Tourisme: Lahcen Haddad maquille les échecs en exploits

À ceux qui jugent le bilan du tourisme sans éclat et décevant, Lahcen Haddad a concocté un document garni de réalisations. Mais son (très) maigre bilan ne plaide pas pour lui. Autopsie d’un échec.

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Lahcen Haddad est d’ores et déjà en campagne. Le 21 juin, le ministre du Tourisme a mis les petits plats dans les grands pour réunir journalistes, professionnels et cadors du parti de l’épi autour d’un f’tour à Rabat. Vêtu d’une jellaba noire et d’une rezza blanche, l’homme égrène devant une assistance relativement acquise à sa cause ses réalisations à la tête du département du tourisme depuis 2012. « Beaucoup, beaucoup de choses ont été réalisées », s’enorgueillit-il, tout sourire. Il brandit tour à tour quelques chiffres censés donner de l’éclat à son bilan : des arrivées qui ont bondi de 9 %, des nuitées en progression de 5 %, une capacité litière plus importante (+23% par rapport à 2012)… Bref, un document garni de « prouesses ». Mais derrière ces chiffres se cache un bilan terne, décevant, où même les échecs se convertissent en réussites. Reprenons les comptes avec Lahcen Haddad.

Ce qui devait « arrivées » arriva

C’est en 2012 que Lahcen Haddad prend les commandes du département du Tourisme. Le royaume, qui vient de se doter d’une nouvelle vision pour un secteur stratégique (deuxième contributeur au PIB et deuxième employeur), compte mettre les bouchées doubles pour multiplier par deux le nombre de touristes (alors de 9,3 millions) et celui de ses recettes touristiques (de 56 milliards de dirhams en 2010). Qu’en est-il aujourd’hui ? 10,17 millions, c’est le nombre de touristes qui ont foulé le sol du royaume en 2015, soit une progression de 9 % par rapport à 2012. Commentaire de Haddad : « L’industrie touristique marocaine (…) a réussi, malgré une conjoncture régionale et mondiale peu favorable, à garder un niveau honorable sur la scène touristique internationale. » Dit sans fioritures, le Maroc a tiré son épingle du jeu malgré les amalgames nourris par des actes terroristes perpétrés en Tunisie, en Algérie et en France. Mais les amalgames dont souffrirait la destination Maroc n’expliquent pas tout. D’autant que les MRE représentent la moitié des arrivées.

Le tourisme ne fait pas recette

Brandies comme un trophée, les recettes engrangées par le secteur restent pourtant maigres : 59 milliards de dirhams en 2015, soit une progression de 1 % en comparaison avec 2012, bien que les arrivées aient progressé de 9 %. On est très loin des 120 milliards prévus par l’ambitieuse vision 2020. D’ailleurs, le tiers des nuitées enregistrées dans les établissements hôteliers classés provient du marché interne.

Sale temps pour le plan Azur

Des six stations phares prévues dans le plan Azur, aucune ne fonctionne à plein régime. Pire, une des stations (Plage blanche) n’est pas encore sortie des plans. Tout en reconnaissant le retard pris dans la réalisation du projet, le ministre du Tourisme dit avoir concentré ses efforts sur Saidia, station moribonde, et Lixus – encore fermée. La priorité a été donnée aussi à la station Taghazout, près d’Agadir. Qualifiées par des experts d’ambitieuses, voire de chimériques, les promesses du plan Azur ont été largement revues à la baisse. Dans le dossier de presse distribué aux journalistes, le ministère du Tourisme se contente d’insister sur « l’accélération de la mise en œuvre du Plan Azur à travers la reconfiguration du montage financier des projets et leur repositionnement durable. »

Gouvernance, le parent pauvre de la stratégie

Une vision de dix ans, ça se suit et se contrôle. Mais côté gouvernance, le bilan du ministre haraki est mitigé. Dans le document exposé à Rabat, il fait mention de quinze contrats-programmes signés avec les régions, pour un budget estimé à 160 milliards de dirhams sur cinq ans. Investissement colossal dont on peine à trouver les financements. Tout un programme qu’il faut donc revoir. Et ce n’est pas tout : deux gros chantiers prévus dans la vision 2020 attendent encore leur réalisation : la Haute autorité du tourisme, censée garantir la cohérence de la stratégie touristique, et les Agences de développement touristiques, outil de promotion tombé aux oubliettes. Lahcen Haddad avance enfin un nouvel exploit, du moins présenté comme tel : le lancement en 2012 d’un plan pour booster la compétitivité des PME. Baptisés Renovotel 3 et Moussanada Siyaha, les deux chantiers n’ont jamais décollé. D’ailleurs, le ministre s’est gardé de révéler les chiffres relatifs à leur réalisation.

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