“J’ai étudié le reste du programme tout seul” : des candidats au bac racontent leur préparation

Les candidats au bac 2020 entameront les épreuves ce 3 juillet. Comment s’est passée la période de préparation en plein confinement ? Les cours en ligne ont-ils été suffisants ? Témoignages.

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2020, un bac pas comme les autres. Crédit: Rachid Tniouni/TelQuel

J’ai étudié le reste du programme tout seul, et préparé mon bac de la même manière parce que les cours par visioconférence ne me convenaient pas”, déclare Yasser, un candidat au baccalauréat branche physique-chimie, dont les épreuves commencent ce 3 juillet. À l’image des 400.000 candidats au baccalauréat 2020, année du coronavirus, Yasser espère que ce qu’il a fait sera suffisant, et compte sur la clémence des professeurs.

J’espère que l’académie a pris en compte le fait que c’est une année exceptionnelle. C’est ce qu’on se dit pour se rassurer à l’approche du jour J. On croit que les épreuves ne seront pas aussi corsées que d’habitude, surtout que tout le monde n’a pas pu préparer son baccalauréat comme il le faut”, estime Jihane, 17 ans, qui s’apprête à passer son bac en sciences économiques.

“En tête à tête avec mon bouquin”

Cette année, les futurs bacheliers se sont retrouvés privés des révisions en groupe et ont dû faire avec les moyens du bord. Jihane considère qu’elle est passée à côté des plus beaux moments de l’année du bac. “J’ai vu mon grand frère passer son bac, j’espérais pouvoir faire la même chose. Le préparer avec mes camarades dans des cafés, des jardins, dans une bonne ambiance. Finalement, je me suis retrouvée en tête à tête avec mon livre, l’oreille collée sur le haut-parleur de mon téléphone pour écouter les instructions du prof qui communiquait par messages audio…”

“Cela fait plus de 10 ans que j’enseigne, je n’ai jamais vu des candidats aussi stressés”

Khadija

En effet, les quelques semaines qui précèdent les épreuves sont une occasion pour les élèves d’échanger, de connaître leurs lacunes pour mieux les surpasser, ensemble. Confinés, ils ne se parlaient que sur les réseaux sociaux. Insuffisant selon Khadija, professeure de comptabilité dans un lycée privé casablancais : “Cela fait plus de 10 ans que j’enseigne, je n’ai jamais vu des candidats aussi stressés. Ils manquent de confiance et ne savent pas non plus à quoi s’attendre. De mon côté, j’ai essayé de faire mon maximum en restant à leur disposition toute la journée, même le soir.”

Ne pouvant réviser en groupe, certains lycéens ont le sentiment d’être passés à côté des plus beaux moments de l’année du baccalauréat.

Les professeurs ont dû jouer un rôle d’encadrants pour les révisions. “Cette année, un autre facteur est entré en considération : la situation familiale”, nous explique Khadija. “C’est un sujet assez tabou, mais plusieurs bacheliers vivent dans des conditions familiales compliquées, et profitent de ces semaines de préparation pour fuir leur entourage et se focaliser sur les cours en compagnie de leurs camarades. Ils n’ont pas eu cette chance cette année.

Le fait de devoir s’adapter aux cours en ligne n’a pas été simple pour tout le monde. Yasser, lui, estime qu’il s’est “rendu service en quittant ces chats non modérés” parce que selon lui, les professeurs “ne sont pas habitués à ces techniques”. Si beaucoup d’étudiants n’ont pas pu s’adapter, ce n’est donc pas uniquement parce qu’ils ont du mal à comprendre les leçons. “Le rôle des parents entre en jeu. Parfois, ils oublient qu’ils ont affaire à des adolescents de 2020. Il faut les responsabiliser”, renchérit Khadija.

Cours très particuliers

Des cours particuliers en ligne avec leurs enseignants ont pu changer la donne, à condition d’en avoir les moyens. “J’ai pu convaincre mes parents de me payer des cours particuliers pour renforcer mes connaissances en maths, ma bête noire. Pour une séance de deux heures en visioconférence avec mon prof, mes parents déboursaient 200 dirhams”, nous confie Jihane, consciente de sa chance. “J’ai des copines qui ne peuvent pas se permettre ces cours particuliers. Alors après le cours, on s’appelle et je leur fais une sorte de récapitulatif”, renchérit-elle. Et d’ajouter : “Ce n’est pas qu’une question de moyens financiers… c’est aussi la galère de la faible connexion qui ne permet pas d’avoir une visioconférence sans que ça coupe toutes les 20 secondes.

Khadija, l’enseignante en comptabilité, avoue à demi-mot qu’elle a donné des cours particuliers à certains élèves. “Au début, j’ai proposé de le faire gratuitement, puis j’ai eu beaucoup de sollicitations et ça me demandait plus d’efforts que prévu. J’ai dû fixer un prix symbolique”, confie notre interlocutrice, sans plus de précisions par rapport au prix, sachant que la direction de son lycée interdit cette pratique.

C’est peut-être mal vu, mais ça marche comme ça depuis déjà quelques années. Les enseignants arrondissent leurs fins de mois, et les étudiants peuvent revoir toutes leurs lacunes. Sur les deux heures, si la volonté est là, l’étudiant peut véritablement surpasser toutes les difficultés”, ajoute-t-elle en soulignant que lors des cours “normaux”, elle peut prendre 5 à 10 minutes pour un étudiant, “mais ce n’est parfois pas assez”.

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