Reportage : 18 plaidoiries pour les filles d'Inezgane

Après une forte mobilisation lundi devant le Tribunal d’Inezgane à l’occasion de l’ouverture du procès des deux jeunes femmes poursuivies par la justice pour « outrage public à la pudeur » à cause de leurs jupes, la tension est rapidement retombée après l’annonce du report du verdict au 13 juillet prochain.

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Sit-in devant le tribunal d'Inzegane - Crédit : Tarek Bouraque.

Si dans la matinée et en dépit d’une chaleur accablante, un sit-in avait rassemblé d’un côté plus d’une centaine de personnes, militants des droits de l’homme, associations et citoyens lambda, et de l’autre les marchands du souk incriminé, le soir même c’est un peu moins d’une vingtaine de personnes qui se sont retrouvées devant la Wilaya d’Agadir pour manifester leur soutien à Sanaa et Siham à l’occasion de la « journée nationale pour défendre nos libertés  ».

Echec du rassemblement pour les libertés individuelles à Agadir

A l’heure où les premières photos des manifestations organisées simultanément à Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech, envahissaient les réseaux sociaux, les quelques manifestants d’Agadir s’avouaient déçus du manque de participation notoire et d’une mauvaise organisation. Un mini rassemblement qui a cependant suscité les interrogations des forces de l’ordre manifestement pas au courant de la tenue de manifestations simultanées dans plusieurs grandes villes du Royaume, et qui ont longuement questionné les participants qui avaient fait le déplacement. Une fausse note pour cette journée qualifiée « d’historique » par de nombreux militants associatifs tout au long de la journée.

Quelques manifestants devant la Wilaya d'Agadir - Crédit : Tarek Bouraque

Quelques manifestants devant la Wilaya d’Agadir – Crédit : Tarek Bouraque

« Les femmes ont participé à changer plusieurs lois, si on se rappelle d’Amina Filali, c’est que suite à cette affaire, l’article 475 du Code pénal a été modifié. Cette affaire des deux jeunes filles d’Inezgane a mis en lumière un ensemble de pratiques qu’on peut considérer comme radicales et qui existent dans la rue marocaine. Des pratiques qui nécessitent une intervention pour y mettre fin  », confiait Maître Mohamed Almou présent pour l’occasion au Tribunal au côté de ses confrères venus en nombre pour défendre les deux jeunes femmes. A noter que tous les barreaux du Maroc était représentés. « On enregistre plus de 300 avocats sur cette affaire  », indique Maître Mohamed Almou.

Inezgane : Un pronostic optimiste

Pendant de nombreuses heures, les avocats de la défense se sont relayés pour prendre la parole, et demander l’acquittement de leurs clientes ainsi que la poursuite de certains commerçants pour « harcèlement ». A l’occasion de leurs plaidoiries, plusieurs avocates ont souhaité mettre l’accent sur la misogynie du code pénal et de l’article 483 en particulier. Tous ont également insisté sur les vices de forme relevés dans l’affaire.  « Si les deux jeunes filles sont condamnées aujourd’hui, ce sera donner raison aux takfiristes et aux discours rétrogrades  », déclarait Maître Abderrahim Jamai. Ce n’est pas moins de 18 plaidoiries qui ont été prononcées.

« L’outrage public à la pudeur n’est pas du tout valable. Le législateur évoque lui-même la nudité volontaire par le fait de retirer ses vêtement ou un acte de nudité à proprement parler  », souligne pour sa part Maître Mohamed Almou.

Durant son intervention, le Procureur du roi s’est de son côté aligné sur les arguments des avocats, annonçant d’une certaine manière l’issue d’une affaire qui secoue le Maroc depuis plusieurs semaines maintenant.

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