Un syndicat représente désormais les salariés de l'offshoring

C'est une première : un syndicat s'est constitué pour défendre les droits des salariés de l'offshoring, notamment des centres d'appels.

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Plateforme d'offshoring au Maroc
Les femmes représentent 55 % des salariés du secteur. Crédit : AFP

Les employés des centres d’appel s’organisent en syndicat. Tenu sous l’égide de l’Union marocaine du travail (UMT) samedi 19 juillet à Casablanca, le congrès constitutif de la Fédération nationale des centres d’appel et des métiers de l’offshoring (FNCAMO) ambitionne de permettre aux 70 000 employés du secteur de pouvoir se constituer en syndicats. Une nouveauté, dans un secteur peu, voire pas du tout syndicalisé.

Contacté par TelQuel.ma, Mohamed El Ouafi, le secrétaire national de l’UMT en charge du secteur de l’offshoring, plaide pour une « charte sociale » préparant à l’adoption d’une « convention collective ».

Renforcer l’arsenal juridique

Les négociations entre l’UMT et l’Association marocaine de la relation client (AMRC), représentant les patrons du secteur, durent depuis quelques mois pour mettre en place cette charte. « Elle sera prête dans quelques semaines grâce à la participation des « patrons citoyens » », estime Mohamed El Ouafi. La future charte devrait permettre notamment de régler à l’amiable les différends entre salariés et employeurs.

La seconde étape sera la signature d’une convention collective, qui pourra compléter les dispositions prévues par le Code du travail, estime M. El Ouafi : « La question de la convention collective de travail est nécessaire, elle suivra la charte sociale. L’UMT a d’ores et déjà reçu les dirigeants de l’AMRC. Elle devrait pouvoir être signée dans un an ou deux. »

De la difficulté de se syndiquer

Même s’il ne s’agit que de prémisses de négociations, la création d’un syndicat est un fait marquant dans un secteur considéré comme hostile à la syndication par notre source.

Mohamed El Ouafi recense plusieurs expériences douloureuses depuis 2009 et des licenciements abusifs. Selon lui, « chaque constitution de représentation syndicale au sein d’un centre d’appel a donné lieu à des licenciements. Entre 2009 et 2014, un même centre d’appel a remercié 4 bureaux syndicaux, mais également des adhérents ou de simples salariés solidaires ».

Si les tribunaux ont souvent ordonné la réintégration de salariés pour licenciements abusifs, peu d’entreprises exécutent les jugements, et préfèrent verser des compensations financières.

Un métier mondial du Maroc

Les métiers de l’offshoring font partie des six « Métiers mondiaux du Maroc » (MMM), ensemble de secteurs stratégiques pour lequel le Maroc réserve un statut juridique particulier. Le Maroc espère asseoir sa position comme leader francophone dans le secteur de l’offshoring.

Des aménagements législatifs et réglementaires conséquents ont été accordés par les autorités marocaines pour tenter d’attirer de plus en plus d’investisseurs dans ce secteur.

Les entreprises sont par exemple exemptées de l’impôt sur les sociétés (IS) pendant une période de 5 ans suivant leur installation, avant de bénéficier d’une réduction de 50 % de l’IS dans les années suivantes, entre autres incitations fiscales. Une incitation qui donne lieu à de nombreux dépôts de bilan au bout des cinq premières années, les entreprises jouant avec les limites de la légalité.

Aujourd’hui, le secteur de l’offshoring emploie 70 000 personnes au Maroc et représente un chiffre d’affaire de 7,2 milliards de dirhams. Avec 100 000 emplois prévus dans le secteur d’ici fin 2015, on comprend mieux la démarche de créer une représentation syndicale pour la sauvegarde des droits des travailleurs et l’amélioration de leurs conditions de travail.

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