Dialogue social : les 3 craintes de l’Observatoire du travail gouvernemental

Dans son rapport de suivi du dialogue social, l’Observatoire du travail gouvernemental a fait part de ses préoccupations quant à l’avenir de l’accord signé fin avril entre le gouvernement et les syndicats, qui prévoit notamment des augmentations de salaires.

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Marche de l'Union marocaine du travail (UMT) le 1er mai 2024. Crédit: Yassine Toumi / TelQuel

Cet accord, décrit comme une avancée majeure sur les plans économique et social, saluée pour ses nombreux avantages pour la main-d’œuvre marocaine, fait cependant planer des inquiétudes sérieuses qui pourraient compromettre sa mise en œuvre efficace, souligne l’Observatoire dans le document de suivi du dialogue social intitulé “Résultats et préoccupations”, dont TelQuel a reçu copie.

L’Observatoire explique que “l’accord qui a émergé du dialogue social lors de la session d’avril 2024 a constitué un cadre de référence avec un impact très positif du point de vue économique et social, et a consacré un certain nombre d’acquis importants au profit des travailleurs marocains, qui ne peuvent qu’être loués. Mais en même temps, la mise en œuvre de cet accord est entourée d’un ensemble de peurs qui peuvent le compromettre et accroître le niveau de tension sociale”.

Dans son document, l’Observatoire du travail gouvernemental a présenté trois préoccupations majeures, qui sont selon lui “susceptibles d’entraver la bonne mise en œuvre de cet accord”, soulignant que cette lecture vient “d’un point de vue civil et de recherche, loin de tout alignement politique”.

Empêcher les approches unilatérales

Le document souligne que “l’adoption de tout type d’unilatéralisme dans la formulation et la mise en œuvre de la réforme du système de retraite et de la loi sur les grèves, en dehors de la logique d’inclusion et d’ouverture à toutes les composantes concernées, pourrait élargir le cercle du rejet de ces réformes, accroître les niveaux de tension, perpétuer la faiblesse des syndicats en tant qu’organes représentatifs légitimes de tous les travailleurs, et pousser vers la domination des nouvelles formes de représentation des travailleurs sur la scène sociale, ce qui pourrait menacer la mise en œuvre de ces réformes stratégiques”.

L’Observatoire attire l’attention sur le fait que “la signature de l’accord de la session d’avril 2024 ne peut en aucun cas constituer un chèque en blanc pour mettre en œuvre des réformes cruciales sans adopter une approche participative qui renforce la position des partenaires institutionnels au sein du système de dialogue social et crée un consensus national, nécessaire pour faire adopter ces réformes stratégiques et urgentes”.

Trouver un équilibre entre droits et devoirs

L’Observatoire a de surcroît souligné que “la nature des réformes incluses dans l’accord du dialogue social d’avril 2024 se caractérise par une grande sensibilité sociale, qui nécessite de créer les conditions d’un équilibre entre les droits et les devoirs qu’elles incluent”.

On ne peut en aucun cas contourner l’accumulation démocratique et les droits acquis par les travailleurs lors de l’élaboration de ces lois, en particulier la loi sur la grève. Cette loi doit constituer un point de départ pour la stimulation productive au niveau économique, et non pour restreindre les libertés syndicales”, ajoute la même source.

Urgence de la réforme du système de retraite

Le dernier point relevé par l’Observatoire stipule que “les réformes incluses dans l’accord revêtent un caractère d’urgence, notamment en ce qui concerne le système de retraite, qui a atteint des niveaux dangereux. Nous n’acceptons aucun retard ni aucune réticence dans la réalisation des réformes nécessaires, mais le coût de ces réformes ne peut être la responsabilité des travailleurs uniquement”.

Aussi, “la responsabilité de ce qui s’est passé dans le système de retraite doit être assumée par chacun sans exception. Le gouvernement est tenu de mettre en œuvre une réforme socialement et financièrement juste et de s’éloigner de la logique actuellement populaire selon laquelle ‘ce que le gouvernement donne à droite, il le prend à gauche’. Le coût de la réforme des retraites doit être supporté par le gouvernement, les travailleurs et les employeurs, dans l’espoir de réaliser une réforme permanente et équilibrée qui soit acceptable”.