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Le dramaturge et metteur en scène, à qui l’on doit notamment la pièce Ras El Hanout ainsi que des adaptations théâtrales majeures, partage ses quatre livres coup de cœur.

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Bousselham Daif

Le dramaturge et metteur en scène, à qui l’on doit notamment la pièce Ras El Hanout ainsi que des adaptations théâtrales majeures, partage ses quatre livres coup de cœur.

1. Le Prophète, de Gibran Khalil Gibran

“C’est un livre qui m’a particulièrement influencé, et qui compte parmi ceux que j’ai découverts et lus pendant mon adolescence. Depuis, c’est un livre qui ne quitte jamais ma table de chevet. On y retrouve à la fois narration et poésie. Il parle à tous les âges, et plus on le relit, plus on y découvre et apprend de nouvelles choses. Le Prophète, l’œuvre la plus fondatrice de Gibran, est à la fois universelle quant à la sagesse et à la diversité des thématiques qu’elle aborde, mais aussi très intime, puisqu’elle fait réfléchir chaque individu sur sa propre intériorité. En ce sens-là, c’est une sorte de miroir. Et puis, ce livre reflète et résume toute la philosophie de Gibran telle qu’on la connaît : humaniste, défendant d’abord la volonté de tout être humain, ainsi que la convergence des religions. C’est aussi une leçon sur la destruction des dogmes.”

Le Prophète, Gibran Khalil Gibran, 1923 – Ed. Folio, 2017

2. Risibles amours, de Milan Kundera

“Ce livre est en quelque sorte annonciateur de son œuvre, de tout ce qui sera abordé plus largement des années plus tard dans ses romans. Un peu comme s’il se présentait à son lectorat. Risibles amours parle à la fois de couple, d’amour, d’identité, accorde une grande place à l’ironie, mais aussi aux situations comiques. On y retrouve un côté dramatique, non pas au sens de la tragédie, mais de la théâtralité. D’ailleurs, une de ces nouvelles, Le jeu de l’auto-stop, a été adaptée dans un film de Driss Chouika (Le jeu de l’amour, ndlr) : un couple voyage en voiture, et s’arrête pour de l’essence. La femme descend de la voiture et s’improvise en auto-stoppeuse feignant être une étrangère et de ne pas connaître son compagnon. C’est donc un rôle qu’elle joue, et chez Kundera, le jeu est une manière de découvrir ce qui se trouve derrière le masque des gens, soit la vérité de l’être humain. En quelque sorte, on ne joue pas un rôle pour prétendre le faux, mais pour partir à la recherche du vrai.”

Risibles amours, Milan Kundera, 1970 – Ed. Gallimard, 1986

3. Léon L’Africain, de Amin Maalouf

“Un roman historique, qui reste, selon moi, un modèle dans son genre. Les composantes du roman classique sont là : le voyage, la traversée, la narration, de rigoureuses références historiques… En même temps, Léon L’Africain accorde une large place à la fiction. La démarche de Maalouf a, entre autres, consisté à faire découvrir un personnage marocain, Hassan al-Wazzan, moderne, cultivé, polyglotte, qui a indéniablement marqué son époque. Léon L’Africain a d’ailleurs été le premier musulman à utiliser la musique andalouse comme un outil thérapeutique pour soigner des malades à Fès. Je trouve donc le choix du personnage éponyme très juste, et qu’il se prête parfaitement au genre du roman historique, le tout, avec une indéniable dimension anthropologique et sociologique.”

Léon l’Africain, Amin Maalouf – Ed. Le livre de poche, 1987.

4. Mourir différemment (Mawt mokhtalif), de Mohammed Berrada

“Au-delà de ce roman, j’aime beaucoup l’écriture de Berrada, dont j’ai adapté une autre œuvre au théâtre, Loin du vacarme. Dans Mourir différemment, on retrouve les principales thématiques de Berrada, notamment la transition démocratique dont il rêve. Dans ce roman, il est pour moi une sorte d’archéologue, un écrivain qui puise dans les territoires les plus oubliés, ici dans le village de Debdou. C’est un récit très moderne, que je conseille de ne pas lire d’une traite : il faut, en l’abordant, prendre le temps de se poser des questions sur notre pays, notre identité, nos conflits générationnels, notre rapport à la langue française… En termes de narration, c’est un livre facile, mais en termes de questionnements, c’est un vrai laboratoire. D’ailleurs, en cette période d’élection, je pense que tout politicien devrait avoir lu Mawt mokhtalif.”

Mourir différemment, Mohammed Berrada, 2016 – Ed. Le Fennec, 2017.

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