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SIAM: l’agriculture mondiale s’invite à Meknès

Placée sous le thème : “logistique et marchés agricoles”, la 13e édition du SIAM propose des pistes pour une meilleure exploitation des ressources et des infrastructures logistiques. Deuxième pays exportateur mondial de produits agro-alimentaires, les pays-Bas sont l’invité d’honneur de cette édition.

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Le Salon international de l’Agriculture au Maroc (SIAM) a tenu sa 13ème édition du 24 au 29 avril à Meknès. Comme chaque année, ce rendez-vous a réuni les plus grands acteurs et intervenants du secteur agricole et agroalimentaire au Maroc et dans le monde. Ce Salon est présenté, selon les organisateurs, comme le plus grand évènement du Maroc et d’Afrique. Dans ce sens, cette 13ème édition vient couronner le statut du SIAM comme étant un rendez-vous incontournable pour le débat et l’échange d’idées sur les problématiques liées directement ou indirectement à l’agriculture. Cette année, les Pays-Bas sont à l’honneur. “Considérés comme la “porte de l’Europe”, les Pays Bas bénéficient d’un réseau logistique de premier plan et représentent l’une des places centrales du commerce européen et mondial pour les produits agricoles. Avec un réseau d’infrastructures logistiques extrêmement diversifié, le modèle néerlandais offre une réponse parfaite à la problématique posée par la thématique”, note le dossier de présentation du SIAM. Cette édition est placée sous le thème : “logistique et marchés agricoles”. Le choix du pays invité d’honneur n’est pas anodin. En effet, les Pays-Bas se démarquent par une agriculture innovante, alliant technologies, durabilité et respect de l’environnement. Etant le 135ème pays en termes de superficie avec 41.500km2, les Pays-Bas n’en demeurent pas moins le deuxième pays exportateur mondial de produits agroalimentaires après les Etats-Unis, grâce notamment à la gestion efficiente de ses ressources et le déploiement efficace de ses capacités logistiques, et pour cause, la moitié des terres des Pays-Bas sont des terres agricoles, dont 93 km2 de cultures sous serre.

Dans ce sens, les organisateurs du Salon estiment que le modèle hollandais est capable d’inspirer nombre d’acteurs et de professionnels de l’agriculture et de l’agroalimentaire au Maroc. Dans ce dossier, TelQuel dévoile une partie des clés du succès du modèle agricole hollandais.

Une politique agricole basée sur l’innovation

Le gouvernement hollandais avait lancé une nouvelle politique axée sur neuf secteurs qualifiés de “premier rang”, dont l’agroalimentaire, l’horticulture, la logistique, les sciences de la vie et l’eau. Ces secteurs bénéficient d’une coopération tripartite entre le gouvernement, les chercheurs et les entrepreneurs. Dans cette politique, le mot durabilité constitue un leitmotiv. C’est le cas du secteur agroalimentaire où l’approche préconisée vise à renforcer les chaînes d’approvisionnement alimentaires durables, pour un meilleur rendement et une meilleure utilisation des ressources.

Etant la référence en matière de recherche agricole dans le monde, l’université de Wageningen travaille de pair avec le gouvernement et les organismes privés, notamment pour améliorer la valeur nutritive des aliments produits à travers la recherche génétique (portant sur les organismes génétiquement modifiés ou de nature plus classique), tout en adaptant les cultures aux conditions environnementales difficiles, en raccourcissant leurs cycles de croissance et en améliorant la qualité des productions. De manière générale, l’innovation va dans le sens de l’augmentation de la productivité qui s’accompagne d’une baisse de l’utilisation des ressources en eau. Un exemple illustre parfaitement cette situation. Le rédacteur en chef de National Geographic Magazine, Jean-Pierre Vrignaud, notait dans son édito du mois de septembre 2017 que “à coups d’innovations, de start-ups et de recherches scientifiques, elle produit “plus avec moins” dans à peu près tous les secteurs. Quand le rendement mondial moyen de la pomme de terre est de 20 t à l’hectare, il frise là-bas les 50 t. Quand 1 kg de tomates “consomme” l’équivalent de 284 l d’eau en Chine, moins de 10 l d’eau suffisent à 1 kg de tomates hollandaises.”

Parmi les technologies les plus utilisées par les exploitations agricoles aux Pays-Bas figure la culture sous verre et sous serre, et notamment dans le Westland où 80% des terres cultivées sont placées sous verre. Ces technologies permettent aujourd’hui d’oser des cultures qui ne poussent habituellement pas dans les conditions climatiques européennes. A titre d’exemple, des tests ont été réalisés durant six ans pour la production de la vanille ougandaise à l’intérieur des serres hollandaises. “Il y a un marché, nous n’attendons que des investisseurs. La vanille est la seule orchidée dont le fruit est comestible et nous savons depuis longtemps produire des orchidées”, confiait le botaniste Filip Van Noort, de l’unité d’Agronomie de l’Université de Wageningen, dans un reportage réalisé par Francetv. La culture sous serre fait partie des technologies énergivores dont le déploiement suppose de grands moyens et l’utilisation de ressources énergétiques importantes. Comment les Pays-Bas arrivent-ils à trouver l’équilibre entre production propre et besoins énergétiques importants ?

