“Rien ne t’appartient” de Nathacha Appanah, entre rêves et réalités

Nathacha Appanah n’en est pas à sa première œuvre. Elle a même étoffé sa biographie depuis 2003. Dans “Rien ne t’appartient”, elle traite de la faiblesse des hommes face aux drames qui frappent. Un récit bouleversant qui navigue entre réalités et rêves.

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Nathacha Appanah n’en est pas à sa première œuvre. Elle a même étoffé sa biographie depuis 2003. Dans “Rien ne t’appartient”, elle traite de la faiblesse des hommes face aux drames qui frappent. Un récit bouleversant qui navigue entre réalités et rêves.

Ce matin-là, j’ai fait du café, j’ai grillé du pain, j’ai vidé le lave-vaisselle, il était déjà 11 heures et je me disais qu’il allait se réveiller avec l’odeur du café et des toasts, le bruit des couverts qu’on pose sur la table. Il n’avait pas bougé et je me suis approchée de lui. Je voudrais me concentrer sur cette minute où je le regarde dormir, oui je suis persuadée qu’il dort, je dis son nom doucement, je pose ma main sur sa hanche, puis je la fais remonter jusqu’aux épaules et jusque dans ses cheveux que je caresse, c’est un duvet si doux, et je me souviens encore de cette sensation sous mes doigts, mon esprit qui est alerte et tendu me le rappelle, me le fait sentir à nouveau. Je chuchote, Emmanuel. Il ne bouge pas. Je touche son front et je me rends compte qu’il est si froid ce front-là et c’est à ce moment que je me mets à le secouer, à hurler son nom et d’autres choses encore.

Depuis qu’elle a perdu son mari, Tara est perdue. Sa vie fait des allers-retours entre son passé et son présent. Un présent où elle ne se reconnaît plus, après avoir vécu heureuse avec cet homme plus âgé qu’elle et qu’elle a vraiment aimé. C’est sa deuxième vie qui va lui échapper sans la prévenir. Mais en même temps la pousse vers sa vie d’avant. Son passé où le drame était omniprésent.

Ce passé, c’est auprès de ses parents, dans un pays qui aurait pu être n’importe quelle dictature militaire d’Asie du sud-est, où, avant de devenir Tara, elle s’appelait Vijaya, cette “victoire” rêvée par son père, dans ce pays où il ne fait pas bon être une fille. “Personne ne m’a dit que sur le chemin, au-delà du jardin, de la rangée de bananiers, au-delà de la rizière, il y a des gens qui regardent comment grandissent les filles, qui surveillent leur poitrine qui pointe sous le chemisier, leur taille qui se creuse, leurs hanches qui s’arrondissent.

Il n’y a pas que le chagrin et la solitude qui viennent tourmenter Tara depuis la mort de son mari. En elle, quelque chose se lève et gronde comme une vague. C’est la résurgence d’une histoire qu’elle croyait étouffée, c’est la réapparition de celle qu’elle avait été, avant. Une fille avec un autre prénom, qui aimait rire et danser, qui croyait en l’éternelle enfance jusqu’à ce qu’elle soit rattrapée par les démons de son pays.

La rencontre de l’homme aimé

Le livre commence par la mort de ce mari qu’elle a tant aimé, qui l’a laissée dans un désert sentimental qui la replonge dans son passé tragique. Ce passé où justement elle a rencontré l’homme qui l’a aimée alors qu’elle traversait une tragédie bouleversante. À travers le destin de Tara, Nathacha Appanah nous offre une immersion sensuelle et implacable dans un monde où il faut aller au bout de soi-même pour préserver son intégrité.

Cette histoire est d’abord celle d’une femme qui a grandi dans un milieu d’hommes dans la première partie de sa vie. Et qui choisit de vivre auprès d’un homme plus âgé qu’elle pour fuir ce pays qui l’a traumatisée, qui a pris son père et bien d’autres hommes parce qu’ils avaient des opinions différentes.

Des Rochers de poudre d’or en 2003 à Rien ne t’appartient en 2021, Nathacha Appanah a glané plusieurs prix au cours de sa carrière d’écrivaine. Elle a surtout enrichi son écriture et son schéma narratif.

 

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