Adil Douiri: «Je préfère qu'on soit gros et performant que petit et luttant»

Mutandis a annoncé son entrée en bourse « très prochainement ». L'occasion de rencontrer son fondateur Adil Douiri pour revenir sur les activités de l'entreprise et connaître son avis sur la politique économique du gouvernement actuel.

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Adil Douiri, cofondateur de CFG Group. Crédit : Yassine Toumi.

Créée par l’Istiqlalien Adil Douiri en 2008, Mutandis est un groupe industriel et commercial œuvrant dans quatre secteurs : les détergents, les bouteilles et bouchons alimentaires, les produits de la mer en conserve et l’automobile (elle distribue Seat, Honda et Ferrari au Maroc). En 2014, il a affiché 1,7 milliards de dirhams de chiffres d’affaire (+11 % par rapport à 2013) et 153 millions de dirhams d’excédent brut d’exploitation.  Mutandis annonce maintenant son entrée en bourse. C’est à cette occasion que l’entreprise a organisé une conférence de presse, au cours de laquelle Adil Douiri n’a finalement pas donné d’information sur l’opération, le Conseil déontologiques des valeurs mobilières n’ayant pas encore donné son visa. Mais d’après l’ancien ministre du tourisme, l’entrée serait pour le quatrième semestre 2015.

Pourquoi vous introduire en bourse ?

C’est presque idéologique puisque Mutandis est née avec pour projet d’appartenir à tout le monde. Mutandis a été crée pour entrer en bourse. Aujourd’hui, on compte 60 actionnaires [dont des institutionnels, ndlr]. Avec l’entrée en bourse, on sera peut-être quelques milliers. Cela va nous permettre d’augmenter notre capital pour la construction et l’acquisition d’usines en Afrique. Mais il n’y aura pas de changement d’activité, on va rester principalement dans l’hygiène et l’agroalimentaire.

Quels sont vos projets en Afrique ?

Nous exportons déjà vers plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, où nous réalisons 345 millions de chiffre d’affaires [donc environ 20 % du chiffre d’affaires total, ndlr]. On veut progressivement fabriquer là bas. Nous prospectons actuellement pour ouvrir une usine en Mauritanie.

Mutandis est une société commandite par action (SCA) et a pour particularité de ne pas avoir d’actionnaire majoritaire. Vous justifiez cela par la volonté que l’entreprise « appartienne à tout le monde ». Pourquoi ?

Je préfère construire un très gros groupe de grande taille, performant, qui puisse s’introduire en bourse, plutôt que de limiter le patrimoine de mon entreprise à mon patrimoine personnel. Mon patrimoine est incompatible avec la taille de Mutandis je ne pourrai jamais être actionnaire majoritaire de Mutandis. Je préfère faire gros et performant que petit et luttant.

Pourquoi s’être séparé de Fenyadi, une marque que Mutandis avait créée ?

Fenyadi est trop petit pour nous, donc on a vendu. Ce n’est que 20 millions de dirhams de chiffre d’affaires, alors que celui de Mutandis est de 1,7 milliards donc on ne pouvait pas passer du temps et dépenser de l’énergie pour elle. Mais elle marche bien. [Un résultat net nul, a précisé Adil Douiri lors de la conférence de presse. ndlr]

A vous écouter, Mutandis est pour le moment un succès. Cela prouve que l’industrie marocaine a encore de beaux jours devant elle. Quels sont ses atouts d’après vous ?

L’industrie marocaine peut être compétitive. On exporte, s’en est la preuve. On commence aussi à avoir un pool de ressources humaines compétentes dans les jobs techniques (directeur technique, en recherche et développement…). Cette main d’oeuvre a été formée par des grands groupes, en trente voire quarante ans. Il y a aussi notre capacité à exporter des conteneurs à des coûts raisonnables, le nombre de liaisons maritimes à partir de Tanger-Med… Mais tout ça est tendu. Il faut une taille critique si on veut gagner de l’argent. On ne peut pas être rentable si on ne franchit pas une certaine taille.

Vous êtes président de l’Alliances des économistes Istiqlaliens. Que pensez-vous de la politique économique du gouvernement actuel ?

Ce gouvernement a été le moins bon des trois derniers. Il a échoué sur l’indicateur principal de l’économie : la création d’emplois. Ils n’ont pas réussi parce qu’ils sont venus obsédés par une confusion mentale (par manque d’expérience) entre l’Etat et la nation. Pour eux, gérer l’économie du Maroc ce n’est que gérer le budget de l’Etat. Or le Maroc compte 11 millions de personnes actives alors que l’Etat ne compte que 800 000 personnes. Ils s’occupent seulement de ces 800 000 personnes et quand ils arrivent à équilibrer les comptes des 800 000 personnes ils disent qu’ils ont réglé l’économie. Je pense qu’ils vont perdre pas mal de sièges au parlement parce que les gens ont vu leur incompétence. L’engouement de 2011 est derrière nous.