Ilyas Elomari, seul au monde

Il lorgnait la première place aux élections mais il l'a perdue face à la machine du PJD. Refusant toute alliance avec le parti de Benkirane, le patron du PAM Ilyas Elomari observe, isolé et impuissant, la désertion de ses anciens alliés “modernistes”, attirés par les portefeuilles.

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Ilyass Elomari. Crédit: Elomari/Facebook

Il lorgnait la première place aux élections mais il l’a perdue face à la machine du PJD. Refusant toute alliance avec le parti de Benkirane, le patron du PAM Ilyas Elomari observe, isolé et impuissant, la désertion de ses anciens alliés “modernistes”, attirés par les portefeuilles.

“Je suis prêt à remplir la fonction de Chef de gouvernement”. C’est ce que nous déclarait, optimiste, Ilyas Elomari peu avant la campagne électorale. Malheureusement pour lui, ce ne sera pas pour ce quinquennat, car son ennemi juré, Abdelilah Benkirane, lui a damé le pion le 7 octobre, sa formation ayant arraché pas moins de 125 sièges. Ilyas Elomari est donc acculé à se ranger du côté de l’opposition, lui qui se donnait pour mission de faire barrage aux islamistes. Même dans l’opposition, ses amis d’hier, comme l’USFP ou le RNI, semblent lui tourner le dos, après avoir “prêté allégeance” à son projet. Isolé, Ilyas Elomari se rabat sur sa plume conciliante pour expliquer ses idées à qui veut bien l’entendre. Là encore, il se cogne à un mur, s’attirant moqueries et insultes.

Mes amis, mes amours, mes emmerdes

Contrer le PJD n’est pas une sinécure. Et Ssi Ilyas, qui en avait bien conscience, pouvait compter sur ses amis. Dans l’opposition, le premier secrétaire du parti de la rose, Driss Lachgar, ne cachait pas sa sympathie pour “les idées” du PAM et en profitait pour tirer à boulets rouges sur Benkirane, dont il qualifiait le projet de société de rétrograde. “Nous sommes ouverts à une alliance avec les partis qui partagent notre attachement à la démocratie et à la modernité”, avait lancé le chef de file de l’USFP, le 20 septembre, avouant être “plus proche du PAM”. Dans la majorité aussi, Elomari pouvait compter sur le désormais ex-patron du RNI, Salaheddine Mezouar, qui, pas plus tard qu’en septembre, déclarait que “l’islamisme de nos jours, à l’instar de l’idéologie marxisante de la dictature du prolétariat, sera rejeté par les Marocains”. Idem pour Hamid Chabat, secrétaire général de l’Istiqlal, qui n’hésitait pas à gratifier ses adversaires du PJD de joyeusetés qui ne laissaient aucun doute sur la sympathie qu’il leur témoignait. Mais, entre-temps, Ssi Ilyas a perdu. Et les perdants ont toujours tort. Cela change tout. Lachgar, par exemple, ne se dit plus proche du PAM. Loin s’en faut : “Nous faciliterons la tâche de Monsieur le Chef du gouvernement”, lance-t-il aux journalistes, large sourire aux lèvres. “Ça signifie simplement que l’USFP ne mettra pas de bâton dans les roues pour bloquer la formation du gouvernement”, répond Elomari. Et que dirait-on de Chabat qui, lui aussi, a viré sa cuti, préférant désormais “soutenir le PJD au gouvernement ou dans l’opposition”. Et que penser du RNI qui pourrait reconduire son alliance avec le parti de la lampe ? Autant le dire, Ilyas Elomari, abandonné par ses anciens alliés, n’a d’autre choix que d’observer le jeu des négociations sans prise sur leurs déroulements.

“C’est le contraire qui se passe. En dehors de la guerre psychologique, nourrie par la presse, la formation d’une majorité reste très compliquée pour le Chef du gouvernement. Il faut lire les communiqués des partis et non la presse”, nous rétorque encore le patron du PAM. “D’ailleurs, pourquoi Benkirane attend-il le RNI, qu’il forme sa majorité maintenant s’il le peut”, poursuit-il, amusé.

La plume d’El Omari

“Aucun parti n’a donné son accord de principe”, dit l’adversaire de Benkirane. L’argument ne tient pas car aucune formation politique – hormis le PAM – n’a refusé de s’allier au PJD. “Les partis qui devraient, logiquement, vu leur idéologie, aller dans l’opposition sont, dans l’ordre, le PPS, l’USFP, le MP, le RNI, et en dernier lieu l’Istiqlal. Après, on nous dit que, dans l’intérêt de la nation, il est normal de s’allier au PJD. L’intérêt de la nation a bon dos”, soutient Elomari, un brin sarcastique. Dit autrement, les partis ne s’intéressent qu’aux maroquins, ce qui semble décevoir notre homme. “Le PAM a une idéologie qui prime sur le reste. Mais pour eux, c’est la tactique politique qui prime sur l’idéologie”, lâche-t-il.

Que reste-t-il à Elomari ? Sa plume, quelque peu emphatique. Et il en a fait usage en se fendant le 18 octobre d’une tribune appelant à une “réconciliation générale”. Les observateurs politiques y ont vu une main tendue au PJD. “C’est faux, il n’y aucun rapport avec le gouvernement ou avec les portefeuilles. Ce que j’entends par une réconciliation générale, c’est une réconciliation géographique, économique, culturelle et religieuse, que le Maroc n’a jamais faite”, rétorque-t-il. Si vous le trouvez ambigu, voilà le fond de sa pensée : “Le Maroc est-il menacé par une guerre indépendantiste ? Oui. Y a-t-il une réconciliation économique ? Non. Y a-t-il une réconciliation géographique ? Non, au contraire, il y a plus d’exclusion. On devrait s’accepter les uns les autres. Voilà ce que je voulais dire par réconciliation”, explique Elomari. Est-il donc incompris ou isolé ?

J’y suis, j’y reste

“Moi, isolé ? Pas du tout, vous êtes sur une fausse piste”, rétorque le chef du PAM. Pourtant, au sein même de son propre camp, Ssi Ilyas n’est pas ménagé, comme en témoigne la critique de ce cador du parti, qui s’exprime sous couvert d’anonymat : “Il faut dire qu’El Omari a très mal conduit la campagne. Certaines de ses sorties ont nui à l’image du parti”. Une critique à laquelle l’homme fort du PAM répond en bottant en touche : “Vous savez, il vaut mieux avoir un boss qu’être le boss. On disait que je travaillais en coulisses, mais là, c’est la première fois de ma vie que je travaille en tant que chef. C’est normal qu’il y ait des critiques.” Et de nuancer : “Pour moi, le PAM a gagné. Il n’y a qu’à voir la dégringolade de l’Istiqlal et la montée du PAM entre 2011 et 2016 pour s’en convaincre. Certes, il y a eu des erreurs, mais il y a une commission qui évalue les résultats et son verdict tombera fin octobre. S’il s’avère que des erreurs ont été faites, chacun assumera ses responsabilités.” Serait-il prêt à rendre le tablier ? “L’idée de démissionner ne m’est jamais venue à l’esprit. Seuls ceux qui m’ont confié cette responsabilité pourront me la retirer”, répond-il sans hésitation. Entre-temps, il n’est pas contre le fait de donner un coup de main au PJD, s’il fait appel à lui “dans les négociations avec les syndicats, avec Al Adl Wal Ihsane ou sur le dossier du Sahara, par exemple”. Une sympathie soudaine “dans l’intérêt de la nation.”

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