Tafra appelle le HCP à rendre accessibles les micro-données de ses enquêtes

Pour Tafra, “en se privant de l’intelligence collective, l’État se condamne à prendre des décisions difficiles dans une incertitude accrue”.

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Le siège du HCP à Rabat. Crédit: DR

Le centre de recherche Tafra a adressé, lundi 13 avril, une lettre ouverte au Haut-Commissaire au Plan, Ahmed Lahlimi, l’appelant à “rendre accessibles l’ensemble des micro-données” des enquêtes et recensements réalisés par le HCP. À travers cette lettre — signée par 72 chercheurs, enseignants, avocats, journalistes et autres membres du centre de recherche — Tafra exprime un souhait partagé, celui d’accéder aux “micro-données du recensement général, et à la documentation afférente, ainsi qu’à celles des enquêtes socioéconomiques sur les ménages, l’emploi, la consommation”.

“À l’heure actuelle, les données publiées par le HCP, y compris les ‘micro-données du recensement’ sont incomplètes”

Tafra

À l’heure actuelle, les données publiées par le HCP, y compris les ‘micro-données du recensement’ sont incomplètes, puisqu’un grand nombre de variables et de méta données sont manquantes, et présentées à une échelle géographique qui empêche toute analyse pertinente”, note la lettre ouverte.

Tafra souhaite travailler “de manière bénévole à la production de solutions déterminantes au défi posé à notre pays, et au soutien des efforts des pouvoirs publics et de la société civile, pour le relever”. L’organisation précise “disposer des compétences, du savoir-faire et de la volonté pour accomplir (son) devoir citoyen”, mais pas “des données brutes indispensables à ce travail”.

Réponse du HCP

Le lendemain, mardi 14 avril, le département géré par Ahmed Lahlimi a publié un point sur la mise à disposition du public des micro-données de (ses) enquêtes et études”. Le HCP y rappelle qu’il “procède, depuis 2019, à la diffusion des micro-données des enquêtes et recensements réalisés dans le strict respect du caractère confidentiel des données individuelles”, citant notamment “le fichier des micro-données du recensement général de la population et de l’habitat 2014 (RGPH)”.

“D’autres publications de micro-données sont programmées au fur et à mesure que les travaux d’anonymisation sont achevés”

HCP

Celui-ci présente, d’après la même source, “les caractéristiques démographiques, socioéconomiques, culturelles et environnementales relatives à un échantillon représentatif de 3.535.000 individus et de 798.000 ménages au niveau provincial, régional et national”.

Le HCP mentionne également “les micro-données de la dernière enquête nationale sur la consommation et les dépenses des ménages, portant sur les dépenses annuelles selon les différents postes de consommation ainsi que les caractéristiques démographiques et socioéconomiques de la totalité de l’échantillon enquêté”, publiées en novembre 2019.

L’organisme statistique promet également que “d’autres publications de micro-données sont programmées au fur et à mesure que les travaux d’anonymisation sont achevés, notamment celles de la dernière enquête nationale sur le budget temps”.

De l’importance des “méta-données”

Contacté par TelQuel, Karim El Hajjaji, cofondateur de Tafra, estime que “le plus important est que le HCP se montre visiblement ouvert à la publication d’un maximum de données et qu’il soit disposé à accueillir les requêtes des citoyens”, ajoutant qu’“il ne faut pas oublier que ces données appartiennent en fin de compte aux citoyens, c’est la loi et la Constitution de notre pays qui le veulent”.

“Il ne faut pas oublier que ces données appartiennent en fin de compte aux citoyens, c’est la loi et la Constitution de notre pays qui le veulent”

Karim El Hajjaji, Tafra

Pour notre interlocuteur, par ailleurs secrétaire général du centre de recherche, “lorsqu’il y a des inquiétudes sur les données personnelles, ça ne doit pas être un prétexte pour refuser leur publication”. L’une des solutions serait d’après lui “la limitation de l’accès aux bases de données aux chercheurs”.

Interrogé sur le type de micro-données auxquelles les chercheurs désireraient avoir accès, Karim El Hajjaji cite comme exemple les résultats du RGPH au niveau des îlots. “Un économiste pourrait étudier les effets des aides directes aux ménages, cela aiderait un épidémiologiste pour un modèle épidémique ou encore un président de commune pour mieux orienter sa politique”, explique-il.

L’autre problème auquel un chercheur pourrait se confronter serait selon lui la taille des unités sur lesquelles portent ces données. “Par exemple, les micro-données du RGPH sont fournies au niveau de la province ou de la préfecture. C’est un territoire immense avec des caractéristiques très différentes. La préfecture d’Agadir fait environ 2300 km2”, conclut-il.

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