Salah Eddine El Ghomari: “J’ai un problème existentiel avec le coronavirus”

Salah Eddine El Ghomari Crédit: DR

Smyet bak ?

El Haj Ali.

Smyet mok ?

Lalla Fatima.

Nimirou d’la carte ?

D328925.

L’émission “Questions sur le coronavirus” a réuni la semaine dernière plus de six millions de téléspectateurs, soit 37% de parts d’audience de 2M. C’est un exploit d’avoir coiffé au poteau plusieurs émissions populaires de la chaîne, non ?

Le concept de l’émission a été pensé et préparé en 24 heures. En ces temps difficiles, il était important pour nous de parler au public et surtout de lui donner la parole. Et quoi de mieux pour faciliter l’échange que les réseaux sociaux et les nouvelles technologies?

“On reçoit à peu près 40.000 messages vidéo et écrits par jour. Donc oui, je suis agréablement surpris par le succès de l’émission !”

Salah Eddine El Ghomari

L’idée de départ était une capsule de 13 minutes, on a finalement démarré avec une émission de 20 minutes, et aujourd’hui nous sommes à 35 minutes. Et pour rigoler, je me dis qu’on va terminer avec un talk-show de 90 minutes. Pour vous dire, on reçoit à peu près 40.000 messages vidéo et écrits par jour. Donc oui, je suis agréablement surpris par le succès de l’émission!

Le principe de l’émission est simple, la parole est donnée aux téléspectateurs, et ce procédé a de l’écho auprès d’eux. Est-ce que vous avez senti l’engagement et l’engouement du public dès le début de la diffusion?

Pour le premier numéro, j’ai commencé avec mon cercle de connaissances. Je demandais à un maximum de personnes les questions qu’ils se posaient autour de la pandémie et du virus. Puis, nous avons communiqué un premier numéro de téléphone dédié à la réception des questions des téléspectateurs. Il y a eu un flux impressionnant, immédiatement!

D’ailleurs, la semaine dernière, les algorithmes de WhatstApp n’ont pas très bien compris ce trafic massif et ont décidé de bloquer, une première fois, ce numéro. Nous les avons contactés pour expliquer la situation, il a été rétabli puis bloqué définitivement. Donc, on a communiqué un autre numéro aux téléspectateurs et, en 20 minutes, nous avions déjà reçu 10.500 messages.

Face à cette déferlante de messages, comment faites-vous le tri? Qui choisit ceux qui passent et ceux qui ne passent pas?

“Les messages sont triés d’abord selon qu’ils soient écrits ou enregistrés, puis ils sont catégorisés selon le besoin et la thématique de chaque émission”

Salah Eddine El Ghomari

Les messages sont triés d’abord selon qu’ils soient écrits ou enregistrés, puis ils sont catégorisés selon le besoin et la thématique de chaque émission. On fait aussi un focus sur toutes les questions qui se répètent. Et donc, pour préparer l’émission, il y a une équipe éditoriale de trois personnes: un journaliste, un chef d’édition et moi-même, ainsi que les équipes du studio et d’informatique.

Parfois, il faut avouer que le choix des messages diffusés est assez déroutant, c’est le cas par exemple de la vidéo d’une dame qui demande si elle peut faire un tour sur sa terrasse. Vous ne trouvez pas?

“On reçoit des questions très complexes ou étranges”

Salah Eddine El Ghomari

Ce message semble en avoir interpellé plus d’un, mais que voulez-vous ? Nous avons la mission de répondre à peu près à toutes les questions, même les plus anodines (rires). D’ailleurs, on reçoit aussi des questions très complexes ou étranges. C’est le cas de messages liés à l’héritage, aux aides pour le secteur de l’informel, et j’en passe. Et je trouve que c’est une bonne chose, car l’émission a été conçue pour répondre aux interrogations de tout le monde. Dans le tri, nous ne faisons pas de sélection sociale. Et c’est important d’impliquer toutes les franges de la société.

Est-ce qu’à votre avis, l’émission a donné à voir un autre visage de la télévision publique, moins cadenassée et rigide et plus proche de son public?