Vers une énergie verte

Les exploitations agricoles à la pointe de l’innovation nécessitent des ressources énergétiques importantes. Sur ce point, l’examen environnemental des Pays-Bas par l’OCDE de 2013 montrait que la part des énergies renouvelables, même si elle était en progression aux Pays-Bas, ne représentait que 4,2% des approvisionnements énergétiques, soit la troisième plus faible des pays de l’OCDE. La production électrique hollandaise issue des énergies renouvelables est estimée à 13% du total de la production. Elle est dominée respectivement par l’électricité d’origine éolienne (près de la moitié des énergies vertes produites), et le traitement de déchets.

C’est en 2006 que le gouvernement néerlandais s’était fixé l’objectif de développer les énergies renouvelables et s’est engagé à réduire les émissions de CO2 à l’horizon 2020. L’initiative lancée dans ce sens, intitulée “initiative en faveur des énergies renouvelables”, encourage les exploitations agricoles à utiliser le biogaz pour produire de l’électricité. Ce mode de production d’énergie est subventionné par l’Etat pour une durée de douze ans. Concrètement, les producteurs d’électricité se voient garantir un tarif d’achat fixe qui s’ajuste en fonction des prix des énergies fossiles. Dans ce cas, deux scénarios sont possibles : soit le prix d’achat est plus élevé que celui de l’électricité sur le marché, dans ce cas une prime est versée au producteur, soit le prix de l’électricité est supérieur au coût de production et dans ce cas le gouvernement ne verse aucune subvention.

Ainsi, le gouvernement néerlandais encourage les exploitants agricoles à adopter des modes de consommation d’énergie propre. En effet, ils peuvent bénéficier de déductions à partir d’un certain montant d’investissements dans des actifs qui améliorent l’environnement. Bien que ces mesures encouragent les agriculteurs à opter pour les énergies vertes tout en améliorant leurs productions, c’est sans doute l’aspect logistique qui donne la véritable valeur ajoutée au secteur agricole et agroalimentaire néerlandais.

Un réseau logistique d’une grande efficience

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Considéré s comme la « porte de l’Europe », les Pays-Bas bénéficient d’un réseau logistique de premier plan.

Les Pays-Bas se présentent comme la principale plateforme logistique en Europe. Avec le port de Rotterdam et l’aéroport d’Amsterdam, Schipol, élu 3ème aéroport d’Europe en nombre de passagers et pour le fret, les producteurs et les exploitants sont seulement à quelques heures des grands marchés de consommation au monde. En effet, les Pays-Bas donnent accès à 95% des marchés de consommation les plus lucratifs d’Europe, à 24 heures d’Amsterdam ou de Rotterdam, souligne le rapport Doing Business 2018.

Classés 4ème au classement mondial des services logistiques les plus performants, les Pays-Bas sont une plaque tournante dans le transport fluvial ; 80% des containers transportés par voie fluviale dans l’Union européenne transitent par les Pays-Bas. D’ailleurs, Rotterdam comporte cinq zones portuaires distinctes et trois parcs logistiques qui répondent aux besoins d’un arrière-pays de 350 millions de consommateurs, dont le premier terminal à conteneurs automatisé au monde, ECT Delta.

Les infrastructures néerlandaises sont parmi les meilleures au monde, comme le note le Forum économique mondial en 2015; 1er dans le transport maritime, 4ème dans le transport aérien, 2ème dans le réseau routier et 7ème dans le transport ferroviaire. La même année, l’IMD Business School a classé les Pays-Bas au 1er rang mondial pour la qualité de leurs infrastructures de transport fluvial et maritime. A ce propos, le volume de la navigation interne néerlandaise représente 54% du total des transports maritimes en Europe occidentale. Les Pays-Bas ont également obtenu la 4ème meilleure note globale lors de la dernière évaluation de l’indice de performance logistique de la Banque Mondiale.

Que faut-il retenir ?

S’il y avait une leçon à retenir du succès agricole néerlandais ce serait sans doute sa capacité à innover. Il peut sembler idyllique de “produire plus en consommant moins”, les Pays-Bas ont réussi, à coups d’innovations et de recherches scientifiques, à prouver que c’est possible d’y arriver. La collaboration entre exploitants agricoles et chercheurs de l’université de Wageningen est encouragée par le gouvernement néerlandais, permettant d’améliorer le rendement des exploitations, la qualité des circuits de production avec une empreinte écologique positive qui met la durabilité au centre de son intérêt. Le Maroc, à son tour, aurait beaucoup à gagner en encourageant davantage les programmes de recherche entre partenaires, exploitants agricoles, chercheurs, ingénieurs agronomes, etc. afin qu’ils développent ensemble les meilleures réponses adaptées aux spécificités du terroir marocain. Sur un autre volet, les efforts déployés par les Pays-Bas vont dans le sens de l’optimisation de l’exploitation des ressources… et des infrastructures. Cette optimisation passe encore par l’innovation ; les terminaux portuaires automatisés en sont un exemple. Ils permettent, entre autres, une gestion efficiente des espaces de stockage des frets.

Au Maroc, les investissements dans le développement des réseaux portuaire, routier et aérien sont lancés depuis des années. Mais l’efficacité de leur utilisation pose des questions récurrentes. A titre d’illustration, le réseau autoroutier dont dispose actuellement le Maroc, relié aux plateformes portuaires, présente une opportunité intéressante pour les exploitants qui souhaitent écouler leurs productions agricoles dans les marchés. Pourtant, force est de constater que ce potentiel reste, jusqu’à aujourd’hui, sous-exploité.

Cette 13ème édition du SIAM ambitionne de proposer des pistes pour une meilleure exploitation des ressources et des infrastructures logistiques.

Article de Telquel Content Studio rédigé par Converge Media. Telquel Content studio est un département du groupe Telquel Media, indépendant de la rédaction.

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