Abdelkrim Benatiq : " Youssoufi n’était jamais dans la rupture en cas de désaccord, jamais frontal"

Durant ses débuts de militant au sein de l'USFP ainsi que durant son mandat de secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie sociale, des petites et moyennes entreprises et de l'Artisanat puis de secrétaire d'État au Commerce extérieur dans le gouvernement Youssoufi, Abdelkrim Benatiq a connu de près feu Abderrahmane Youssoufi. Il le décrit comme un homme plaçant les intérêts de son pays au-dessus de tout.

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Abdelkrim Benatiq Crédit: Tniouni

Ssi Abderrahmane a la double casquette de militant-encadreur. N’oublions pas qu’il a commencé à Hay Mohammadi comme résistant ayant la responsabilité d’encadrer les jeunes ouvriers Cosumar. Il était conscient dès le départ de cette responsabilité de former et d’encadre.

Il n’a jamais cessé de militer pour un projet de société où la démocratie participative est le pivot. Cela passe par le renforcement des institutions, et ça a été son choix juste après l’indépendance.

Tous les désaccords clés entre l’UNFP et l’Istiqlal étaient au niveau de la conception : Quel type de société pour demain ? Ses trois piliers étaient la démocratie institutionnelle, l’intégrité territoriale, car 1956 n’était qu’une étape parmi d’autres pour s’acheminer vers l’indépendance du pays, et la répartition des richesses. C’est comme ça qu’on arrive à comprendre qui était Abderrahmane Youssoufi.

Exilé, il n’est jamais resté en rupture avec l’évolution de la société marocaine. En tant que militant en désaccord avec le pouvoir de l’époque, il défendait le Sahara marocain à l’international. Un modèle à gauche, capable d’être au front pour arracher des acquis politiques et institutionnels, et en même temps conscient que notre intégrité territoriale ne subit pas les divergences politiques. Sa participation sonore au congrès exceptionnel de 1975 est une transition vers un vrai parti socio-démocrate malgré le débat interne.

Le silence est un langage chez lui. Il n’est jamais dans la rupture quand on est en désaccord avec lui, jamais frontal. C’est un pédagogue de proximité, toujours via le silence.

Il a présidé le Ve congrès de 1989 qui allait vers un clash terrible. C’était un teste entre Bouabid et les tendances syndicalistes, mais Ssi Abderrahmane avec toute sa pédagogie arrivait à rapprocher les positions.

On découvre Ssi Abderrahmane lorsqu’on a beaucoup d’intimité avec lui. Dieu sait combien il est difficile d’être à la fois sage et leader dans les moments difficiles. Rapprocher les clivages à gauche est difficile, et parfois impossible. Je me rappelle en plein gouvernement d’Alternance, l’avoir ramené discrètement chez Noubir Amaoui à Tlat Louled des Ben Ahmed. Les deux étaient en désaccord. J’étais au comité exécutif de la CDT à cette époque. Ils ont discuté pendant une heure et demi. Et Amaoui le considérait comme son maâlem « maître », ce qui a une référence chez nous, Marocains.

Ecouter l’autre et ne pas réagir pour le déstabiliser et l’impliquer dans la gestion des difficultés. Il était comme ça Ssi Abderrahmane. Parmi les choses que j’ai apprises tardivement dans les années 2000, c’est que tout en étant désaccord avec le Maroc politique des années 1970, il défendait la vision et la souveraineté maritime du Maroc à l’ONU.

Une responsable onusienne m’avait dit que Youssoufi ne mélangeait pas entre sa position politique et les intérêts stratégiques du Maroc. On l’oublie car il y a eu des ruptures générationnelles.

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