Absolument. Des fois, on oublie que les gens ont une envie d’interagir malgré la distance. On peut dire qu’un fossé s’est creusé entre les téléspectateurs et les mass media comme la télévision publique, mais mon constat aujourd’hui est nuancé. Face à cette crise sanitaire sans précédent, ces mass media jouent un rôle important dans la transmission de l’information. Et avec des programmes comme “Questions sur le coronavirus”, le résultat est fantastique. Nous avons réussi à réconcilier le public avec la télévision.

Réconciliation, peut-être, mais, parfois, les responsables invités ne répondent pas vraiment aux questions du public. Est-ce frustrant ou est-ce que vous êtes habitué?

“J’insiste beaucoup sur une chose essentielle à mes yeux: la vulgarisation de l’information en parlant en darija”

Salah Eddine El Ghomari

De manière générale, présenter le JT durant plus de 20 ans m’a appris beaucoup de choses. Quand j’invite quelqu’un, mon objectif n’est pas de le coincer, mais de le mettre en confiance afin qu’il accepte de jouer le jeu. Et pour cette nouvelle émission, j’insiste beaucoup sur une chose essentielle à mes yeux: la vulgarisation de l’information en parlant en darija.

Venons-en à votre nouvelle dégaine. On connaissait le Salah Eddine El Ghomari austère du JT, et on vous retrouve complètement transformé. Vous avez changé de ton, vous parlez darija et vous semblez plus passionné… Quel a été le déclic de cette fougue nouvelle ?

D’abord, il faut savoir que je ne suis pas un adepte du costard cravate, je ne le mets que pour présenter le journal. Pour cette émission, il fallait que je sois moi-même. Mes proches me reconnaissent.

Et la veste en cuir, c’est un petit clin d’œil à Christophe Hondelatte ?

(Rires) C’est plutôt un clin d’œil à Monsieur tout le monde. D’ailleurs, ce sont mes propres habits et c’est mon style de tous les jours. Et puis, je trouve que le concept de l’émission est aux antipodes du costume cravate. J’ai aussi opté pour la darija pour être au plus près du public, car elle permet une transmission optimale du message.

Pourquoi donc ne pas penser à instituer de manière plus large l’utilisation de la darija comme vecteur de transmission à la télévision publique ?

Je ne suis pas contre, mais cela nécessite un long et profond débat, car, comme vous le savez, la langue officielle du pays est la langue arabe… Quoi qu’il en soit, je trouve que la darija peut être un excellent moyen de communication dans les mass media, il faut juste trouver un équilibre pour l’intégrer.

Votre émission a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux et vous avez été trollé par les internautes. Ça vous amuse ou pas du tout?

“C’est réconfortant de voir que les internautes n’ont pas perdu de leur humour”

Salah Eddine El Ghomari

Évidemment que ça m’amuse! Et ça ne date pas d’aujourd’hui. Même quand je présentais le JT, les internautes faisaient des memes. Je ne suis pas actif sur les réseaux sociaux, mais je suis ce qui s’y passe. Et c’est réconfortant de voir que les internautes n’ont pas perdu de leur humour et je les en remercie.

La question que tout le monde, ou plutôt de ceux qui vous trollent, se pose aujourd’hui : avez-vous un problème personnel avec le virus ?

Je pense que j’ai un problème existentiel avec ce virus ! Tout simplement parce qu’on ne s’attendait pas à cette grave crise sanitaire, on imagine aujourd’hui les pires scénarios. D’ailleurs, ce n’est pas propre à ma personne, le monde entier a un problème existentiel avec le coronavirus. Pour l’endiguer, toutes les nations sont mobilisées, c’est un combat de tout un chacun.

 

LE PV

Que vous soyez un fidèle du JT de 13h sur la deuxième chaîne ou que vous l’ayez un jour subi durant un déjeuner familial, la tête de Salah Eddine El Ghomari, présentateur historique du journal en langue arabe depuis plus de 20 ans, vous est certainement familière. On le connaissait placide et austère, et voilà qu’avec sa nouvelle émission “Questions sur le coronavirus”, on le découvre fougueux et passionné, au point de devenir meme material.

Le journaliste invite quotidiennement un officiel à répondre aux questions des téléspectateurs avant de reprendre lui-même le flambeau en répondant, avec entrain, aux questions générales des Marocains, nombreux devant leurs petits écrans. Rien que la semaine dernière, l’émission a bondi à la cinquième place des programmes les plus vus, entre le 18 et 24 mars, sur 2M. Un classement d’ordinaire dominé par l’entertainment.

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