Michael Curtiz et l’envers du décor de Casablanca

Avec Curtiz, le réalisateur hongrois Tamas Yvan Topolanszky rend un vibrant hommage à l’homme derrière le film Casablanca, et avec lui, à l’âge d’or hollywoodien des années 1940. Une œuvre qui révèle les secrets de tournage d’un des grands classiques du cinéma.

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Curtiz, de Tamas Yvan Topolanszky
Le réalisateur hongrois Tamas Yvan Topolanszky a choisi de revenir sur le tournage de Casablanca.

Faire un film sur un autre film n’est pas chose facile. Surtout quand on veut traiter du mythique Casablanca, qui a marqué l’histoire du cinéma par son propos, son audace et son originalité. Et qui a propulsé au sommet les carrières d’un acteur et d’une actrice : Humphrey Bogart et Ingrid Bergman.

Mais à cette époque (1941-1942), personne ne se doutait que ce film, tourné dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale et où les enjeux politiques étaient de taille, deviendrait un classique.

Antihéros

Le réalisateur hongrois Tamas Yvan Topolanszky a choisi de revenir sur le tournage de Casablanca et surtout sur son créateur, le cinéaste Michael Curtiz. Un génie du cinéma que les grands studios ont du mal à gérer, et surtout à accepter la personnalité controversée.

Affiche du film Curtiz
Curtiz, du Hongrois Tamas Yvan Toplanszky, est à découvrir en ligne.

Colérique, tyrannique, lunatique, coureur de jupons, le réalisateur de Casablanca était bien connu pour ses dépassements d’heures et de budget lors de ses tournages. Une pure folie, selon les producteurs de la Warner Bros, la MGM ou encore la Paramount.

C’est à la recherche de cette atmosphère que s’est lancé le jeune réalisateur de Curtiz pour dessiner son biopic. L’histoire de la réussite de Casablanca lui importe peu. Ce qui l’intéresse, c’est ce qui anime Michael Curtiz.

Comme un héros de tragédie grecque, il est guidé par sa soif de justice, tout en vivant avec ses contradictions et son côté noir qui ne le ménage jamais. Curtiz a abandonné sa fille en abandonnant la Hongrie, son pays natal, pour les états-Unis ; où il se remarie et trompe sans cesse sa seconde épouse.

Michael Curtiz installe un climat de peur sur ses tournages. Techniciens, assistants, figurants, tout le monde craint la colère du “maître”. Bogart et Bergman ne dérogent pas à la règle.

Casablanca, c’est d’abord son film et il doit être le seul capitaine à bord. Même Johnson, le représentant du gouvernement qui doit veiller à la propagande américaine antinazie dans le film, n’y arrive pas. Tous ces personnages tournent autour de Curtiz et chacun d’eux alimente en lui une culpabilité qu’il veut écraser à tout prix.

L’émotion avant tout

En regardant Curtiz, c’est à un héros ombrageux qu’on doit faire face. Toplanzsky ne nous ménage pas. Il nous sert le film dans un noir et blanc très contrasté, comme pour renforcer le trait et nous inviter à vivre dans les eaux profondes et glaciales dans lesquelles baigne le génie Michael Curtiz.

Tout est bon pour faire trembler le piédestal sur lequel se trouve Curtiz

La mise en scène, elle, est simplement bouleversante par sa précision et par son rythme. La caméra ne cesse de virevolter autour des personnages et capte leurs moments d’émotion et de fragilité avec une pure virtuosité. Aucun détail n’est laissé au hasard. Tout est bon pour faire trembler le piédestal sur lequel se trouve Curtiz.

Un film qui prend son temps, qui peint ses personnages dans toute leur complexité et ne laisse aucune place à l’hésitation. Composé de cadres qui sont comme des toiles de peinture, il va chercher la beauté dans chaque situation pour nous révéler, point par point, les travers de fabrication d’un long-métrage qui est devenu un incontournable dans l’histoire du cinéma.

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