Stream & chill : The Call, un thriller qui distord le temps

Horrifique, surprenant, intrigant. ‘The Call’, premier film du réalisateur Lee Cheung Hyeon, est, avant tout, un thriller onirique qui fait monter notre adrénaline.

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The Call est disponible sur Netflix. Crédit: DR

Des thrillers, on en a vu. Des histoires rocambolesques, des intrigues imparables, des scènes magiques marquant l’histoire du cinéma, il y en a eu légion. Aujourd’hui, le spectateur connaît si bien toutes les ficelles du genre qu’il est très difficile de le surprendre. Et pourtant, un cinéaste coréen de 30 ans, qui n’en est qu’à son premier film, nous offre une poussée d’adrénaline et une course infernale avec le temps. The Call est une œuvre qui joue avec nos nerfs, construite principalement autour de deux personnages, d’une maison et quelques autres décors.

Ce n’est pas du Hitchcock, ce n’est pas du Fincher, ni même du Kubrick. C’est du pur cinéma coréen, fait de plusieurs rebondissements, qui contient des événements improbables et extraordinaires auxquels on arrive pourtant à croire. Lee Cheung Hyeon joue avec notre imaginaire et nous fait même oublier la notion de ce quelque chose que l’on appelle le temps.

Une histoire simple

Pourtant, l’histoire est très simple. De prime abord, le spectateur peut avoir une impression de déjà-vu. Seo Yeon, une jeune femme de 28 ans dont le père est décédé depuis des années, souffre de solitude et de manque affectif. Pour faire son deuil, elle retourne dans sa maison natale dans le but d’évoquer ses souvenirs et d’affronter les fantômes du passé. Parmi les débris et objets abandonnés, elle retrouve un téléphone fixe qui date de son enfance.

Seo Yeon commence alors à recevoir des coups de fil d’une certaine Young Sook, qu’elle ne connaît pas. Une relation amicale, difficile à établir au départ, éclot entre les deux femmes. Elles installent un lien de confiance et surtout de confidences. Une belle amitié, donc. Sauf que Seo Yeon vit en 2019 et Young Sook en 1999… dans la même maison.

A travers cette brèche temporelle, chacun des deux personnages va influer sur le destin de l’autre. Ainsi, Seo Yeon va retrouver son père et Young Sook échapper à la mort. Un jeu amusant à première vue, mais qui va vite se transformer en une série de chantages et de manipulations. Car quand on change le destin, il faut aussi accepter d’en subir les conséquences. Après le calme, la violence de la tempête.

Onirisme réaliste

Contrairement à des films américains comme Inception, Seven ou encore The Others, The Call n’installe pas de personnages imaginaires, comme des fantômes. Young Sook, la femme qui vit en 1999, est bel et bien réelle et, par une modification du destin, se retrouve en 2019. La force de Lee Cheung Hyeon réside dans le fait qu’il nous fait vraiment croire que ces deux temps peuvent cohabiter, sans que l’on trouve cela impossible.

Ce même procédé, celui de tordre différentes dimensions temporelles et de les insérer en un seul temps filmique, est comme une sorte de tradition chez les auteurs asiatiques. Il suffit de voir 2046 du cinéaste hongkongais Wong Kar Wai, Millenium Mambo du Taiwanais Hou Hsiao Hsien, Time de Kim Ki-Duk ou encore Forgotten du Coréen Jang Hang-Jun.

Le maître en la matière reste l’écrivain japonais Haruki Murakami qui offre, à travers sa littérature — et en particulier son roman 1Q84 —, des temps parallèles qui finissent par s’insérer les uns dans les autres. Un procédé narratif où l’onirisme devient réalisme et vice-versa, où des personnages du passé rencontrent des personnages du présent sans pour autant que cela soit inscrit dans le domaine du rêve ou de l’hallucination. Si seulement cela pouvait être possible dans la vraie vie. Notre quotidien serait peut-être plus poétique… ou pas.

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