Une nouvelle décharge à Casablanca mais pas avant la COP 22

Après moult rebondissements, la ville de Casablanca réussit à acquérir le terrain devant accueillir la nouvelle décharge publique. Problème : la tristement célèbre décharge de Mediouna, saturée, continuera de recevoir les déchets jusqu’en 2017. Au mépris de la COP 22.

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Un boulet de moins pour Casablanca. A la traine depuis une dizaine d’années, le dossier de la décharge publique de Médiouna a enfin trouvé une issue. Acculé après un feuilleton de négociations à exproprier le nouveau terrain, le conseil de la ville a réussi in extremis à arracher un compromis de vente. Une « victoire » en demi-teinte à quelques mois de la COP22.

Les coulisses

2 mai. Siège de la wilaya de Casablanca. Une session ordinaire du conseil de la ville se tient et les élus, les yeux rivés sur leurs documents, s’apprêtent à voter l’expropriation du nouveau terrain sur lequel doit être érigée la nouvelle décharge publique. Et là, coup de théâtre : « On annule ce point. Je viens de recevoir un SMS du notaire confirmant le compromis de vente avec le propriétaire », annonce, la mine réjouie, Abdelaziz El Omari, maire de Casablanca. Des applaudissements fusent de toute part dans la salle. Un long feuilleton vient de prendre fin.

Flash-back. On est en 2014 lorsque la commune de Casablanca signe un compromis de vente pour l’acquisition d’un terrain de 80 hectares mitoyen de l’actuelle décharge de Médiouna. Coût de la transaction : 44 millions de dirhams, soit 125 dirhams/m². Le montant doit être versé aux propriétaires au plus tard le 31 décembre 2015, date à laquelle expire le compromis de vente. Le problème est en principe réglé. Seulement voilà, début 2016 l’affaire connait un nouveau rebondissement : les vendeurs du terrain rétropédalent en annulant le compromis de vente. Motif invoqué : le montant n’a été déposé chez le notaire que dix jours après la date d’expiration du compromis de vente (le 31 décembre 2015).

 Et rebelote !

À partir de février 2016, la ville mène à nouveau des négociations avec les propriétaires, sans succès. En avril, le dossier passe entre les mains du wali, sans qu’une issue ne soit trouvée. Le maire sort alors de son chapeau un nouveau moyen de pression : l’expropriation. « J’ai dit au propriétaire que le Maroc organise la COP22. Je lui ai précisé qu’il avait le droit de refuser, tout comme j’avais le droit d’utiliser la loi sur l’expropriation », relate Abdelaziz El Omari le 2 mai lors d’un point de presse.  « Et j’ai eu l’accord du ministère des Finances », précise le maire. Un moyen de pression qui a eu raison des hésitations des propriétaires, qui, au vu de cette contrainte,  ont accepté de signer le compromis de vente le 2 mai. « Pas un centime de plus des 44 millions prévus initialement », se félicite El Houcine Nasrallah, président de la commission Urbanisme et aménagement du territoire, quis’est chargé d’une grande partie du dossier.

La « Cop » est pleine

Installée en 1986, la décharge de Médiouna – qui reçoit quelque 3 000 tonnes de déchets par jour – sera complètement saturée en 2016. Pile l’année de la COP22, qui aura lieu en novembre prochain à Marrakech. Le hic, c’est que la nouvelle décharge ne sera prête avant la COP 22. « Il faut préparer le terrain, analyser le sol, ériger un mur de deux mètres… Cela prendra au moins 12 mois », prévoit El Houcine Nasrallah.