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La dessinatrice Zainab Fasiki, notamment auteure de la 
bande dessinée "Hchouma”, partage avec TelQuel ses quatre livres 
coup de cœur.

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Zainab Fasiki Crédit: Fadel Senna / AFP

La dessinatrice Zainab Fasiki, notamment auteure de la 
bande dessinée « Hchouma”, partage avec TelQuel ses quatre livres 
coup de cœur.

1. Rêves de femmes, une enfance au harem, de Fatima Mernissi

“C’est un roman quasi autobiographique qui décrit l’enfance de Fatima Mernissi, mon modèle, dans la médina de Fès. Elle grandit dans un harem, et raconte comment les femmes qui l’entouraient rêvaient d’un monde libre. J’ai moi-même grandi à Fès, entre l’ancienne médina et la nouvelle ville.

J’ai passé mon enfance sur les toits de la médina, je voyais des harems autour de moi, avec de nombreuses épouses sous le contrôle d’un seul homme, avec leurs corps et leurs libertés contrôlés. Ça m’a toujours révoltée.

Adolescente, j’ai lu ce livre, qui m’a d’abord fait comprendre que je n’étais pas seule à être indignée. Toutes ces choses que je critiquais dans la rue, dans la famille et dans les harems étaient racontées. J’ai trouvé dans ce livre ma première énergie pour devenir féministe.”

Rêves de femmes, Fatima Mernissi, éd. Le Fennec, 1997

2. Habibi, de Craig Thompson

“C’est pour moi la meilleure bande dessinée qui existe ! Elle illustre l’histoire d’une jeune fille, mariée, mineure, qui a vu la mort et vécu l’esclavage dans le monde arabe. En fond, la BD raconte également l’histoire du judaïsme, du christianisme et de l’islam.

Je dirais même que c’est grâce à Habibi que je suis devenue artiviste (artiste dont le travail est militant et engagé, ndlr). J’y ai trouvé ma culture, mais aussi les traditions misogynes dans lesquelles j’ai grandi.

Pourtant, rien n’est blanc ou noir. Dans cette BD, on retrouve surtout un univers artistique complexe, qui traduit les bons et les mauvais côtés de la culture arabo-musulmane.”

Habibi, Craig Thompson, éd. Panthéon, 2011

3. Orlando, de Virginia Woolf

“Une des œuvres les plus célèbres de Virginia Woolf. Ce roman décrit la longue vie d’un personnage androgyne, qui change de genre en fonction des époques, vivant tantôt comme une femme, tantôt comme un homme. Le personnage expérimente et subit les stéréotypes sociaux propres à chaque genre.

C’est à travers cette lecture que j’ai vu, pour la première fois, une littérature qui brise le tabou du changement de genre. Le lecteur voit alors la beauté du genre sous toutes ses formes. Pour moi, Orlando raconte aussi comment il faut être fort pour faire face au monde et vivre ses rêves, peu importe la pression exercée par la société.”

Orlando, Virginia Woolf, éd. Hogarth Press, 1928

4. Persepolis, de Marjane Satrapi

“Une autre bande dessinée qui illustre la vie d’une jeune femme iranienne pendant la révolution islamique. Toute la BD retrace la manière dont elle a vécu le changement d’une société qui a basculé dans le contrôle des libertés des femmes par les islamistes.

C’est aussi une BD qui m’a donné envie de devenir artiviste. L’auteure et dessinatrice s’y met en scène, elle raconte son propre vécu. Son courage m’a aidée à ne rien voir comme « hchouma », à transgresser et à critiquer tout ce qui nous a été imposé pendant des siècles, en tant que femmes, afin de défendre notre liberté.”

Persepolis, Marjane Satrapi, éd. L’Association, 2000-2003

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