Le milliardaire Brahim Zniber s’est éteint – Telquel.ma

Le milliardaire Brahim Zniber s'est éteint

Le milliardaire Brahim Zniber s'est éteint dans la nuit du 29 au 30 septembre des suites d'une longue maladie.

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Brahim Zniber le milliardaire patron de Diana Holding a rendu l’âme dans la matinée du 30 septembre. Une information confirmée par sa famille.  Le défunt sera inhumé dans l’après-midi.

Le monde des affaires perd un autre self made man qui a construit un véritable empire à Meknès. Dans une hacienda à la marocaine sur route d’El Hajeb se terre une des plus grandes fortunes du Maroc. Feu Brahim Zniber a installé dans la demeure familiale le siège de son groupe, Diana Holding, qui compte parmi les grands conglomérats du royaume. 8300 hectares de plantations, 7100 salariés direct et 20 000 indirects, 3 milliards de chiffre d’affaires…  Le groupe occupe le 7e rang dans le classement des groupes privés au Maroc.

Brahim Zniber avait la campagne dans les veines, clamait-t-il, comme pour justifier cette vie loin du centre des affaires. L’homme a bâti sa réputation sur une activité dans laquelle peu d’entrepreneurs osent se lancer en terre d’islam : la viticulture. Avec une trentaine de marques de vin de table ou de grands crus et 30 millions de bouteilles produites annuellement, Zniber domine le marché.

L’allure toujours fringante, petit mouchoir soigneusement plissé qui dépasse de la poche de sa veste, le milliardaire joue les businessmen discrets. Profil bas pour un homme à la démarche toujours alerte, Brahim Zniber a sué sur le tracteur qui a fait ce bout de paradis terrestre à partir d’une terre en friche…

Petit Zniber à Petit Jean

C’était la propriété d’un vieux colonel français qui faisait de l’élevage de chevaux et vivait dans une cabane. Il n’y avait même pas de toilettes”, racontait le maître des lieux à Telquel en 2009.  Il déniche ce premier lopin de terre, début 1956, grâce à un de ses clients. Le jeune Brahim devient propriétaire et exploitant agricole sans avoir à décaisser le moindre centime. Il a bénéficié d’un crédit de la Caisse fédérale pour acheter ce terrain de 740 hectares, et il a eu recours à la Compagnie marocaine de crédit et de banque (ancêtre du groupe Wafabank, ndlr) pour acheter le matériel. Ces facilités de financement, il les doit à la réputation de sa famille et à ses connexions avec les nouveaux dirigeants du Maroc indépendant. “Je n’oublierai jamais ce patron de banque qui m’avait dit que je n’aurais pas eu un sou si je n’étais pas le fils de Taher Zniber”, se remémorait-t-il.

Négociant en céréales et en laine, et surtout un des responsables de la Koutla nationale (ancêtre du Parti de l’Istiqlal), Taher Zniber a installé sa petite famille slaouie de dix enfants à Sidi Kacem, une bourgade à 50 kilomètres au nord de Meknès, appelée Petit Jean dans le Maroc des années 1920. Sur les conseils d’une doctoresse anglaise, Taher Zniber a décidé de quitter Salé alors que Brahim avait à peine 40 jours. Travaillant avec son père dans les céréales, mais aussi pour son propre compte dans le matériel agricole, il fréquente assidûment la communauté française.

Le cadet d’une fratrie de 6 garçons et 4 filles baigne dès son jeune âge dans l’univers politique en faisant ses classes chez des leaders emblématiques du mouvement national. Il a même fait partie d’une cellule de résistance dont le chef était Mehdi Ben Barka. « Une fois j’ai dû fuir précipitamment Sidi Kacem. J’ai échappé de justesse aux mains d’un commissaire français d’une cruauté légendaire que l’on surnommait ‘Mossiba’ (malheur) », avait-il déclaré.

Pour s’évanouir dans la nature, il loue une parcelle dans les environs de Meknès. C’était un coin perdu : le premier téléphone se trouvait à 16 kilomètres. Un premier pied à l’étrier, pour mettre en pratique sa brève formation dans l’arboriculture et la viticulture (suivie par correspondance à l’Ecole universitaire de Paris) avant d’accélérer le pas avec le domaine d’Aït Harzallah.

