé par l’agence de presse MAP. Il y explique que la référence à Al Shahrazuri a été introduite « dans le but de démontrer la pensée extrémiste de son auteur en vue de la débattre« . Rappelons que la décision de refonte de l’éducation religieuse dans les manuels scolaires a été impulsée par le roi lors du conseil des ministres qui s’est tenu le 6 février à Laâyoune. En juin, le ministère de l’Éducation nationale a annoncé une vaste opération de révision portant sur 147 manuels. Ces derniers devaient être prêts pour la rentrée 2016, expurgés de références sexistes, rétrogrades ou réductrices, notamment envers les personnes handicapées.

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