Portrait. Hammad Kabbadj, le joker salafiste du PJD

Portrait. Hammad Kabbadj, le joker salafiste du PJD

Salafiste de la première heure aux idées fondamentalistes, Hammad Kabbadj a entamé sa première expérience politique dans les rangs du PJD, suscitant la polémique. Portrait du Cheikh, tête de liste du parti à Marrakech-Gueliz.

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Crédit : Tniouni

Quand le PJD a annoncé ses têtes de listes électorales dans 79 circonscriptions du royaume le 29 août, un nom a particulièrement retenu l’attention. Il s’agit de Hammad Kabbadj, figure salafiste connue à Marrakech et prêcheur wahhabite qui a longtemps opéré aux côtés d’un certain Mohammed Maghraoui, auteur d’une fatwa polémique autorisant le mariage des petites filles de neuf ans, et avec lequel il gérait la Fédération marocaine des associations des maisons coraniques. C’est donc tout naturellement que le choix de la tête de liste PJD pour la circonscription de Marrakech Gueliz a fait polémique.

L’association « Touche pas à mon enfant » a dénoncé le choix qu’a fait le PJD. « Nous avons été surpris par l’information selon laquelle Hammad Kabbadj, un prédicateur takfiriste, se présentera aux élections du 7 octobre » déclare l’association dans un communiqué du 30 août.

Le quotidien Al Ahdath Almaghribia, connu pour sa ligne éditoriale libérale et anti-islamiste, annonce l’information de la candidature de Kabbadj sur sa Une de l’édition du mardi 30 août, et titre : « Hammad Kabbadj, salafiste marrakchi qui ne croit pas en la démocratie et la qualifie de mal ».

Des opinions fondamentalistes

Issu de l’école du salafisme wahhabisme saoudien, Hammad Kabbadj est pour le PJD « un homme ouvert ». « C’est un salafiste illuminé et modéré qui croit en les institutions et en l’islam modéré », nous affirme Slimane Omrani, porte-parole du parti de la lampe, balayant les critiques. Les écrits de Kabbadj permettent cependant d’en douter. Hormis son ouvrage Le Salafisme au Maroc et son rôle dans la lutte contre le terrorisme paru en 2008 et ses condamnations récurrentes des attentats terroristes, la vision religieuse de Hammad Kabbadj est conforme à celle des salafistes wahabites, c’est-à-dire rigoriste. Le 13 octobre 2015, le prédicateur salafiste poste sur les réseaux sociaux un hadith prêté au prophète  : « Les musulmans vont combattre les juifs, et les vaincre au point que les juifs vont s’enfuir et se cacher derrière une pierre qui parlera et dira aux musulmans : il est derrière moi, viens le tuer ».

Dans un article publié le 27 juillet sur son site officiel, Hammad Kabbadj répond aux féministes qui appellent à abolir la polygamie. Selon lui « la polygamie aide l’homme à s’éloigner du péché de l’adultère », elle est essentielle pour garantir les droits de la femme dans un cadre légal. « On ne peut pas éviter les conséquences de la polygamie dont la jalousie de la femme (…) la polygamie allège les abus. Elle est un moindre mal que l’adultère en tout cas » explique-t-il, en rajoutant que le nombre de quatre femmes pour un homme reste « raisonnable ».

Enfance difficile et découverte du monde Wahhabite

Pour comprendre le cheminement politique de Hammad Kabbadj, il faut remonter à son enfance et à la découverte des idées islamistes. Le 8 janvier 1977, Hammad Kabbadj voit le jour à Marrakech. Il poursuit ses études jusqu’en première année secondaire au lycée Abou al-Abbas Sabti, mais il est forcé d’arrêter ses études suite à un accident en avril 1993. À 16 ans, le jeune Hammad est paraplégique. « Il avait obtenu la meilleure moyenne générale au niveau de tout le lycée, ce qui avait incité le directeur de l’établissement à organiser une cérémonie en son honneur », s’enorgueillit son site web officiel Kabbadj.com. Malgré tout, Hammad Kabbaj ne se laisse pas démonter et affiche un intérêt de plus en plus important pour les « sciences religieuses ».

Il poursuit des recherches personnelles sur la biographie du prophète [Assira Nabawiya, NDLR] et en histoire islamique d’une manière générale. Cette expérience autodidacte le mènera par la suite à apprendre la totalité du coran avec le soutien de l’un des enseignants à l’école coranique, affiliée à l’Association à l’appel au coran et à la sunna au quartier Assif à Marrakech. Il s’agit d’un f’qih nommé Jaafar Bouhlal, qui le fréquentait assidûment dans sa maison, en raison de sa maladie.

