Khadija Gamraoui, observatrice des élections : “En termes de déroulement, nous sommes impressionnés par cette journée de scrutin”

Entretien avec Khadija Gamraoui sur les conclusions du Cercle Eugène Delacroix, association d’élus français pour l’amitié franco-marocaine, appelé par le CNDH en tant qu’observateur pour la journée électorale du 8 septembre.

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Khadija Gamraoui. Crédit: DR

Des observateurs étrangers ont été appelés pour faire un compte rendu du triple scrutin qui s’est joué aujourd’hui dans les urnes marocaines. Le Cercle Eugène Delacroix, association regroupant plusieurs élus français, en faisait partie. Khadija Gamraoui, sa secrétaire générale, présente dans certains bureaux de vote, livre à TelQuel ses impressions sur cette journée particulière.

TelQuel : Vous étiez observatrice lors des élections législatives de 2016. Quelles différences notez-vous entre ces deux scrutins ?

Khadija Gamraoui : C’est effectivement la deuxième fois que je conduis ce type de délégation d’élus français. Pour ce qui est de l’organisation, je suis impressionnée. On avait une inquiétude sur la manière dont les organisateurs allaient procéder à trois scrutins sur une même journée, j’avais hâte de voir de manière un peu concrète comment les choses allaient être matérialisées.

Une femme se prépare à voter lors des élections législatives et locales marocaines à Rabat, le 8 septembre 2021.Crédit: Fadel Senna / AFP

Chacun des acteurs, des délégués ou membres du bureau étaient très impliqués. J’ai trouvé intéressant, aussi, qu’il y ait un binôme de personnes qui appartiennent au quartier — soit chef d’entreprise, soit représentant des commerçants ou chef d’association — qui étaient là en validation de l’accueil, pour retrouver les électeurs. C’était intéressant à observer.

On a beaucoup entendu parler de corruption, de fraude aux abords des points de vote, notamment via des intermédiaires. Est-ce quelque chose que vous avez observé ?

Non. À aucun moment. Si on additionne, on a dû dépasser les 150 bureaux de vote entre Tanger, Rabat, Salé, Meknès, Marrakech, Guelmim, Agadir… On n’a rien vu de cela. On a même vécu l’arrivée d’Akhannouch à Agadir. On n’a même pas vu de portables, les choses se sont déroulées de manière très normale.

Justement, quelles ont été les impressions de la délégation dans les différentes circonscriptions que vous avez couvertes ?

Un de nos délégués était déployé à Laâyoune, il m’a envoyé les reportings dès le matin et il y avait déjà une foule d’électeurs très mobilisés. Idem dans la région de Guelmim, on a noté une grande présence dès le matin.

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J’étais déployée surtout à Témara et Yacoub El Mansour, qui sont des zones un peu plus populaires, et où ça a mis du temps à démarrer en termes de présence. En fin de journée, j’ai senti une certaine fébrilité, de la pression, avec des gens qui arrivaient in extremis.

Qu’est-ce qui vous a marquée pendant cette journée électorale ?

En plus de ce que je vous ai dit précédemment, on a été très impressionnés par le respect des règles sanitaires. J’avais attiré l’attention de Mme Bouayach, présidente du CNDH, là-dessus. Et de ce que j’ai pu constater, les réflexes sont bien là, l’organisation était au point, avec pas plus de deux électeurs par bureau de vote et l’omniprésence de gel hydroalcoolique.

De jeunes observateurs suivent de près le déroulement de l’opération dans un bureau de vote à Casablanca.Crédit: Yassine Toumi / TelQuel

Le dernier signal plutôt positif, c’est qu’il y avait assez de parité dans les postes de secrétariat et de présidence dans les bureaux. C’est quelque chose qui ne m’avait pas marquée en 2016. Je parle aussi des électeurs, et d’ailleurs je n’ai jamais vu autant de jeunes au niveau des représentants, mais surtout au niveau des électeurs.

J’ai vu beaucoup de jeunes impliqués arriver dans les bureaux de vote, mais aussi beaucoup de représentants de listes qui avaient moins de 25 ans.

Quel est le bilan de cette élection, finalement ?

C’est un bilan très positif en termes de déroulement. En fin de journée, on a senti la pression, on a assisté au dépouillement, et sur les 30 premiers bulletins qui ont été dépouillés en ma présence, un parti s’est dégagé.

Lequel ?

Le PAM, mais ça reste très anecdotique, c’était un petit bureau. C’était soit le PAM, soit des bulletins gribouillés, et il y avait aussi des votes blancs.

Quelle a été la particularité de cette journée ? Vous étiez notamment accompagnée du président de l’équivalent de la HACA au Sénégal, la CNRA…

J’ai effectivement passé la journée avec le président de la haute autorité de communication du Sénégal, Babacar Diagne, qui était aussi ambassadeur du Sénégal aux États-Unis. La présidente du CNDH a souhaité que nous observions les mêmes bureaux de vote.

Il m’a dit qu’aujourd’hui, il y avait une réflexion au Sénégal sur les élections, en vue des municipales en janvier et des législatives en mai. Une partie de la population sénégalaise se demande pourquoi ils ne mutualiseraient pas les élections, donc il repart avec la preuve qu’au Maroc, ç’a été possible.

Il a eu les mêmes conclusions que nous, à savoir que ces élections pourraient être un exemple.

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