Ce qu'il faut savoir sur la disparition programmée des sacs en plastique

Une loi opérant un tournant dans les modes de production et de consommation des sacs plastiques au Maroc entre en vigueur ce 1er juillet. Gouvernement, industriels et grandes surfaces de distribution se mobilisent pour s'y conformer.

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Une loi opérant un tournant dans les modes de production et de consommation des sacs plastiques au Maroc entre en vigueur ce 1er juillet. Gouvernement, industriels et grandes surfaces de distribution se mobilisent pour s’y conformer.

À partir de ce 1er juillet, les sacs en plastique ne devraient plus avoir droit de cité au Maroc. La loi 77-15 interdisant la production des sacs en plastique, leur importation, leur commercialisation et leur utilisation entrera en vigueur à compter de la date susmentionnée. Comment se mobilisent le différents acteurs pour se conformer à cette nouvelle loi ?

Destruction des sacs plastiques et distribution des sacs en toile

Du côté du ministère de l’environnement, qui a initié cette action environnementale, une panoplie de mesures a été prise dans les différentes villes et provinces pour lutter contre l’utilisation des sacs en plastique à travers des commission locales. Ces dernières seront chargées d’élaborer un programme d’action pour la collecte et l’incinération des sacs. Par exemple, dans la province de Fqih Ben Salah, environ 11 tonnes de sacs en plastique et de matières nocives pour l’environnement ont été collectés et détruits dans la période du 7 au 25 juin. À Fès, c’est quelque quatre tonnes de sacs en plastique qui ont été détruites depuis le début du juin.

En parallèle, le département d’Elhaité a mené une opération de sensibilisation de la population aux solutions pour remplacer les sacs en plastique. « La distribution des sacs en toile qui est l’une des options » nous explique Mohamed Benyahia, directeur du partenariat, de la communication et de la coopération au ministère de l’Environnement.

Cette sensibilisation se fait également en rappelant à la population qu’« il y a des options additionnelles qui avaient été oubliées et qu’il faut réhabiliter », notamment les sacs en osier, en doum, en palmier nain, ou encore en filet, ajoute Mohamed Benyahia.

Une grande campagne de nettoyage baptisée « Zéro Mika » (zéro sac plastique) a également été lancée par  la Coalition marocaine pour la justice climatique (CMJC), coalition regroupant près de 150 associations, réseaux associatifs et syndicats) qui sensibilise également la population à travers une large opération de collecte organisée dans plusieurs villes du royaume.

Le ministre de l’Industrie à la rescousse des professionnels du secteur

Du côté du ministère de l’Industrie, des mesures de reconversion font l’objet d’un programme interministériel (commerce, intérieur, environnement, agriculture…) Moulay Hafid Elalamy promet une enveloppe de 200 millions de dirhams pour aider les entreprises qui produisaient des sacs plastiques à franchir le cap. Ainsi, pour les entreprises déclarées qui font plus de 30% de leur chiffre d’affaires dans cette activité, le ministère avance 50% de l’investissement industriel lié au projet de reconversion, rapporte le site spécialisé Usine nouvelle. Le ministère devrait également apporter 80% de la prestation de service à hauteur de 14 millions de dirhams maximum par industriel. Pour les entreprises qui produisent des sacs autorisés par la nouvelle loi mais qui ne sont pas conformes à la réglementation, l’État financera 50% de l’investissement nécessaire à la mise à niveau, à hauteur de neuf millions de dirhams maximum.

En revanche, pour toutes les autres entreprises pour lesquelles la production de sacs plastiques représente moins de 30% de leur activité, la subvention représentera 30% de l’investissement industriel et 90% de la prestation de service, précise le média spécialisé.

Les microentreprises informelles ne sont pas en reste. L’État s’engage à accompagner leur formation ou l’amorçage d’une nouvelle activité à hauteur de 30% de l’investissement plafonné à deux millions de dirhams. Mais elles ne pourront bénéficier d’aides publiques que si elles « s’engagent à la transparence fiscale et sociale, à condition qu’elles détruisent ou vendent le matériel de production de sacs plastiques », précise Usine Nouvelle qui cite le ministre de l’Industrie.

Quid des grandes surfaces de distribution, des magasins et des épiceries?

Même si du côté de la Fédération des droits des consommateurs, on qualifie de « hâtive » la mise en application de cette loi interdisant les sacs plastiques, les surfaces de distribution semblent, elle, prêtes. Au super marché Acima, le client doit désormais débourser 1 dirhams pour se procurer des sacs en toile, 4,20 dirhams et de 5,20 dirhams pour des cabas de différentes dimensions.

13578983_10210351297161969_1834636041_nLe supermarché Carrefour, quand à lui, propose des sacs en toile de 1 dirham mais aussi des cabas de 7 dirhams.

Pour l’enseigne turque BIM, seuls des sacs en toile de 1 dirhams et 2 dirhams seront commercialisés.

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Les magasins de vente de vêtements apportent aussi leur lot de solutions. Ils offrent des contenants en toile mais avec une facture plus salée. « Si vous constatez un ou deux dirhams de surplus sur la facture du produit acheté, c’est que le prix du sac en papier ou en toile y entre » nous affirme une revendeuse dans un magasin de vêtements de la place.

Du côté des épiceries, on préfère faire confiance aux clients. « Les clients sont maintenant au courant de l’entrée en vigueur de la loi. Ils viendront faire des achats avec sacs en toile qu’ils pourront se procurer ailleurs » nous énonce un épicier.

La mesure décidée par le gouvernement ne fait cependant pas que des heureux. Les grossistes ont manifesté leur désaccord, et ceux que Telquel.ma a pu rencontrer à Derb Milan, à Casablanca, dépités et contrariés, entendent continuer à vendre leur marchandise malgré les très lourdes amendes qu’ils peuvent encourir (variant de 10 000 à 500 000 dirhams à l’encontre de toute personne commercialisant les sachets en plastique).

Lire aussi: Reportage: À Derb Milan, les grossistes rejettent l’interdiction de « Mika »

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