Maroc

Comémoration du 11 janvier: les manifestes d'indépendance oubliés

De gauche à droite: Cheikh Mekki Naciri (Parti Unité Marocaine), Abdelkhalek Torres (Parti réformiste Marocain), Mohamed Allal El Fassi (Istiqlal) et Ahmed Bensouda (Parti démocrate de l'Indépendance). Crédit : AFP
Comémoration du 11 janvier: les manifestes d'indépendance oubliés
janvier 11
12:40 2017
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Au milieu des années 1940, les nationalistes marocains se mobilisent pour exiger l’émancipation du pays. Contrairement à une idée reçue, il n’y avait pas un seul manifeste d’indépendance, mais trois. Retour sur une injustice historique.

Chaque année, les Marocains commémorent le 11 janvier la présentation du Manifeste de l’indépendance. Un document élaboré en 1944 par le Parti de l’Istiqlal, dans lequel les nationalistes marocains demandent aux autorités françaises de mettre fin au protectorat et de proclamer l’indépendance du royaume chérifien. Cette date est considérée comme un jalon essentiel dans la lutte pour l’émancipation du joug colonial.

Beaucoup de Marocains ignorent en revanche que deux autres documents ont été présentés par différents partis nationalistes. Le premier a été formulé le 14 février 1943 par le Front national populaire, actif dans le nord du pays, et soumis aux autorités espagnoles, tandis que le deuxième manifeste est publié par le Parti démocratique national (PDN) le 13 janvier 1944. Des documents passés sous silence malgré leur importance.

L’autodétermination avant l’indépendance

Alors que dans le sud du Maroc, la France avait transformé le statut du protectorat en colonisation de fait, l’Espagne au nord laissait une plus grande latitude à ses administrés marocains. La puissance ibérique tenait à une présence de prestige et cherchait surtout à disposer d’un espace géographique pour déployer son armée. "Les Marocains et les Espagnols vivaient presque ensemble, contrairement aux régions sous administration française. Il n’y avait pas de ségrégation sociale entre les deux populations", explique l’historien Mostafa Bouaziz. Cette situation permet aux nationalistes du nord de développer une vision politique propre à eux et leur offre des possibilités d’actions plus grandes que les nationalistes du sud.

Au début des années 1930, un débat de qualité est engagé entre deux jeunes nationalistes, vivant dans les deux zones séparées: Allal El Fassi, qui avait à peine 20 ans et Abdelkhalek Torres, qui poursuivait ses études en Égypte. Le premier est issu de la bourgeoisie de Fès tandis que l’autre est une étoile montante des élites du nord.

Abdeslam Bennouna, pionnier du nationalisme marocain, et l’émir druze Chakib Arsalane s’invitent à ce débat à travers des correspondances riches et soutenues. Pour les quatre hommes, il faut répondre à une question cruciale: sommes-nous prêts pour gérer la partie nord indépendamment de l’Espagne?

En 1931, les nationalistes du nord forment une délégation dirigée par Abdeslam Bennouna, qui rend visite à Alcala Zamora, président de l’éphémère république espagnole, qui promettra de tenir compte des revendications marocaines. Pourtant, pendant des années, la situation ne change pas d’un iota.

Le Front national populaire, composé du Parti des réformes nationales (PRN) et du Parti de l’unité marocaine, dirigé par Mohamed El Mekki Naciri, décide alors de passer à l’offensive. Le 14 février 1943, le Front présente au sultan et aux consuls présents à Tétouan et Tanger un manifeste réclamant l’indépendance. Une première dans l’histoire du Maroc. La voie est alors ouverte aux nationalistes du sud, soumis au pouvoir français.

Deux hommes, deux partis

Motivés par les promesses d’indépendance données par le président américain Franklin Roosevelt lors de la conférence d’Anfa à Casablanca en janvier 1943, les nationalistes marocains décident de revendiquer officiellement l’indépendance du Maroc. Mais ils partent en rangs dispersés.

Alors qu’ils devaient sortir un seul manifeste, le Parti de l’Istiqlal et le PRN publieront respectivement deux documents différents les 11 et 13 janvier, à cause d’un problème de leadership entre Allal El Fassi, chef de l’Istiqlal, et Mohamed Hassan Ouazzani, dirigeant du PRN. La rivalité entre les deux hommes marquera l’histoire politique du Maroc. "En l’absence de consensus, chacun écrira son manifeste, alors que Ouazzani et Allal El Fassi formaient un seul parti au départ", affirme Mostafa Bouaziz.

Les deux documents se ressemblent sur plusieurs points. Néanmoins, le manifeste du Parti de l’Istiqlal, adressé au sultan et lui demandant "d’entreprendre avec les nations intéressées des négociations ayant pour objet la reconnaissance et la garantie de cette indépendance", sollicitait également l’établissement "d’un régime démocratique comparable au régime de gouvernement adopté par les pays musulmans d’Orient, garantissant les droits de tous les éléments et de toutes les classes de la société marocaine et définissant les devoirs de chacun". L’histoire ne se souviendra que de ce document, tandis que les autres manifestes sont tombés dans l’oubli.

Manifeste indépendance

Le manifeste du 11 janvier 1944

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