Turquie: au moins 86 morts dans l'attentat le plus meurtrier

Au moins 86 personnes ont été tuées samedi 10 octobre, à Ankara dans le plus grave attentat jamais commis sur le sol de la Turquie, qui a visé une manifestation pour la paix organisée par l'opposition prokurde à trois semaines des élections législatives anticipées.

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Le gouvernement a décidé de décréter trois jours de deuil national, a annoncé le Premier ministre Ahmet Davutoglu. A 10h04 locales (7h04 GMT), deux fortes explosions ont secoué les alentours de la gare centrale d’Ankara, où des milliers de militants venus de toute la Turquie à l’appel de plusieurs syndicats, d’ONG et partis de gauche se rassemblaient pour dénoncer la reprise du conflit entre Ankara et les rebelles kurdes.

Cette double déflagration a transformé l’esplanade en scène de guerre, avec de nombreux corps sans vie jonchant le sol au milieu de bannières « Travail, paix et démocratie », et provoqué la panique dans la foule. Selon un bilan provisoire rapporté par le ministre de la Santé, du ministre de la Santé Mehmet Müezzinoglu, 86 personnes sont mortes et 186 autres, blessés.

Le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan a dénoncé une « attaque haineuse contre notre unité et la paix de notre pays » et promis « la réponse la plus forte » contre ses auteurs. Les autorités turques ont rapidement avancé l’hypothèse d’un attentat. « Nous soupçonnons qu’il existe un lien terroriste », a confirmé sous couvert de l’anonymat à l’AFP un responsable gouvernemental.

Ces explosions interviennent à trois semaines des élections législatives anticipées du 1er novembre, alors que les affrontements font rage entre les forces de sécurité turques et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le sud-est à majorité kurde du pays. La chaîne d’information NTV a diffusé des images vidéo prises par un amateur montrant des groupes de militants chantant et dansant la main dans la main, avant d’être précipités au sol par la violence de la déflagration.

Massacre

« On a entendu une grosse et une petite explosion et il y a eu un gros mouvement de panique, ensuite nous avons vu des corps qui jonchaient l’esplanade de la gare », a déclaré à l’AFP Ahmet Onen, un retraité de 52 ans qui quittait les lieux avec sa femme. « Une manifestation destinée à promouvoir la paix a été transformée en massacre, je ne comprends pas », a-t-il ajouté.

Après l’attentat, la police a été contrainte de tirer des coups de feu en l’air pour disperser des manifestants en colère protestant contre la mort de leurs camarades aux cris de « policiers assassins », a constaté un journaliste de l’AFP. La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a appelé samedi la Turquie à « rester unie » contre les « terroristes ».

Le président français François Hollande a condamné une « attaque terroriste odieuse » et son homologue russe Vladimir Poutine adressé ses condoléances à M. Erdogan. L’ambassadeur des Etats-Unis à Ankara John Bass s’est déclaré sur Twitter « horrifié ». « Je suis de tout coeur avec les victimes et leur famille », a-t-il ajouté. La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré avoir appris cette nouvelle avec « tristesse et consternation », estimant que l’attaque était dirigée contre « les droits civiques, la démocratie et la paix ».

Le principal parti prokurde de Turquie, qui appelait à la manifestation, a dénoncé un « terrible massacre », mettant en cause le gouvernement. « Nous sommes confrontés à un Etat meurtrier qui s’est transformé en mafia », a réagi le chef de file du Parti démocratique des peuples (HDP), Selahattin Demirtas. Le ministre de l’Intérieur Selami Altinok a démenti toute « faiblesse du service de sécurité » prévu pour la manifestation et assuré qu’il ne démissionnerait pas.

Trêve du PKK

« C’est comme à Suruç », a commenté à l’AFP un témoin, Sahin Bulut, membre de l’Association des ingénieurs d’Istanbul venu participer à la manifestation.

Le 20 juillet dernier, un attentat suicide attribué au groupe jihadiste Etat islamique (EI) avait fait 32 morts parmi des militants de la cause prokurde dans la ville de Suruç, toute proche de la frontière syrienne.

Dans la foulée de cette attaque, les affrontements ont repris entre l’armée et la police turques et les rebelles du PKK, qui ont fait voler en éclat un fragile cessez-le-feu qui tenait depuis mars 2013.

Plus de 150 policiers ou soldats ont été tués depuis dans des attentats attribués au PKK, alors que les autorités turques affirment avoir « éliminé » plus de 2.000 membres du groupe rebelle lors de leurs opérations de représailles.

Sans en faire mention, le PKK a annoncé samedi quelques heures après l’attentat d’Ankara la suspension de ses activités avant les élections.

« Notre mouvement a décrété une période d’inactivité pour nos forces de guérilla, sauf si nos militants et nos forces de guérilla étaient attaqués », a publié sur son site internet l’Union des communautés du Kurdistan (KCK), l’organisation qui chapeaute les mouvements rebelles kurdes.

« Nous ne feront rien qui peut empêcher une élection équitable », a ajouté le mouvement.

Lors du scrutin législatif du 7 juin dernier, le parti du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan a perdu la majorité absolue qu’il détenait depuis treize ans au Parlement, notamment en raison du bon score réalisé par le HDP.

Après l’échec des négociations pour la formation d’un gouvernement de coalition, il a convoqué des élections anticipées pour le 1er novembre.

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