La bonne fortune de l’indépendance

En bon self made man, Brahim Zniber va saisir toute opportunité qui se présente. Conscient que les affaires et la politique font bon ménage, il épouse une carrière de syndicaliste. Dès 1956, il accède au conseil d’administration régional de la Caisse nationale du crédit agricole, puis préside aux destinées de quelques groupements professionnels. Deux ans plus tard, en 1958, il est un des fondateurs de l’Union marocaine de l’agriculture. La même année, une loi venant interdire l’accès des étrangers à la présidence de toute association professionnelle lui offre un nouveau tremplin. Même s’il ne possédait à l’époque que quelques vignes, il était le seul Marocain dans ce domaine. Il devient donc le président des vignerons par défaut.

Zniber, monté en puissance, flirte déjà avec les hautes sphères du pouvoir et est reçu, en 1958, par Mohammed V au palais royal de Rabat. Signe de réussite à une époque où la carte des élites se dessine à peine. Le destin lui donne un nouveau coup de pouce grâce à la loi sur la récupération des terres des colons qui permet à l’Etat de mettre la main sur de nombreux domaines. Zniber trouve alors la parade pour s’adjuger une trentaine de caves laissées par les vignerons français. A cette époque, il crée sa première société, Samavin, qui deviendra quelques années plus tard Les Celliers de Meknès. De loin, aujourd’hui, l’entreprise la plus lucrative de son empire.

Au royaume des bulles

Avec 2500 hectares de vignes, deux unités de production et de mise en bouteille, Diana Holding est le premier vigneron du pays. Il exporte aussi vers l’Europe, les Etats-Unis ou encore le Japon. La clé du succès : une reconnaissance internationale gagnée à mesure des médailles glanées ici et là. Pour consolider sa position dans les boissons alcoolisées, le groupe se paye, en 2001, la société Ebertec, avec ses deux filiales bien établies, Thalvin et MR. Renouvo (ex-Martini). Avec cette acquisition, le baron de Meknès met non seulement la main sur de nouvelles caves et domaines viticoles, mais devient également le principal négociant en spiritueux au royaume. Depuis 2005, le groupe peut même se targuer de produire la seule Appellation d’origine contrôlée au Maroc : Les Coteaux de l’Atlas. Avec ce saut qualitatif, le groupe entre, par la grande porte, dans le panthéon des vins internationaux. Diana Holding a même introduit la notion de château, un must dans l’art vinicole, en édifiant un riad des vins pour le vieillissement de ses bouteilles de premier cru.

A la conquête de l’or vert

Diana Holding s’est rapidement diversifié, notemment dans l’oléiculture. “Notre ambition est de produire une huile de table haut de gamme, reconnue de par le monde”, nous expliquait feu Zniber. Le groupe réserve d’ailleurs près de 4000 hectares pour investir cette culture. Et là encore, il joue à fond la carte de la modernité avec l’introduction du nec plus ultra du matériel agricole : de la récolte à la trituration. L’arboriculture est aussi dans les palettes de Diana Holding. Des fruits en tout genre estampillés Domaine Brahim Zniber (ou encore de ses autres marques Your ou Agad’or), inondent, à coups de dizaines de tonnes chaque jour, les marchés de gros du royaume.

Pépinières, plantes médicinales, agrumes, élevage, unité de compostage… ? Le groupe, avec sa vingtaine d’ingénieurs agronomes, peut se vanter d’avoir intégré toute la filière agricole. Diana Holding compte aussi deux unités d’embouteillage de Coca Cola à Tanger et Oujda, Zniber ayant même refusé une offre alléchante du groupe Castel.

Au service de Sa Majesté…

Au début des seventies, le personnage fait partie de ces notables dévoués corps et âme à la monarchie. Via la Chambre d’agriculture de Meknès, il est propulsé député dans un parlement qui vient de rouvrir ses portes après des années d’état d’exception proclamé par Hassan II. A cette époque, l’exploitant obtient des milliers d’hectares des domaines étatiques pour diversifier son arboriculture. Abricotiers, pistachiers, amandiers, poiriers, pommiers… les plantations Zniber poussent comme des champignons. Nouveau grand coup de pouce pour ériger son empire au milieu des années 1990 : Hassan II, outré de l’état de la filière viticole, demande du renfort à son ami Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux. Trois grands noms de vignerons français reçoivent alors des terres de l’Etat à travers un partenariat avec la Sodea et la Caisse nationale du crédit agricole. Et lors de ces “vendanges”, Zniber a sa part.

Le businessman et le roi se sont longuement côtoyés du temps où Zniber se mêlait de politique. Il a beaucoup travaillé feu Hassan II quand il s’agissait de la réforme fiscale du début des années 1980. Lorsque le lobby agricole n’a pu convaincre les parlementaires, le souverain a fait son fameux discours de 1984 pour décréter l’exonération du secteur jusqu’en 2010.

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