Saâd-Eddine El Othmani : “On a attendu trois mois, et on pleurniche pour trois semaines de plus !”

Ce 16 juin, le chef du gouvernement Saâd-Eddine El Othmani répond aux questions à la Chambre des conseillers concernant les différentes stratégies du gouvernement pour le déconfinement et la levée de l’état d’urgence sanitaire. Extraits.

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Saâd-Eddine El Othmani. Crédit: MAP

Ce 16 juin, le chef du gouvernement Saâd-Eddine El Othmani répond aux questions à la Chambre des conseillers concernant les différentes stratégies du gouvernement pour le déconfinement et la levée de l’état d’urgence sanitaire. Extraits.

“Comme vous le savez, le gouvernement a entamé le déconfinement de manière progressive en maintenant l’État d’urgence sanitaire, suite aux nombreuses demandes de la société civile.”

“On prend en considération l’évolution de la situation épidémique du pays, en étudiant tous les scénarios possibles en cas de déconfinement.”

“L’état d’urgence a été maintenu pour pouvoir prendre des décisions de façon urgente, qui nous permettent justement de réagir le plus vite possible. C’est notre responsabilité.”

Déconfinement progressif

“En revanche, nous avons entamé le déconfinement progressif en suivant un processus bien défini puisque les objectifs du confinement ont été atteints.”

“Nous discutons toutes les décisions. Le déconfinement se fait de façon progressive partout dans le monde, on ne peut pas sauter dans le vide. En déconfinant, nous avons pris en considération les différentes situations des régions. Ce n’est pas une décision politique, c’est une décision pour protéger la santé des citoyens.”

“On a attendu trois mois, et on pleurniche pour trois semaines de plus !”

“On ne subit aucune pression, ce sont des paroles en l’air. Nos décisions sont réfléchies, on ne peut pas se permettre de faire des erreurs.”

“Il existe aujourd’hui plusieurs personnes qui n’ont pas pu reprendre leur activité parce qu’elles ont peur. Il faut être vigilants et… patients !”

Mobilisation citoyenne

“Si ces mesures ont permis de contrôler la situation (…), nous ne pouvons faire marche arrière. Grâce à l’engagement des citoyens, on a évité le pire. L’économie peut être en crise et se relever, mais les vies sont irremplaçables. Pour toutes ces raisons, nous avons pris ces décisions.”

“C’est une expérience marocaine. On ne copie personne, on prend des décisions de manière indépendante. Il faut faire confiance à nos institutions, et cette confiance doit se poursuivre.”

“Il y a des petits détails qu’on doit relever. Pour ceux qui nous demandent de rendre des comptes concernant les décisions judiciaires prises, je rappelle que la justice dans ce pays est indépendante. Par respect de ce principe, je ne vous répondrai pas.”

“Je tiens à souligner la mobilisation des Marocains derrière leur roi. Il faut qu’elle soit maintenue pour la stabilité et le bien de ce pays. Il faut qu’on soit tous solidaire toutes les composantes. Une seule abeille ne peut pas produire du miel.”

Reprise par étapes

“La deuxième étape du déconfinement sera entamée dans les deux zones, très bientôt. Pour la reprise d’une activité plus large qu’elle ne l’est maintenant. Dans deux jours, nous allons évaluer la situation pour prendre une décision. Puis viendra une autre étape, qui connaîtra d’autres allègements, mais ça dépendra toujours de l’évaluation qu’on établira.”

“Toutes les décisions prises par le gouvernement vont dans le sens de l’allègement du confinement.”

“Le grand défi est de redémarrer notre économie. La vision du gouvernement à ce niveau se base sur deux plans. Un plan jusqu’a fin 2021, qui a pour but de remettre à niveau notre économie. Puis un second plan, sur le moyen terme, qui se base sur les opportunités créées par cette crise inédite. En retenir les leçons pour aller de l’avant.”

“Tous les secteurs souffrent aujourd’hui, dans tous les pays du monde, ce qui impacte tous les indicateurs, dont celui du chômage.”

“136.000 entreprises sont impactées directement par la crise, c’est quasiment le tiers des entreprises actives du royaume.”

“On n’exporte quasiment pas aujourd’hui, à cause de la crise mondiale. Le secteur du tourisme est tout aussi impacté par la crise du Covid-19. Nous avons pris des décisions d’urgence, pour redresser l’économie.”

Soutien aux entreprises

“L’intervention de l’État a permis de stabiliser quelques secteurs. Les efforts du gouvernement ont pour but de maintenir le pouvoir d’achat des citoyens, et contrôler l’inflation qui ne dépasse pas le seuil des 7 % depuis plus d’un an, et c’est l’un des plus faibles taux de la planète.”

“Nous suivons de façon régulière les produits de première nécessité et les produits les plus consommés. S’ils sont aujourd’hui sur le marché, c’est grâce aux efforts du gouvernement, et je considère que c’est une réussite à ajouter à la panoplie de réussites réalisées durant cette crise.”

