Ces bénévoles qui passent leurs soirées à distribuer des ftours

Durant le mois de ramadan, plusieurs associations distribuent des ftours aux familles nécessiteuses ou aux sans-abris. Durant une soirée,TelQuel a suivi le travail de ces jeunes bénévoles.

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Crédit : Louis Witter

Avec leurs voitures (de luxe) aux vitres teintées et leurs playlists de rap américain écoutées à fond, ces jeunes qui dévalent les avenues de Casablanca pourraient se confondre avec ceux du film Marock. Mais la ressemblance est trompeuse : ils ne se sont pas réunis pour faire des courses de voitures le long de la Corniche. Non, ce soir, ils sont ensemble pour distribuer des paniers repas aux sans abris.

Tous sont membres ou bénévoles (réguliers ou ponctuels) de l’association HappyNass, qui vient toute l’année en aide aux Marocains nécessiteux et qui pendant le mois de ramadan, se charge de donner à manger aux SDF. Aujourd’hui, certains se sont mis au travail dès 13h30 pour constituer les quelques 200 packs qui seront distribués avant l’heure du ftour. Et à 17h30, ils étaient au moins une cinquantaine à avoir répondu à l’appel de l’association en se présentant au rendez-vous fixé au MacDo du quartier Maârif.

La peur du contact avec les sans-abris

Si certains ont déjà participé à une distribution identique l’an dernier, d’autres viennent pour la première fois. « Quelques nouveaux bénévoles ont un peu peur d’aborder les sans-abris et nous posent beaucoup de questions, mais on essaye de les rassurer », explique Soukaina, la secrétaire générale de l’association, étudiante en troisième année d’école architecture.

Pour le moment, les membres de HappyNass collectent des dons en numéraire et en nature auprès de leurs proches mais espèrent pouvoir compter sur l’aide de marques d’alimentation « dans les prochains jours ». Au total, l’association a prévu de donner 5 000 paniers au cours du mois, distribués les mardis et dimanches. « Nous sommes confiants et savons que nous arriverons à collecter assez à chaque fois. Ce qui est difficile, c’est plutôt l’organisation et la constitution des paniers », confie Soukaina. Pour cette première tournée, le sac contient bien les traditionnelles dattes, mais aussi du pain, une baghrir, du lait, du jus de fruit, un sandwich et un œuf dur.

Les deux femmes, surprises, multiplient les remerciements. Crédit : Louis Witter

Les deux femmes, surprises, multiplient les remerciements. Crédit : Louis Witter

« Donnez-moi plus »

A 18h30, tout le monde décolle de Maârif vers d’autres quartiers, à la rencontre de sans-abris. Pour cette première distribution, les bénévoles sont si nombreux qu’il n’y a pas assez de place dans la douzaine de voitures mobilisées pour l’occasion. Certains doivent alors emprunter le taxi pour se rendre dans le secteur prévu. Les équipes ne procèdent pas toutes de la même manière et s’adaptent aux circonstances de leurs quartiers.

Mers-Sultan, Al Fida, l’Hermitage… Aïcha et ses deux acolytes ratissent un quartier aux larges avenues. Ils suivent alors l’itinéraire prévu quasiment à la lettre et s’arrêtent dès qu’ils trouvent un sans-abri. Ce soir, toutes sont des femmes. « Merci mais donnez-moi plus s’il vous plaît, j’ai des enfants ! », demande une vieille femme qui tente de vendre ses mouchoirs au feu rouge. « Merci merci merci, je suis là tous les jours au même endroit ! », sourit une autre, qui espère recevoir le même sac le lendemain.

Une ambiance de colonie de vacances

L’équipe de Sara n’a pas pu s’y prendre de la même manière. « On était dans un quartier aux petites ruelles très encombrées où il y avait des bagarres, donc on a laissé la voitures et nous sommes tous descendus à pieds. » Si elle est contente d’avoir tenté cette première expérience, la bachelière était très surprise, voire un peu déstabilisée :

C’était un peu difficile parce que nous sommes allés dans un quartier tellement pauvre que tout le monde est venu nous demander.

Pour son amie Islam, même difficulté : « une femme vient me voir et me supplie en m’expliquant qu’elle n’a pas de quoi payer son loyer mais ça veut dire qu’elle a au moins un toit et nous, nous ne donnons qu’aux SDF. Alors j’étais obligée de lui dire non. »

On pourrait croire qu'Aïcha a fait ça toute sa vie. Crédit : Louis Witter.

On pourrait croire qu’Aïcha a fait ça toute sa vie. Crédit : Louis Witter.

Ce soir, le temps presse et les jeunes n’ont pas vraiment le temps de discuter avec les bénéficiaires. Mais « la plupart sont très aimables. Parfois, on parle un peu de leur quotidien avec eux. Beaucoup sont étonnés de nous voir, tous sont très contents. Il arrive que certains refusent, en nous expliquant qu’ils ont déjà de quoi manger », explique Soukaina.

S’ils ont conscience que la misère dure bien plus qu’un mois, pour ces bénévoles ramadan rime avec générosité, comme nous l’explique Hamza, le président de l’association : « Le Coran nous dit qu’il faut faire des dons pendant ce mois donc c’est une obligation pour nous. » Mais attention, pour ces jeunes, cette « obligation » est loin d’être une corvée. Au contraire, en plus de leur plaisir pris à aider les autres, ils profitent de ces distributions pour passer du temps ensemble. Après chaque tournée, rendez-vous à Aïn Diab, sur la plage, vers 19h30, pour profiter de leur ftour bien mérité. La plupart l’assure : ils reviendront samedi, et pour toutes les autres distributions du mois.

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