Maroc

Pollution: l'ONEE inquiète à Mohammedia avec le rejet de boues noires dans l'océan

Pollution: l'ONEE inquiète à Mohammedia avec le rejet de boues noires dans l'océan
mai 16
14:53 2017
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La semaine dernière, des boues noires sortaient de la centrale thermique de l'ONEE à Mohammedia pour se déverser dans l'océan.

Mohammedia, ses plages, ses palmiers centenaires... ses usines. En milieu de semaine dernière, un liquide noir s'écoulait en abondance depuis la centrale thermique de la ville, exploitée par l'Office national de l'eau et de l'électricité (ONEE). Ses rejets s'écoulaient jusque dans l'océan au niveau de la plage d'Ouled Hmimoune. Des images de ces immondices rejetées dans le milieu naturel ont rapidement circulé sur le groupe Facebook Alerte Nature et Environnement au Maroc (ANEMA), animé par des militants écologistes et universitaires. Telquel.ma a eu la confirmation que ces images ont été tournées en présence du responsable de l'environnement à la commune de Mohammedia. Les autres images publiées dans cet article ont été authentifiées par nos sources.

Très vite, d'autres images montrant du sable et de l’eau noircis sur l’ensemble de la plage de Mohammedia ont été relayées. "L’eau était dégueulasse. En sortant de l’eau, on avait vraiment la sensation d’avoir des résidus d’on ne-sait trop-quoi sur la peau. On ne se sent pas propre en tout cas", témoigne un visiteur du week-end. "Ce n’est pas la première fois qu’ils procèdent à des rejets, jusqu’à présent c’était dans l’air. Les habitants de Mohammedia ramassent chaque semaine, par centaines de grammes de la poussière noire sur leurs terrasses. Par contre, un rejet dans l’océan, ça c’est nouveau", assure Nadia Hmaidy, présidente de l’association La Siesta à Mohammedia, qui s’est notamment fait entendre en faveur de la préservation des dunes de Mohammedia.

 

"Ils", mais est-on bien sûr qu’il s’agisse de l’ONEE? "Bien sûr, cette bouche appartient à l’ONEE. Les curieux qui s’approchaient pour filmer ont été violemment délogés par des éléments de la sécurité de l’usine. Puis la bouche a été fermée, et ils ont tenté de terrasser le ruisseau noir qui s’était formé", poursuit Nadia Hmaidy.

Nos échanges avec l’Office confirment bien que les écoulements provenaient de la centrale. "Ce n’est pas du charbon. On achète le charbon à 1.000 dirhams la tonne, on ne va pas s’amuser à le relâcher dans l’océan. Ce sont des eaux de drainage", nous a dans un premier temps répondu un cadre de l’ONEE. Lorsque nous avons essayé de comprendre d’où provenaient et que contenaient ces "eaux de drainage", notre interlocuteur s’est montré plus prudent. "C’est un tabou, lorsqu’on parle de rejets. Venez plutôt nous voir, pour que l’on vous explique et que l’on vous montre la centrale". Telquel.ma a accepté l’invitation avec grand intérêt, mais après concertation avec les équipes de communication, notre source s’est rétractée. "On va plutôt faire une réunion tripartite. Vous, l’équipe de communication et les équipes opérationnelles à Mohammedia", nous a-t-on proposé.

L’ONEE nous fera finalement parvenir une réponse écrite à nos interrogations. "La centrale n’a jamais rejeté de poussières noires ou de cendres à la mer depuis la rénovation de ses tranches fonctionnant au charbon en 2009. Il s’agit de matériaux qui ont été charriés par la mer", écrit l’Office. La centrale thermique utilise l’eau de mer pour le refroidissement, en circuit fermé, de ses propres équipements. "En parallèle, et afin de garantir le débit d’eau de refroidissement nécessaire de 25.000 m3/h par tranche soit un débit total de 100.000 m3/h, il a été prévu de procéder périodiquement à des opérations de dragage des sables charriés par l’eau de mer vers le bassin de tranquillisation", poursuit l’ONEE. "Cette opération de dragage n’entre pas directement dans le processus de production de l’électricité et dure environ 6 à 7 mois par an (période mai-novembre), dépendant de l’état de la mer. Elle consiste à draguer le sable cumulé dans le bassin durant les périodes hivernales et de houle vers un bassin de décantation situé côté sud la centrale. Or, durant les dernières houles et conditions océanographiques enregistrées pendant l’hiver 2016/2017, plusieurs matériaux autres que le sable ont été charriés par la mer, causant ainsi le déclenchement de toute la centrale par insuffisance d’eau de refroidissement le 1er et le 5 mai 2017. Ce constat a été confirmé lors du lancement de la campagne de dragage le 9 mai 2017 par la présence de boues noires (plastique et autres déchets) dans certaines zones du bassin", détaille l’office.

