Pourquoi le don d'organes est si peu pratiqué ?

Le don d’organes, aussi bien de personnes vivantes que décédées, est très peu répandu au Maroc. Une association demande un vrai débat de société sur la question.

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Un bloc opératoire avec quatre chirurgiens en pleine opération.
Crédit : Kristopher Radder.

A l’occasion de la journée mondiale du don d’organe le 17 octobre, l’association REINS lance une pétition pour demander l’instauration d’un débat sur la question. Il faut dire que le don d’organes est très peu développé au Maroc. Environ 200 greffes de rein et une dizaine d’autres organes ont lieu chaque année. Le rein concerne les dons de personnes vivantes ; poumons, cœur et foie sont pris sur des personnes décédées.

Pour donner un organe, il faut s’être inscrit dans un registre auprès du tribunal de première instance, « mais la procédure est mal faite, les gens sont souvent mal reçus au tribunal », affirme Amal Bourquia, présidente de l’association REINS. En plus d’une simplification de la procédure, elle aimerait que le choix de la personne soit inscrit sur son permis de conduire ou sur un autre document qu’elle possède toujours sur elle, comme cela se fait déjà dans d’autres pays. Même si « au niveau législatif il n’y a pas vraiment de problème », elle estime que la loi n’est pas assez précise. Par exemple, quand une personne s’y inscrit, elle ne peut pas détailler quel organe elle accepte de donner.

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Dans la pratique, le don se fait si la famille le souhaite, y compris si la personne qui vient de décéder n’est pas inscrite au registre. A l’inverse, la volonté de la personne qui souhaitait donner ses organes n’est pas toujours respectée lorsque la famille s’y oppose.

Des obstacles culturels et économiques

Seul un millier de personnes sont inscrites dans ce registre. Pour Amal Bourquia, les Marocains ne sont pas assez informés, ni même sensibilisés au sujet, qui ne fait l’objet d’aucun débat :

En famille, on en parle seulement lorsqu’on y est confronté, pas avant.

D’après un sondage réalisé par l’association, la population est pourtant majoritairement pour le don, mais ne le fait pas forcément savoir. Certains invoquent également l’excuse religieuse. Mais la médecin nous l’assure, il n’y a aucune confrontation entre les deux : « La religion est l’un des premiers facteurs avancés alors que depuis longtemps des fatwas ont réglé le problème ». Elle donne l’exemple de l’Arabie saoudite, où le don est très développé.

Difficile de dire quels sont les organes pour lesquels il y a le plus de demandeurs. Si le rein est très demandé, c’est parce que les malades en insuffisance rénale peuvent être maintenus en vie, contrairement à ceux qui nécessitent une greffe de foie ou de cœur par exemple. En revanche le constat est clair : la demande est beaucoup plus élevée que l’offre. Même si plus de Marocains acceptaient d’offrir leurs organes, le problème ne serait pas résolu pour autant, car les hôpitaux ne seraient pas en mesure de les transplanter. « Une greffe coûte très cher et il n’y a pas assez de moyens », nous explique Amal Bourquia. Cette pétition vise donc aussi à interpeller les pouvoirs publics sur ce manque de moyens.

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