“Hollywood”, stress et paillettes en série

Hypocrisie, discrimination, manipulation. Pour cette mini-série, le scénariste Ryan Murphy s’attaque sans concession au monde cruel que cache l’âge d’or d’Hollywood.

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Hollywood, de Ryan Murphy
Ryan Murphy est allé au plus profond de cette “industrie de rêve” pour nous raconter ses travers. Crédit: DR

Pour cette mini-série de 7 épisodes, Netflix a sorti l’artillerie lourde. Une reconstruction quasi parfaite du monde hollywoodien d’après la Seconde Guerre mondiale. Mobilier art-déco, voitures des années 1950, fastueuses villas où se déroulent des soirées féeriques, studios reconstruits… de quoi mettre le spectateur dans le bain de cet Hollywood qui a fait éclore des icônes comme Humphrey Bogart, Grace Kelly, Ava Gardner ou encore Clark Gable. Le rêve hollywoodien.

Le revers du rêve

Mais le plus déroutant chez Ryan Murphy, le fameux créateur de séries à succès comme Nip-Tuck, Glee ou American Horror Story, c’est qu’il est allé au plus profond de cette “industrie de rêve” pour nous raconter ses travers et la manière dont il faut procéder pour réussir, en mêlant avec brio des éléments de fiction et des faits réels survenus à cette époque.

Affiche de la série Hollywood
D’une durée de 44 à 57 minutes, les sept épisodes de la mini-série Hollywood sont disponibles en ligne.Crédit: DR

Hollywood, c’est d’abord une histoire chorale qui commence par Jack Castello, un beau jeune homme qui se rue chaque jour devant les portes du studio Ace pour décrocher un rôle de figurant. Il y a aussi Raymond, un cinéaste en herbe à moitié asiatique qui cherche à vendre son scénario original à la même compagnie.

Puis sa compagne Camille, une afro-américaine qui essaie tant bien que mal de décrocher un premier rôle pour se dégager ainsi des rôles dégradants de domestiques que lui offrent les studios.

Enfin, il y a Roy et Archie, un couple d’homosexuels qui rêvent d’imposer leurs noms, respectivement en tant qu’acteur et scénariste. Naïfs, ils pensent pouvoir compter sur leur talent pour décrocher le jackpot. Sauf que dans ce “dirty business”, il en faut plus pour goûter au succès.

Le dark side du 7e art

Sur un ton légèrement comique, Ryan Murphy décortique au scalpel les rouages du système hollywoodien et la tyrannie qu’exerçaient les grands producteurs sur les artistes.

Ainsi, un cinéaste peut décrocher la réalisation d’un film non pas pour le scénario qu’il est venu vendre, mais en piochant parmi les scénarios déjà existants chez les studios. Un acteur ou une actrice doivent, pour avoir un rôle, peut-être passer par ce qui fut appelé “la promotion canapé”.

Des faits qui ont réellement existé et qui, malheureusement, se poursuivent. En témoignent les révélations du mouvement #metoo, où de grandes actrices ont confié les chantages sexuels dont elles ont fait l’objet de la part de producteurs.

Racisme, misogynie, séduction, amour… tous ces ingrédients sont bons

Quid des personnes de couleur et des homosexuels ? À cette époque, ils sont relégués au dernier rang et attendent leur “chance”.

Peut-être fallait-il décrocher une invitation pour pouvoir se rendre dans des soirées mondaines — où tout était permis — afin d’espérer convaincre un producteur sur place.

À cet égard, la série revient sur les soirées décadentes du réalisateur qui cachait son homosexualité, George Cukor, où “les vilains garçons venaient manger les miettes dans la soirée”.

Racisme, misogynie, séduction, amour… tous ces ingrédients sont bons pour que Ryan Murphy, qui affirme que “50% de cette série est basé sur la réalité”, nous offre un traitement implacable de cette industrie qui fait rêver en même temps qu’elle fait grincer des dents.

Le tout servi avec une sublime légèreté et une mise en scène sobre et percutante.

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