Grâce à Taoufik Al-Abqari, docteur marocain connu comme virtuose de l’art de la récitation du coran, il développe une maîtrise des trois styles de lectures différentes du livre saint de l’islam.

Ses compétences religieuses vont lui permettre d’enseigner dans les écoles coraniques à parti de 1998 et le rapprochent des cercles des islamistes influents de la ville ocre. « Il s’est fait un nom auprès des milieux populaires à Marrakech », explique encore Mohammed. « Il enseignait aux jeunes, aux femmes et aux enfants dans les écoles coraniques. Les gens avaient de la sympathie pour lui pour sa pédagogie et son handicap aussi (…) il incarne pour les jeunes adeptes du salafisme un modèle de résistance », poursuit la même source. Kabbadj écrira entre-temps plusieurs articles, notamment sur un site Web qu’il avait supervisé depuis 2005, avant de créer la même année le journal hebdomadaire arabophone Assabil, dont la ligne éditoriale est pro-salafiste.

En 2006, il fera la rencontre de Mohammed Maghraoui, avec lequel il crée un programme pour les femmes à l’Association de l’appel au coran et à la sunna en 2006. Puis il sera élu en 2011 coordinateur de la Fédération marocaine des associations des maisons coraniques, le plus grand mouvement salafiste quiétiste au Maroc, dirigé par Maghraoui. À la différence du salafisme dit jihadiste, ce mouvement de prédication religieuse rejette la violence, ne fait pas de politique, mais est très actif sur le terrain pour promouvoir une conception ultra-orthodoxe de l’islam.

Rapprochement avec le PJD

En mars 2013, il est élu membre du comité du dialogue national sur la société civile et les nouveaux rôles constitutionnels, mis en place par Lahbib Choubani, alors ministre PJD chargé des relations avec le Parlement et la société civile. En août 2013, quelques semaines après le renversement du régime de Mohamed Morsi par le général Sissi en Égypte, un membre de la Fédération des associations coraniques écrit une lettre adressée au roi de l’Arabie saoudite critiquant sa position soutenant le général. Maghraoui, plus proche des salafistes saoudiens que des Frères musulmans, limoge ce disciple. Kabbadj affiche publiquement son désaccord en publiant un communiqué dans lequel il critique la décision de son patron, dénonçant à son tour le putsch et annonçant également sa démission de la Fédération coranique. Un pas déterminant dans son rapprochement avec le PJD qui s’était positionné lui aussi contre le renversement de Morsi.

Lire aussi : Al Sissi en visite au Maroc, le PJD maintient sa position contre le régime égyptien

Depuis, Kabbadj multiplie les interventions dans des conférences organisées par le Mouvement unicité et réforme, bras idéologique du PJD. « Hammad Kabbadj n’est pas étranger au parti, il a déjà travaillé avec nous (…) notamment au MUR, il donnait plusieurs conférences » nous confie Brahim Bouhench, membre du PJD à la ville de Marrakech. Le lien de Hammad Kabbadj avec le parti de Benkirane se révèle encore en septembre 2015, à quelques semaines des élections locales et régionales, Kabbadj appelle les gens à voter pour le PJD, c’est un « devoir religieux » selon lui, car « le PJD est le seul parti qui défend l’islam et ses valeurs ».

« Malgré son handicap, Kabbadj est descendu nous soutenir sur le terrain dans les dernières élections (…) les dirigeants du parti ont apprécié cela » nous explique Slimane Amrani. Et de renchérir : « Alors que Cheikh Maghraoui soutenait tous les partis opposants au PJD à Marrakech, Hammad Kabbadj s’est distingué en se positionnant de notre côté » confie Brahim Bouhench, qui explique que cette position a favorisé son intégration au PJD.

Hammad Kabbadj a participé récemment au dialogue islamo-laïque organisé par l’institut Cordoue, à la ville de Khemissat. « Cet événement prouve que le Maroc verra l’instauration de la citoyenneté qui repose sur le dialogue, la coexistence et le rejet de la violence et de l’extrémisme et la solidarité pour le bien de notre pays » a-t-il publié sur sa page Facebook officielle, le lendemain de l’annonce de sa candidature électorale avec le PJD. Le cheikh salafiste a-t-il révisé ses positions ou cherche-t-il simplement à rebondir en politique ?

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