Maroc-Union africaine: Histoire d'une discorde

Mohammed VI a demandé officiellement le retour du Maroc au sein de l’Union africaine après 32 ans de froid. De 1963 à 2016, retour sur les relations entre le royaume et l’organisation.

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Signature du cessez-le-feu entre le Maroc et l'Algérie lors du sommet de l'Union africaine de 1963. Crédit : AFP.

En 1963, 32 Etats, dont le Maroc, créent l’Organisation de l’union africaine (OUA). Objectifs affichés : l’éradication du colonialisme et la lutte contre la discrimination raciale. Certains sont partisans d’une stricte « Afrique des Etats » alors que d’autres veulent aller plus loin et défendent une véritable intégration, une Afrique fédérale. C’est la première vision qui l’emportera. Dès le début, alors que l’OUA adopte comme principe l’intangibilité des frontières héritées du colonialisme, le royaume annonce ses réserves quant à ce principe. A l’époque, les provinces du sud sont toujours contrôlées par l’Espagne.

Les relations se tendent dans les années 1980. En 1982, l’OUA, alors dirigée par un secrétaire général togolais, Edem Kodjo, hostile à la position marocaine, reconnaît l’autoproclamée RASD. A l’époque, une trentaine des 50 membres reconnaît alors l’entité, parmi lesquels les puissances continentales que sont le Nigeria et l’Afrique du sud. Le Maroc lance alors un appel au boycott du sommet de Tripoli de 1983. Un compromis est finalement trouvé, l’Algérie demandant au Front Polisario de ne pas siéger, relate Jeune Afrique. Seulement, le président algérien Chadli Bendjedid lève sa demande l’année suivante, en représailles des accords d’Oujda, signés entre le Maroc et la Libye, jusque là soutien du Polisario. Le Maroc se retire après avoir constaté la présence des séparatistes lors du sommet de 1984.

Mais la politique de la chaise vide n’a pas poussé l’organisation (devenue Union africaine, UA, en 2002) à réduire son soutien au Polisario. Par exemple, l’UA milite pour étendre le mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’Homme (modification refusée par le Maroc), et est contre l’organisation du forum Crans Montana de Dakhla. Le Conseil de paix et de sécurité de l’organisation (l’équivalent du Conseil de sécurité pour les Nations unies) dénonce régulièrement « l’exploitation des ressources naturelles » de la région.

D’après la lettre que Mohammed VI a adressé au président de l’Union africaine en exercice, depuis des années, plusieurs États ont lancé des appels au Maroc pour qu’il réintègre l’organisation. Certains l’ont fait de manière publique. En plus des alliés traditionnels ouest-africains (Sénégal, Guinée, Côte d’Ivoire, malgré quelques couacs), le Gabon ou le Congo ont ajouté leur voix, précise Le Monde Afrique. Madagascar, le Burundi, le Bénin, la Guinée-Bissau, le Togo, la République du Congo (RDC, l’allié de toujours de Rabat), la Guinée équatoriale, le Cap-Vert, la Zambie, Sierra Leone, le Swaziland, le Zimbabwe, le Tchad, le Burkina Faso, le Liberia, le Malawi et le Kenya) ont retiré leur reconnaissance à la RASD, énumère le site d’informations FranceTV Info.

D’après Le Monde Afrique, « des médiations plus discrètes ont tenté de rapprocher les points de vue du Maroc, qui exigeait le gel préalable de la reconnaissance de la RASD par l’organisation panafricaine ». Selon la même source, récemment, le milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim avait tenté d’organiser une rencontre entre la présidente de la Commission, Nkosanzana Dlamini-Zuma, et l’entourage royal. Sans succès.

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