Sélection culturelle de confinement : Souheil Ben Barka

Cinéma, littérature et musique. Souheil Ben Barka, cinéaste et ancien patron du Centre cinématographique marocain (CCM), nous livre sa sélection pour adoucir le confinement.

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Souheil Ben Barka a été directeur du Centre cinématographique marocain (CCM) de 1986 à 2003. Amok (1982), son film le plus remarqué, retrace l’histoire d’une famille sud-africaine sous l’apartheid. Crédit: DR

L’Île nue, Kaneto Shindō, 1960

On pourrait croire que le cinéma italien a eu un gros impact sur moi, car j’ai fait mes études là-bas, mais en fait, pas vraiment ! Ce sont les films japonais qui ont forgé mon regard en matière de 7e art. J’aime beaucoup les films nippons où il y a très peu de dialogues, sans artifices ni fanfares… et si je devais en choisir un, je dirais L’Île nue de Kaneto Shindō (1960).

Dans ce film sublime, on suit, en silence, la laborieuse vie d’une famille de paysans. Ils sont sur une petite île japonaise et se battent au quotidien pour s’approvisionner en eau douce, indispensable pour irriguer leur plantation. Dans L’Île nue, il n’y a pas de dialogues, mais une force incroyable se dégage de chaque prise. Je me souviens l’avoir vu à Rome, au cinéma, c’était une révélation. Je pense l’avoir vu plus de 25 fois !

Extrait du film L’Île nue. © DR

Un autre film me vient à l’esprit, c’est Le Septième Sceau de Bergman (1957). Quand j’ai vu le film, j’avais les yeux qui brillaient devant Max von Sydow qui incarnait le chevalier Antonius Block. J’espérais qu’un jour je puisse tourner un film avec lui et trois décennies plus tard, j’ai réussi à le faire ! Il a accepté de jouer dans Les Amants de Mogador (2002). C’est un acteur formidable !

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En temps normal, je suis catégorique, le film, c’est à voir au cinéma et pas devant un écran de télévision ou d’ordinateur. Mais confinement oblige, j’ai fait une dérogation dimanche soir en regardant Barry Lyndon de Kubrick, diffusé sur la chaîne franco-allemande Arte. La première heure battait de l’aile, je me suis un peu ennuyé, mais juste après, la dynamique a changé et finalement j’ai pris un grand plaisir à regarder ce film.

Lors du tournage du film Barry Lyndon, avec à gauche le cinéaste Stanley Kubrick. © DR

Les femmes de l’islam, Marek Halter, 2015

C’est un écrivain passionnant et j’aime particulièrement ses écrits sur des figures féminines historiques dans les religions monothéistes comme Aïcha, Khadija ou encore Marie. De manière générale, il a beaucoup écrit sur les religions hébraïque, catholique et musulmane et je trouve son regard et ses analyses sur la question théologique assez pertinentes et justes…

Marek Halter. © Vincent Capman/Paris Match

Il y a une trentaine d’années, on s’était croisés dans des conférences et depuis, je suis son travail avec beaucoup d’attention. Je relis aussi les Évangiles, le Coran, la Bible, ça me passionne beaucoup. Je me replonge dans ces écrits passionnants et j’y trouve aussi des contradictions incroyables… de quoi douter quelques fois (rires). Et en ces temps de confinement, j’ai moi-même repris l’écriture d’un scénario de film sur la figure de Léon l’Africain que j’avais commencée dans les années 80.

Ne me quitte pas, Jacques Brel, 1959

La musique m’accompagne tous les jours. Chaque matin, je mets mon casque et je marche dans mon petit jardin. Mes choix sont vraiment éclectiques, cela va de la musique burundaise jusqu’à Abdelhalim Hafed. Mais s’il y avait un musicien à classer au-dessus de tout le monde, je dirais Jacques Brel.

C’est l’unique chanteur qui m’a fait pleurer à sa mort. Je me souviens que j’étais en plein montage de mon film Noce de sang quand la nouvelle de son décès m’est parvenue. J’ai fondu en larme et je n’ai pas pu travailler pendant deux jours ; je pense. C’est un homme extraordinaire que j’ai eu la chance de rencontrer lors de réceptions en Europe. Et ma chanson préférée de Brel reste Ne me quitte pas, c’est tellement évident !

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