Nizar Baraka appelle à l’instauration d’un revenu universel unifié

Le secrétaire général de l’Istiqlal a organisé ce vendredi une visioconférence pour exposer les grandes lignes du mémorandum de son parti, en vue de la sortie de crise du Covid-19. Présenté hier au Chef du gouvernement, ce mémorandum propose des solutions économiques et réglementaires à adopter après la levée de l’état d’urgence sanitaire, prévue le 10 juin prochain. Les détails.

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Nizar Baraka, secrétaire général du parti de l'Istiqlal. Crédit: AFP

Le mémorandum de l’Istiqlal revient sur les répercussions socio-économiques de la propagation du Covid-19 au Maroc. Intitulé “Une reprise économique responsable et une solide protection sociale pour construire l’avenir”, il a pour particularité d’appeler à la révision de nombreux choix stratégiques du gouvernement.

Devant les journalistes, Nizar Baraka a refusé de faire une évaluation de l’action gouvernementale dans le contexte d’état d’urgence sanitaire. Ses propos se sont plutôt portés sur “l’après-Corona”. L’ex-ministre des Finances a consacré une partie essentielle de cette entrevue à l’aspect économique de la crise que traverse le pays, après deux mois de confinement. Voici ce qu’a dit le patron de l’Istiqlal à propos de la vision de son parti.

Attitude vis-à-vis du gouvernement

“Ce n’est pas le moment d’évaluer la gestion de la crise. Notre parti s’est inscrit dans un cadre de consensus national derrière le roi. Ceci veut donc dire que nous sommes désormais partenaires du gouvernement, et nous lui avons soumis des propositions en ce sens. Il est vrai que la première phase de gestion fut une réussite. Il y avait une vision claire avec une intervention personnelle du roi. Mais aujourd’hui, le gouvernement est peu clair par rapport à la mise en place d’un nouveau contrat social.

Il s’agit de mobiliser les institutions, les compétences et les capacités nationales afin de faire face aux risques qu’impose la crise actuelle, d’où notre mémorandum au Chef du gouvernement. Le parti propose à cet effet un plan pour une reprise responsable à dimension sociale. Nous avons besoin d’un nouveau pacte pour reconstruire notre modèle de développement, et pas seulement de mesures isolées les unes des autres pour relancer l’économie. Voilà pourquoi nos propositions sont centrées autour de six axes stratégiques.”

Les six approches de l’Istiqlal

“Nous proposons six chantiers liés au renforcement de la souveraineté nationale, à la cohésion sociétale, à la restructuration du système éducatif actuel, à la réforme du secteur de la santé, à la création d’emplois et à la transformation énergétique. Le renforcement de la souveraineté nationale passe par le renforcement de la sécurité alimentaire, sanitaire et énergétique, le développement du “Made in Morocco” pour les produits stratégiques, ainsi que la sauvegarde de la souveraineté économique. Le renforcement de la cohésion sociale concerne pour sa part la réduction des inégalités sociales, territoriales et intergénérationnelles. Nous devons travailler sur un Revenu universel unifié en tant que mécanisme de protection sociale. S’il est basé sur un ciblage des catégories défavorisées, il permettra de fournir un soutien direct et conditionnel.

La restructuration du système éducatif requiert une alphabétisation numérique, une formation des enseignants, des élèves, et une réhabilitation des écoles, en particulier au niveau du monde rural. Dans le secteur de la santé, le parti propose des mécanismes d’instauration d’une couverture sanitaire universelle, et d’amélioration de la qualité de l’accès aux soins. Pour la relance des emplois, nous appelons à un plan Marshall pour les entreprises, mais également à la création d’une Banque nationale d’investissement public, pour aider à financer et restructurer les PME et TPE. Et la dernière proposition porte sur la transformation écologique nécessaire pour assurer la durabilité de l’économie, suivant le Plan de développement des énergies renouvelables.”

Aides publiques

“Il y a aujourd’hui près de 6 millions de familles marocaines qui ne vivent que grâce au soutien de l’État. Un grand problème va se poser dans un futur proche, et personne ne peut encore prévoir comment se portera le marché du travail après la levée du confinement. Voilà pourquoi nos propositions en matière de création d’emplois reposent sur de grands chantiers publics. Il est vital pour notre économie de recommencer à enregistrer des jours de travail, et de garantir des opportunités d’emplois. Pour ce faire, nous devons déterminer et soutenir des secteurs prometteurs.

Selon la dynamique économique que nous réussirons à instaurer, il s’agira également de réfléchir aux meilleurs moyens de s’assurer une intégration économique. L’objectif sera de rendre les TPE et PME capables de faire des autoentrepreneurs leurs partenaires. En plus de la faible capacité de ces entreprises à survivre et à rester concurrentielles, la fragilité du système de protection sociale et de l’aggravation des disparités sociales et territoriales nous font craindre le pire. À ce rythme, nous assisterons certainement à une augmentation effrayante du chômage, et cela entraînera un appauvrissement de la classe moyenne et une augmentation des indicateurs de pauvreté. Aujourd’hui, environ 10 millions de personnes en situation vulnérable risquent de passer en dessous du seuil de pauvreté. Le gouvernement doit rapidement et efficacement agir pour y faire face, et pour se lancer dans un plan audacieux de relance économique.”

Dette publique et privée

“Il faut savoir que notre pays est contraint de s’endetter. Opérationnellement, il est important que la dette augmente car il y a une baisse des recettes de l’État de 40 milliards de dirhams, doublée d’une baisse des points du PIB. L’État va devoir emprunter, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, soit les deux. Si l’État emprunte uniquement dans le marché interne, l’entreprise ne trouvera pas de sources de financement car la dette augmentera de façon spectaculaire. Il y aura dans ce scénario un effet d’éviction et l’entreprise ne pourra pas pleinement profiter du financement.

Et si l’on a uniquement recours à l’emprunt extérieur, l’autre risque est de perdre notre souveraineté monétaire au profit du FMI. Or, il est inacceptable de revenir à la situation vécue durant les années 1980 et 1990. Nous devons instaurer un nécessaire équilibre entre ces deux sources d’endettement. Mais soyons clairs : il faut qu’il y ait une part d’emprunts extérieurs pour permettre l’entrée de devises.

En revanche, je dis qu’il est infructueux d’avoir le regard braqué uniquement sur la question de la liquidité, et penser que nous pourrons y remédier en recourant à l’emprunt. Pour preuve, de nombreuses entreprises créancières se voient aujourd’hui obligées d’emprunter, pour des raisons de trésorerie.”

Un gouvernement de technocrates

“Il s’agit d’un débat fabriqué de toute pièce, car nous avons dépassé cette problématique durant le siècle dernier. Le Maroc s’est engagé depuis le gouvernement d’Alternance consensuelle dans des évolutions importantes en matière de consolidation du choix démocratique. Et c’est l’occasion de rendre hommage à feu Abderrahmane Youssoufi qui en était l’artisan. Cela a été inscrit à la Constitution de 2011 qui a aussi instauré le principe de reddition des comptes.

Celui qui demande des comptes c’est évidemment le roi, mais également le peuple via les urnes. Et ce sont les citoyens qui décident qui va diriger la prochaine phase du domaine politique. Voilà pourquoi tout ce débat n’a aucun fondement aujourd’hui. Et en plus, il n’y a pas de crise politique pour recourir à un quelconque gouvernement de type union nationale. Ce qu’il y a c’est une crise sociale et économique, et des défis majeurs.”

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