Economie. L’équation impossible ?

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Face à la crise économique qui s’amplifie, le gouvernement n’a d’autre choix que de prendre des mesures impopulaires. Les réformes de fond, elles, font du surplace.

La mesure d’amnistie sur les avoirs des Marocains détenus illégalement à l’étranger, introduite de force dans la dernière Loi de Finances, est l’illustration parfaite de toute l’impuissance du gouvernement Benkirane. Cela démontre l’ampleur de la crise que nous traversons : des réserves de change qui fondent comme neige au soleil à cause d’une balance commerciale structurellement déficitaire. Et ce ne sont pas les seuls clignotants à virer au rouge sur le tableau de bord des finances publiques : le déficit budgétaire se creuse et la dette publique flambe. Pour couronner le tout, même la croissance risque d’être ralentie cette année si la pluviométrie n’est pas au rendez-vous pour sauver la campagne agricole.

C’est un secret de polichinelle, le gouvernement fait face à une situation économique des plus compliquées. Pire, il n’arrive pas à prendre le taureau  par les cornes pour mener les réformes qui s’imposent, en tête le dossier de la compensation. Le Chef du gouvernement a dû batailler dur pour faire passer la pilule de l’indexation des prix des hydrocarbures. Une mesure qui a permis de boucler l’année sans aggraver les dépenses de la Caisse de compensation. Mais le gouffre reste énorme avec plus de 43 milliards de dirhams engloutis dans les subventions. Le nouvel argentier du royaume sera donc obligé, à terme, de réduire ces charges et cela se traduira inévitablement par une hausse des prix. D’ailleurs, on parle déjà d’une augmentation du prix du pain…

Retraites vs agréments

Des mesures impopulaires, le gouvernement Benkirane devra forcément en prendre. Cela commence par la réforme des retraites, au menu de ce début d’année. Traînant depuis le gouvernement Jettou, ce chantier des fonds de pensions n’est plus seulement un luxe, c’est désormais une obligation. Les régimes gérés par la CNSS, le RCAR ou encore la CMR sont tous menacés. Pour éviter le pire, le gouvernement Benkirane sera tôt ou tard contraint d’enclencher la réforme : relèvement de l’âge de départ à la retraite, augmentation des cotisations et baisse des pensions. L’Exécutif a d’ailleurs failli franchir le pas lors du dernier conseil d’administration de la Caisse marocaine des retraites, mais a finalement fait marche arrière à la dernière minute. Sans doute pour éviter de rentrer dans une guerre perdue d’avance avec les syndicats.

Sur d’autres dossiers également, le gouvernement semble hésiter à prendre ses responsabilités. L’exemple le plus édifiant est sans doute celui des agréments. A son arrivée au pouvoir, le PJD a fait valoir la fin de l’économie de rente comme une priorité dans sa to-do-list. Deux ans plus tard, le parti de la lampe s’est pris les pieds dans le tapis. Après les publications fracassantes et quelque peu inutiles par Aziz Rabbah d’une liste des bénéficiaires d’agréments de transport routier, puis d’une autre relative aux agréments de carrières de sable et de pierres, le ministère du Transport et de l’Equipement s’est contenté de sa bonne foi. Parmi les amendements supprimés du projet de Loi de Finances 2014, celui relatif au rachat des agréments de transport de voyageurs par l’Etat, dont le budget était estimé à 930 millions de dirhams et qui devait être dédié au rachat de quelque 2700 agréments, sans compter les taxis. Pour un secteur qui envisage de se réformer d’ici juin 2014, c’est assez mal parti.  

 

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