Selon l’ONU, le Covid-19 va projeter 14 millions de personnes du monde arabe “dans la pauvreté”

Le Covid-19 a exacerbé de nombreux problèmes chroniques préexistants dans la région arabe, indique une note de l’ONU. D’après le document, un quart de la population du monde arabe pourrait sombrer dans la pauvreté, ce qui aurait des conséquences déstabilisantes dans une région déjà fragile et profondément inégale.

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Siège de l'ONU à New York. Crédit: AFP

La pandémie de Covid-19, qui a révélé de graves failles et vulnérabilités dans les sociétés, les institutions et les économies du monde entier, risque de projeter quelque 14,3 millions de personnes du monde arabe dans la pauvreté. La région compterait alors plus de 115 millions de pauvres, selon l’Organisation des Nations unies (ONU).

Ce chiffre représente près d’un quart du total de la population de cette région (436 millions de personnes) qui pourrait connaître des pénuries alimentaires et des hausses de prix en raison de sa grande dépendance aux importations de produits alimentaires, indique une note de synthèse de l’ONU sur l’impact de la pandémie du Covid-19 dans le monde arabe, publiée ce jeudi 23 juillet.

Défis amplifiés

Dans une région où 14,3 millions de personnes étaient déjà au chômage, l’Organisation internationale du travail (OIT) évalue des pertes équivalant à 17 millions d’emplois à temps plein au deuxième trimestre de 2020.

Le rapport des Nations unies relève également que la région arabe a initialement maintenu les taux de transmission du virus et de mortalité inférieurs à la moyenne mondiale. Les tendances récentes sont pourtant “préoccupantes”, compte tenu de la fragmentation des services de soins de santé et de l’insuffisance des soins primaires dans de nombreux pays.

Le double choc de la pandémie et de la chute des prix du pétrole a poussé le FMI à abaisser ses prévisions économiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord à leur plus bas niveau en 50 ans

La note indique que la pandémie a amplifié de nombreux défis, vieux de plusieurs décennies, notamment la violence et les conflits, les inégalités, le chômage, la pauvreté, l’inadéquation des filets de sécurité sociale, et un modèle économique qui n’a pas encore répondu aux aspirations de tous.

L’ONU estime, par conséquent, que les répercussions de la pandémie seront probablement profondes et durables. L’économie de la région devrait ainsi se contracter de 5,7 %, tandis que l’économie de certains pays en conflit devrait reculer de 13 %, soit une perte globale de 152 milliards de dollars. Le double choc de la pandémie et de la chute des prix du pétrole a poussé le Fonds monétaire international (FMI) à abaisser ses prévisions économiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord à leur plus bas niveau en 50 ans.

35 milliards de dollars d’exportation perdus

La note de synthèse fait également état d’une baisse attendue de l’investissement direct étranger (IDE) de 45 %, privant la région de 17,8 milliards de dollars qui auraient pu être utilisés dans les efforts de reprise et la création d’emplois. Les flux d’IDE avant la pandémie étaient déjà tombés à 31 milliards de dollars en 2018, contre un pic de 88,5 milliards de dollars en 2008. Les secteurs qui pourraient être le plus touchés par la baisse des IDE sont les industries électriques et les industries des transports, qui représentent les chaînes de valeur mondiales les plus intégrées.

Sur 1000 milliards de dollars d’exportations, la région arabe devrait perdre 35 milliards à cause de la crise du Covid-19, hors perte de revenus pétroliers. De plus, étant donné que la plupart des exportations de la région sont liées à l’énergie, la baisse mondiale des prix du pétrole et les fortes baisses de production signifient que la région verra ses revenus pétroliers et gaziers baisser de 329 milliards de dollars en 2019 à 197 milliards de dollars en 2020 (soit 40 % de perte).

Si la principale baisse des exportations de la région arabe proviendra vraisemblablement du pétrole, les deuxième et troisième secteurs le plus touchés sont l’agriculture et les produits alimentaires, qui devraient baisser de 6 %, et les textiles et vêtements avec une chute de 5 %, selon la même source.

La région devra également importer 111 milliards de dollars de moins que les 828 milliards de dollars habituellement importés avant la pandémie. Si une part importante des réductions des importations concerne les biens de consommation, les importations d’équipements et de matières premières en souffriront également, ce qui affectera le rythme de la reprise.

(MAP)

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