“Les investissements augmentent de 10 % au mois de mai 2020, comparé au même mois de l’année 2019. On fait les efforts nécessaires pour garder ce cap, malgré les difficultés de cette crise.”

“Concernant les délais de paiement, nous faisons également le nécessaire pour passer de plus de 50 % à environ 41 % cette année.”

“Toutes ces interventions ont le même but : réduire l’impact de la crise. On parle de près de 550 mesures prises en période de crise. Je cite entre autres, Daman Oxygène, puis Relance TPE pour les entreprises qui ont un chiffre d’affaires de moins de 10 millions de dirhams. Toutes les mesures ont été prises pour maintenir l’équilibre.”

“Pour trouver des solutions, nous optons pour une approche participative qui prend tous les éléments en compte, dont les difficultés à l’international.”

“Il faut un soutien technique pour les TPE afin que ces dernières redémarrent. Pour ce faire, le gouvernement s’engage à payer 80 % du nécessaire pour la relance (digitalisations, formations, etc.).”

Perspectives

“L’expertise est nécessaire, et l’État est prêt à payer pour. ‘Apprends à un homme à pêcher, il mangera toute sa vie’. Donner de l’argent n’est pas suffisant. Il faut montrer comment l’obtenir de façon régulière.”

“Un fonds d’investissement public est au vert, suite aux nombreuses demandes de la société civile.”

“On essaye d’écouter tout le monde, pour trouver des solutions aux diverses problématiques de cette crise. C’est le Maroc qu’on aime, celui qui est solidaire face à la crise. Nous recevons plusieurs mémorandums très intéressants qui sont actuellement en discussion, et d’autres sont à venir. Je vous rassure : la prochaine phase se fera selon la même approche participative.”

“Nous devons ouvrir le dialogue avec les syndicats et les entreprises pour trouver la bonne formule pour la relance. Comment maintenir l’emploi ? Nous en discuterons de façon tripartite pour trouver des solutions concrètes.”

“Le gouvernement prépare et se prépare pour le retour de toutes les activités administratives, culturelles et sportives. Pour cela, nous avons préparé des guides pour les différents secteurs. Ce sont 77 guides pour la reprise des activités, car on ne peut pas reprendre une activité en l’absence d’un guide pour une reprise dans les meilleures conditions.”

“La loi de finances rectificative sera une base pour ce projet de relance. Nous devons prendre des mesures urgentes pour maintenir le pouvoir d’achat des citoyens.”

“Nous allons renforcer les budgets des secteurs prioritaires comme l’éducation et la santé.”

“La crise qu’on a vécue nous fera prendre d’autres décisions, pour préparer notre économie à tous ces chamboulements. En saisissant toutes les opportunités, en révisant les relations du Maroc avec ses collaborateurs externes.”

“Le Maroc, Dieu merci, a des bases économiques solides qui lui permettront de saisir toutes les occasions pour garder sa place dans les divers classements qui définissent le climat des affaires.”

“Cette gestion de crise nous a permis de forger une belle réputation au-delà des frontières. L’aide aux pays africains prouve le positionnement du pays au niveau du continent. Ce sont des gestes qui améliorent notre image.”

“Le Maroc est leader dans le secteur des énergies renouvelables, et il le restera. Un plan national ambitieux est en marche, pour consolider notre place.”

“Cette fois, on part sur de bonnes bases. On n’a pas grand-chose à craindre si on complète ce qui a déjà été fait.”

“J’appelle les Marocains à reprendre leur poste.”

“On encourage l’investissement public, car c’est un levier de notre économie aujourd’hui comme demain. Dans le même cadre, la commission des investissements discutera toutes les nouvelles opportunités pour créer des emplois.”

“Prochaine étape, le gouvernement a entrepris certaines mesures pour limiter l’impact de la crise sur les différents fonctionnaires, même les travailleurs de l’informel.”

“La 3e tranche des aides promises aux fonctionnaires à l’arrêt sera distribuée à compter de ce mardi. Même chose pour les entreprises impactées, elles peuvent continuer d’envoyer leurs demandes.”

“On continuera à faire les efforts nécessaires avec un ensemble de programmes pour développer le secteur de l’éducation et de la formation. Même chose pour le secteur de la santé, comme promis.”

“Nous poursuivrons tous les chantiers entamés dans tous les secteurs, dont la digitalisation, y compris au niveau de l’administration. On est passés de 41 bureaux d’ordre digital à 550 aujourd’hui.”

“Une journée d’étude avec les syndicats sera organisée. Elle était prévue en avril, mais à cause de la crise, elle a été reportée.”

“Je tiens à souligner que les citoyens font les efforts nécessaires, nous devons poursuivre la mobilisation pour sortir tête haute de cette période compliquée, comme on a su le faire en début de crise.”

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