Culture. Les subventions qui fâchent

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La publication de la liste des bénéficiaires de subventions publiques a propulsé le ministère de la Culture sous le feu des critiques. Éclaircissements.

C’est une première : le ministère de la Culture a accordé des subventions à des projets musicaux et chorégraphiques. Si cette initiative a tout lieu de réjouir le milieu culturel, la publication de la liste des bénéficiaires, le 22 mai, a surtout suscité la polémique. En cause, le caractère jugé « inégalitaire » de l’octroi des subventions. Parmi les artistes montrés du doigt, le rappeur Don Bigg, qui a touché à lui seul 600 000 dirhams. « Deux projets sur les trois que j’ai présentés ne me concernent pas en tant qu’artiste, mais en tant que parrain de jeunes talents », se défend-il. En effet, seule une subvention de 100 000 dirhams, pour financer une résidence d’artiste, est liée à ses activités de rappeur. Les deux autres, d’une valeur totale de 500 000 dirhams, lui ont été octroyées en tant que producteur et diffuseur. Une somme faramineuse ? « Je vais produire six albums de jeunes artistes. A mes détracteurs, je demande d’aller se renseigner sur le coût de la production et la diffusion d’un seul album », argumente Don Bigg.

Pris de court

La liste des subventions a été établie suite à un appel à projets initié par le ministère, après délibération d’un jury. « Beaucoup ont été surpris par cet appel à projets, car c’est une première. Ils n’ont pas eu le temps de préparer leurs dossiers, malgré la com’ qui a été faite autour de l’événement », affirme Younes Boumehdi, directeur général de Hit Radio. Sa radio a bénéficié de 200 000 dirhams de subventions, pour « quatre concerts, qui auront lieu à partir de la fin de l’année ». Brahim El Mazned, directeur du Festival Timitar, a reçu 396 000 dirhams pour deux projets : Visa for music, un salon international de musique, ainsi qu’une résidence d’artistes. Il reproche au ministère « d’avoir publié les noms des bénéficiaires, mais pas leurs projets ». C’est cette opacité qui a contribué à alimenter la polémique, conduisant certains à crier au favoritisme. « Le problème, c’est que ceux qui critiquent n’ont pas, pour la plupart d’entre eux, déposé de dossier. Ils se sont habitués à critiquer toute initiative émanant du ministère de la Culture », s’indigne El Mazned. En effet, 55 dossiers au total ont été déposés auprès du ministère de la Culture. Peu, très peu pour un appel à projets de ce genre. Pour El Mazned, « il faut reconnaître qu’il y a eu beaucoup de clientélisme par le passé. Mais pour une fois que ça se passe de manière transparente, et qu’il y a eu un jury indépendant et souverain, il ne faut pas se lancer dans la critique infondée. En revanche, il faut qu’il y ait un suivi et un contrôle permanents » de l’avancée des projets subventionnés.

Critères de sélection

Ahmed Aydoun, président de la commission des subventions, tient à rappeler que l’un des principaux critères de sélection est « l’impact de la production sur la région ou sur les musiciens marocains. Les projets qui ne présentent pas assez de garantie dans ce sens ont été écartés ». Concernant la faible participation qu’a connue cet appel à projets, « je suppose objectivement que le temps a manqué aux  gens pour présenter leurs dossiers et satisfaire aux conditions réglementaires ». C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont poussé le ministère à lancer un nouvel appel à projets. « Le nombre de dossiers va être largement supérieur à celui de la première session, et nous avons tous intérêt à ce que les projets soient encore plus intéressants et mieux présentés », conclut Ahmed Aydoun.

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