Après quatre années passées à Cuba, l’ambassadeur Boughaleb El Attar fait le bilan

Alors que l’heure du départ a sonné, l’ambassadeur du Maroc à Cuba s’est livré à l’heure du bilan dans une rare interview accordée au média espagnol atalayar. Morceaux choisis.

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Dans la foulée d’une visite du roi Mohammed VI sur l’île, le Maroc et Cuba rétablissaient leur relation diplomatique à la faveur d’un accord signé la mi-avril 2017.  Quelques semaines plus tard, le Conseil des ministres validait le nom de Boughaleb El Attar en tant qu’ambassadeur du Maroc à La Havane. Après 37 ans de rupture diplomatique l’homme a, sur le papier, les atouts pour rabibocher deux pays dont les différences se cristallisent autour du sacro-saint dossier du Sahara. Premier atout, l’homme est hispanophone ayant enseigné la langue dans des établissements scolaires entre Casablanca et Mohammedia.  Second atout, l’homme le coeur de l’homme penche, politiquement du moins, à gauche. Très jeune, Boughaleb El Attar s’encarte à l’UNFP puis à l’USFP. Au delà de l’enseignement, l’homme a également une passion pour le journalisme où il met son savoir de l’espagnol à profit pour couvrir l’actualité du monde hispanophone dans les colonnes des quotidiens ittihadis d’Al Moharir et à Al Ittihad Al Ichtiraki.

A l’automne 2002, Boughaleb El Attar prend ses distances avec sa famille ittihadie suite aux dissensions entre les socialistes, survenues après le départ de Youssoufi. Il rejoint alors le cabinet de Abdelouahed Radi, ancien président de la Chambre des représentants, entre 1997 et 2007. Après ce passage au parlement, il est rattaché à la diplomatie où il fait office de conseiller politique à l’ambassade du Maroc à Madrid. Après huit années passées en Espagne, il est nommé à la tête de la représentation marocaine à La Havane. A son poste, Boughaleb El Attar fait davantage office d’éclaireur puisque l’une de ses premières missions a été de trouver des locaux à l’ambassade. C’est désormais chose faite puisque la représentation marocaine est installé dans la 5ème Avenue de La Havane à quelques encablures des eaux chaudes du détroit de Floride. Mais après quatre années passées dans les Caraïbes, l’heure est au bilan pour l’ambassadeur dont le successeur qui est amené à être remplacé. L’homme s’est justement prété à l’exercice dans une interview accordée au média espagnol atalayar.  Morceaux choisis.

Visite décisive

 Pour le  futur ex-diplomate, la visite privée effectuée par  Mohammed VI en avril 2017 a grandement contribué au rapprochement des vues avec Cuba, qui a annoncé l’ouverture d’une ambassade à Rabat suite à son arrivée à La Havane.  «Cela a rempli nos amis cubains de fierté. Et je dois dire que cela m’a beaucoup aidé dans ma tâche d’ambassadeur. Parce que dans toutes les réunions que j’ai eues, tant officielles qu’avec des représentants de la société civile, ils m’ont tous rappelé qu’ils étaient énormément satisfaits de cette visite» affirme le diplomate. Pour Boughaleb El Attar, la visite royale a  permis de remettre en avant les liens entre La Havanet et Rabat qui s’étaient exprimés à travers «les accords bilatéraux signés par le Comandante Che Guevara au Maroc il y a 60 ans, et la rencontre chaleureuse du Comandante Fidel Castro avec le Roi Hassan II au Palais Royal de Rabat en 1963».

Mais qu’en est-il du travail diplomatique effectué à La Havane durant ces dernières années? «L’une des tâches de l’ambassade du Maroc à La Havane est de faire connaître le pays, son histoire et sa culture, ses traditions et coutumes, ses progrès» affirme Boughaleb El Attar dans cet entretien.  A en croire les propos du diplomate, un rapprochement des vues a été possible et s’est même exprimé à travers une position de neutralité adopté par La Havane sur les récents développements au Sahara, parmi lesquels l’intervention des FAR dans la zone de Guerguarat. «Il y a un mois[…]une lettre que le président de l’Assemblée nationale et membre du Bureau politique du Parti communiste, Esteban Lazo Hernández, a envoyée à « son homologue sahraoui » a été publiée sur le site web du Comité d’amitié parlementaire entre Cuba et le mouvement sécessionniste. Dans cette lettre, il n’est à aucun moment question du soutien cubain au « retour aux armes » proclamé par les milices du Polisario, ni de la « lutte armée de libération nationale », rien du tout. Il est seulement dit que Cuba soutient et souscrit aux démarches entreprises par l’ONU pour résoudre cette question» explique le diplomate.

Une position reflétée au niveau des instances internationales à en croire l’ambassadeur: « le gouvernement cubain se montre de plus en plus favorable à ce que les Nations unies aident à résoudre le problème. Avant, ils parlaient plutôt de Cuba comme étant « fidèle à ses principes », ce qui signifiait soutenir la lutte armée ; aujourd’hui, ils parlent plutôt des Nations unies».

Coopération multiple

En plus de cette évolution des vues, les deux pays collaborent également sur le plan bilatéral et multilatéral: «Nous avons réussi à conclure des accords bilatéraux pour exprimer des votes de soutien réciproques au sein du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, basé à New York, et des organes de l’ONU basés à Genève. Il existe également un accord pour la représentation internationale des personnes handicapées. En outre, il existe deux mémorandums de coopération dans le secteur des mines, des énergies renouvelables et de l’environnement, et un autre dans le domaine de la recherche scientifique, tous deux en attente de signature» affirme le diplomate.

Entre temps les deux pays semblent également avoir renforcé leurs échanges commerciaux puisque Boughaleb El Attar évoque également des «progrès significatifs» dans ce domaine qui aurait pu se manifester une foire bilatérale cubano-marocaine de produits artisanaux et industriels, dont la pandémie a eu raison. A l’issue de sa mission à La Havane, Boughaleb El Attar sera remplacé par Hicham El Alaoui qui a été nommé ambassadeur à Cuba en 2020. Ce manager est connu pour avoir occupé les  postes de directeur des études stratégiques à Tanger-Med et de directeur de la zone franch de Tanger.

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