"Suite à ce constat (boues noires) remarqué au niveau des eaux de dragage et dont l’origine n’est pas 'des poussières noires émanant de la centrale', il a été procédé à une modification du circuit de filtration des eaux de dragage afin de garantir une meilleure stagnation des eaux de dragage (principe de décantation) avant de les retourner vers l’océan", a donc réagi l’ONEE.

Que contiennent donc précisément ces eaux? Présentent-elles un danger pour la santé et l’environnement ? Au secrétariat d’État chargé du développement durable, on est au courant de l’affaire depuis près d’une semaine, et on se montre prudent. "Nous avons pris des mesures dès le 10 mai. Deux délégations se sont rendues sur place, jeudi et dimanche. Le Laboratoire national des études et de surveillance de la pollution s’est rendu sur place pour prendre des échantillons. Ces échantillons ont été analysés, et nous avons reçu le procès-verbal de ces analyses lundi", explique Nezha El Ouafi, secrétaire d’État chargée du développement durable.

La communication étant à ce stade verrouillée, Telquel.ma n’est pas parvenu à se procurer le procès-verbal, et n’est pas en mesure d’affirmer ce que contenaient ces eaux rejetées par l’ONEE. La secrétaire d’État promet qu’un communiqué de presse sur la situation sera diffusé le 17 mai au matin. Elle ajoute qu’un "outil institutionnel" a été mis en place conjointement entre le secrétariat d’État et la préfecture de Mohammedia, pour éviter que ce genre d’évènement se reproduise.

Les autorités locales de Mohammedia nous confirment que des équipes se sont rendues sur place dimanche, qu’une enquête est en cours, et qu’une commission se réunira bien de manière hebdomadaire pour étudier les rejets dans l’atmosphère et dans l’océan des différentes industries installées dans la zone.

"Mohammedia est polluée de toute part. Le littoral est détruit au profit de l’urbanisation sauvage. Les palmiers centenaires de Mohammedia sont arrachés tous les jours au profit de projets touristiques. Mais comment Mohammedia pourrait-elle obtenir un label touristique ? Mohammedia accueille plus de 30 000 baigneurs le week-end durant l’été. Pourquoi ne déclare-t-on pas ces plages impropres à la baignade ? Pourquoi laisse-t-on manger les crustacés et les poissons de ces eaux ?" interroge Nadia Hmaidy.

Mise-à-jour du 17 mai : Au lendemain de la publication de cet article, le secrétariat d’Etat chargé du Développement durable diffuse un communiqué dans le quel il confirme avoir pris les mesures suivantes.

  • Une équipe de la police de l’environnement s’est dépêchée sur les lieux le jeudi 11 mai 2017 pour s’enquérir de la situation et les investigations menées ont montré la présence des tâches noires sur une superficie de plus de 4000 m2 au niveau de la partie ouest de la plage Miramar côté port ;
  • Prélèvement d’échantillons de la pollution en vue de déterminer la nature et la composition de la matière noire mélangée avec le sable.
  • Enquête et constat de la centrale thermique et ses alentours.

"Le 15 mai 2017, une commission provinciale mixte s’est déplacée à la centrale thermique et aux points de rejets liquides", ajoute le communiqué

Aussi, le ministère de l’Energie et des Mines a mis en place une commission composée du département Energie, du département du Développement durable et de l’ONEE "pour assurer le suivi de l’évolution de ce dossier et de définir les solutions adéquates et durables".

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