Maroc-Espagne: ce qu'implique l'abdication de Juan Carlos

Institution, politique intérieure, relations diplomatiques notamment avec le Maroc... que va changer l'abdiction de Juan Carlos?

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Mohammed VI et Juan Carlos Crédit: AFP

Le roi d’Espagne Juan Carlos a annoncé son abdication, lundi 2 juin. Son fils Felipe VI sera couronné à sa place dans les mois à venir. Ce changement de souverain va t-il influencer sur la politique espagnole? A priori, non.

Les républicains espagnols (parmi lesquels la gauche radicale, les nationalistes catalans et certains jeunes socialistes) ont déjà profité de l’occasion pour demander un référendum sur le changement de régime. Pour certains, la fin chaotique du règne de Juan Carlos et les différents scandales qui ont éclaboussé la couronne ces dernières années témoignent d’un épuisement de la monarchie. Pour la jeune génération, le rôle joué par Juan Carlos lors de la transition démocratique à partir de 1975 est bien trop loin pour légitimer le rôle actuel d’un roi en Espagne.

Lundi soir, à la suite de l’abdication « surprise » du roi, des milliers d’Espagnols ont manifesté dans la rue en agitant le drapeau au couleur de la seconde république et en clamant : « L’Espagne, demain, sera républicaine » ou encore « les Bourbons aux élections. »

Miles de personas piden un referéndum entre monarquía y república tras la abdicación del rey http://t.co/MpnF2yoebI pic.twitter.com/6nSKayGiQR

— RTVE (@rtve) 2 Juin 2014

Les opposants à la monarchie doivent avoir recours aux «instruments légaux » s’ils veulent modifier la constitution, a répondu mardi le chef du gouvernement, Mariano Rajoy, estimant toutefois que la couronne d’Espagne bénéficie « d’un soutien très majoritaire. » La plupart des partis politiques espagnols reste en effet en faveur de ce régime. D’après le journaliste espagnol Ignacio Cembrero, qui s’est confié à TelQuel, « il n’y aura pas de changement de régime ni d’institution mais un renouvellement de la monarchie. Une majorité est encore attachée à l’institution. Le prince héritier a fait jusqu’ici un parcours sans faute. On compte beaucoup sur lui pour rehausser le prestige de l’institution. » Felipe VI devrait donc revitaliser la monarchie, plus que la remettre en cause.

Très peu d’impacts sur la politique intérieure et étrangère

D’après la constitution de 1978, le monarque n’a en réalité que très peu d’influence sur la politique intérieure. Cependant, certains leaders basques et catalans ont déjà profité de l’occasion pour rappeler leur ambition indépendantiste. En effet, Felipe VI arrive dans un contexte de tensions où les institutions sont fragilisées par les poussées séparatistes de plusieurs communautés autonomes, mais aussi par la crise économique et la remise en cause des partis traditionnels.

« J’imagine qu’il va essayer d’être plus proche de ceux qui souffrent encore à cause de la crise économique qui a frappé l’Espagne et des aspirations de cette partie de la population catalane qui souhaite une plus large autonomie voire même l’indépendance, prédit Ignacio Cembrero. Le prince Felipe parle d’ailleurs le catalan, ce qui n’est pas le cas de son père, et il a prononcé des discours dans cette langue »

Pas de changement en vue pour les relations Maroco-espagnoles

Si le monarque représente le pays lors de voyages à l’étranger, il ne dirige pas non plus la politique étrangère. En 2002, lors de la crise avec le Maroc sur l’îlot de Leila, le chef du gouvernement José Maria Aznar avait interdit à Juan Carlos de visiter officiellement le Maroc.

En revanche, il est vrai que des relations d’amitié lient Juan Carlos et Mohammed VI qui s’étaient rencontrés à plusieurs reprises. Le roi du Maroc a d’ailleurs été l’un des premiers chefs d’Etat à téléphoner à son homologue espagnol, lundi 2 juin, pour lui rendre hommage. Cette complicité entre les deux souverains a certainement participé à l’amélioration des relations entre l’Espagne et le Maroc ces dernières années. Les deux pays voisins vont-ils maintenant s’éloigner? Rien ne pousse à la croire. D’ailleurs, Mohammed VI s’est aussi entretenu avec Felipe VI, de seulement cinq ans son cadet, pour lui présenter « ses félicitations et ses voeux de succès. »

« Les relations avec le Maroc sont aujourd’hui très bonnes et je pense qu’elles vont le rester. Même si les deux maisons royales vont rester proches, je ne pense pas que le nouveau roi espagnol puisse jouer aussi facilement que son père ce rôle médiateur et pacificateur avec le Maroc« , nuance Ignacio Cembrero.

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