Les victimes de spoliation immobillière en appellent au roi

Des propriétaires et héritiers se font confisquer leurs biens immobiliers à coup de falsification de documents et de corruption de fonctionnaires.

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Photo d'illustration. Source : U.S. National Archives and Records Administration.

Marocains ou Européens nés au Maroc sont victimes de spoliation immobilière. Leur cauchemar dure depuis des années. Rassemblés en association, la centaine de concernés revient à la charge en envoyant une lettre au roi pour lui demander son soutien. « Vos sujets à travers le monde lancent un appel dont nous sommes les humbles messagers pour la justice et la fraternité, pour que leur pays le Maroc continue de les accueillir et que leurs attaches viscérales à leur royaume […] restent intactes […] », peut-on lire dans la lettre.

Concrètement, des propriétaires se font voler leurs biens par des inconnus qui avec de faux documents se font passer pour propriétaires. Souvent, les victimes ne résident pas au Maroc et ne se rendent donc pas tout de suite du pot aux roses, comme cette femme dont la maison a été rasée pour construire un immeuble à la place. La spoliation peut remonter à 60 ans comme à deux années seulement. Aussi, l’on voit dans un reportage réalisé par France 24, que des Marocains seraient même poussés à quitter leur maison, qu’ils habitent encore, notamment dans des quartiers de Casablanca où le foncier a pris beaucoup de valeurs ces dernières années.

D’après l’Association pour le droit et la justice au Maroc, ces voyous bénéficieraient du soutien de notaires peu scrupuleux et de certains fonctionnaires. « Toutes les méthodes de la plus vile à la plus pernicieuse sont utilisées au sein même des tribunaux et administrations avec une aisance déconcertante », peut-on lire dans la lettre. Jusqu’à présent, l’impunité est de mise. Certaines victimes ont déjà porté plainte mais en général la procédure n’aboutit pas : les dossiers sont perdus, les audiences reportées. Une manière d’asphyxier et de démotiver les ayants droit, nous explique Stéphane Vabre, secrétaire générale de l’association.

Menaces et assassinats ?

Une seule personne a réussi à récupérer son bien : Gerard Benitah, héritier d’une maison de 15 millions d’euros. « Quand mon oncle meurt et que l’on ouvre son testament, c’est là qu’on m’apprend au consulat français de Casablanca qu’un autre testament aurait été fait […] au profit de Mustapha Him, un inconnu », explique-t-il au quotidien français La Croix. Un nom récurant dans plusieurs histoires similaires. Mustapha Him a été condamné en février 2014 à sept ans de prison ferme« D’autres victimes ont obtenu gain de cause mais aucun n’a récupéré ses biens », nous précise Stéphane Vabre, qui critique le fait qu’une loi votée en 2011 instaure une prescription de seulement quatre ans pour les affaires de spoliation immobilière. « Si la spoliation est ainsi légalisée, que peuvent faire les victimes ? », se demande l’association dans sa lettre adressée au roi.

Il semblerait qu’une sorte de mafia de l’immobilier soit derrière beaucoup de ces cas. Et toujours d’après l’association de victimes, le crime ne s’arrête pas au vol. L’association accuse par exemple « des gens impliqués dans une multitude de dossier » d’avoir assassiné le frère de monsieur Thuiller, victime de spoliation. Dans sa lettre, l’association tente d’interpeller le roi sur ce qu’elle qualifie d’ « impunité » face à des « modes opératoires flagrants ».

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