Décolonialisme : penser l’Afrique, panser le monde

De Dakar à Casablanca, des intellectuels s’engagent à décoloniser les savoirs. Le sociologue franco-marocain Mehdi Alioua et le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne nous expliquent les enjeux de cette pensée qui vient bousculer les imaginaires.

Par

Pour le sociologue Mehdi Alioua, “la décolonialité est une forme de thérapie, où les deux parties doivent se reconnaître mutuellement”. Crédit: Matthew T Rader/unsplash

Que reste-t-il des indépendances ? Si les années 1950-1960 marquent l’avènement d’une ère postcoloniale, les chercheurs observent une persistance de rapports asymétriques dans les relations économiques, culturelles et sociales. Et proposent un outil pour sortir de ces représentations profondément ancrées : la pensée décoloniale.

Archive : article publié en avril 2019.

Souleymane Bachir Diagne, professeur à Columbia University, la définit comme “tout ce qui sert à déconstruire les concepts intellectuels justifiant la domination”. Mehdi Alioua, titulaire de la chaire Migrations, mobilités, cosmopolitisme à l’Université internationale de Rabat (UIR), évoque quant à lui l’idée d’un processus, d’une dynamique : “Décoloniser, c’est en même temps penser et agir, et cette dimension appelle une réponse politique”.

Le poids des mots

Selon les penseurs de la décolonialité, la violence de ce type de rapports de domination remonte à 1492, avec la “découverte” de l’Amérique – le terme n’est pas anodin. Depuis,…

article suivant

Les trois piliers du PLF rectificative 2020