#justiceforIkram : récit d’une effroyable histoire

Un quadragénaire est accusé d’avoir violé une enfant de cinq ans à Imi Ougadir dans la province de Tata. Retour sur une affaire effroyable qui secoue l’opinion publique depuis le début de semaine.

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Visuel de la pétition pour Ikram, sur change.org. Crédit: DR

C’est l’histoire horrifiante d’Ikram, une enfant d’à peine cinq ans, qui aurait été violée par un quadragénaire dans le village d’Imi Ougadir, situé dans la province de Tata. Après avoir pu bénéficier de la liberté provisoire, le présumé violeur a été placé à nouveau, le 10 juin, en détention préventive, en attendant la fin de l’enquête.

Aujourd’hui, l’affaire reprend son cours, car même si nous nous attachons aux principes de la présomption d’innocence, il est anormal d’accorder la liberté provisoire à une personne accusée de viol sur mineure. Le juge d’instruction avait pris cette décision, mais le ministère public a fait un recours et nous sommes soulagés qu’il soit replacé en détention”, nous déclare maître Houcine Sbai, un des avocats de la famille d’Ikram, diligenté par le forum Iffous pour la démocratie et les droits de l’Homme. Depuis le début de semaine, cette affaire de viol sur mineure suscite l’émoi et la colère de l’opinion publique.

Les faits remonteraient au 26 mai, date où l’enfant aurait été violée par un voisin de la famille à Imi Ougadir. “Ce jour-là, Ikram jouait avec deux des filles de ce voisin chez nous, puis toutes les trois ont décidé d’aller jouer chez elles. Au bout de même pas une heure, ma femme est allée chercher notre fille et elle n’était pas tout à fait normale”, nous raconte Ali, le père de la victime.

“Nous vivons dans un petit village où la culture de la hchouma est de mise, nous ne voulions pas avoir de problèmes”

Le père d’Ikram

Alertée par l’état physique d’Ikram, ma femme l’a tout de suite emmenée au dispensaire de Fam El Hisn où le médecin a expliqué qu’elle avait été victime de viol, et insisté pour qu’elle soit auscultée par un médecin spécialisé. J’ai appris la nouvelle à mon retour du travail”, poursuit-il. Sur le coup, la famille ne réagit pas. “Nous étions désarmés, nous vivons dans un petit village où la culture de la hchouma est de mise. Nous ne voulions pas avoir de problèmes, mais à un moment donné l’état de ma fille s’aggravait et on ne pouvait plus garder le silence.

Arrêté puis libéré puis arrêté

Le 4 juin, le père de l’enfant porte plainte et un médecin de l’hôpital provincial de Tata l’examine et “atteste du viol”, comme nous l’affirme le père. Le jour même, le présumé violeur pédocriminel, que la famille d’Ikram connaît depuis longtemps, est arrêté et placé en garde à vue. “L’accusé a nié les faits, mais les éléments du dossier — qui, je le rappelle, est toujours en instruction — prouvent le contraire”, note Me Houcine Sbai.

“Au Maroc, les pédophiles sont libérés sous caution, je suis choquée”

Une internaute

L’arrestation ne passe pas inaperçue. Dès le lendemain, des membres de la famille du prévenu et de celle du père d’Ikram le convainquent de retirer sa plainte. “J’étais sous pression, il fallait éviter le scandale donc j’ai, à contrecœur, retiré la plainte”, nous dit-il. Dès le 6 juin, le prévenu est libéré, provoquant l’ire de la famille d’Ikram et de la société civile locale. “Ma femme n’arrêtait pas de pleurer, elle ne comprenait pas comment il pouvait s’en sortir après avoir fait tellement de mal à notre fille, c’était injuste !” nous confie le père, qui dit être revenu sur sa décision de retirer sa plainte.

La colère des habitants trouve un écho sur la Toile

Les habitants de la commune de Fam El Hisn (où se situe le village Imi Ougadir) ont manifesté leur colère le 9 juin, devant le siège de la Bachaouia de la petite ville, bravant l’état d’urgence sanitaire pour demander justice pour Ikram. “On veut la vérité”, “on veut la justice”, scandés par une centaine de personnes.

Lors de la manifestation en soutien à Ikram à Fam El Hisn. (c) DR

Sur la Toile, la mobilisation s’organise aussi. Une pétition demandant justice pour Ikram et l’emprisonnement du présumé violeur a déjà atteint plus de 200.000 signatures à l’écriture de ses lignes, tandis que les hashtags #noussommestousIkram (en arabe) ou #justiceforIkram inondent les réseaux sociaux.

Au nom de quelle humanité une jeune enfant est violée par un monstre qui avoue son crime et ce dernier retrouve sa liberté juste parce que le père a décidé de retirer sa plainte ?”, tweete une internaute. Une autre écrit : “Au Maroc, les pédophiles sont libérés sous caution, je suis choquée.

Sur place, le forum Iffous pour la démocratie et les droits de l’Homme assure le suivi de l’affaire, offrant une orientation juridique et un soutien psychologique à Ikram et sa famille. Le père nous confie : “Ikram est toujours dans un état psychologique fragile, on essaie de ne pas la stresser davantage. Grâce au forum Iffous, elle et sa mère vont pouvoir bénéficier d’une aide psychologique.

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