Crash en Iran : pour Ottawa, le Boeing a sans doute été abattu par un missile iranien

Le Boeing 737 qui s’est écrasé le 8 janvier près de Téhéran a sans doute été abattu par un missile iranien, probablement par erreur, a affirmé le 9 janvier le Premier ministre canadien Justin Trudeau, en s’appuyant sur des sources de renseignement canadiennes et alliées.

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L'avion, qui venait de décoller de Téhéran pour Kiev, aurait changé de direction suite à un départ de feu. Crédit: AFP

Jeudi 9 janvier au soir, l’agence américaine en charge de la sécurité des transports (NTSB) a annoncé que les États-Unis allaient participer à l’enquête sur le crash de l’avion d’Ukraine International Airlines deux minutes après son décollage de Téhéran. Cette catastrophe qui a entraîné la mort de 176 personnes, majoritairement des Iraniens et des Canadiens, est survenue peu après des tirs de missiles par Téhéran sur des bases utilisées par l’armée américaine en Irak.

Premières pistes

Nous avons des informations de sources multiples, notamment de nos alliés et de nos propres services, qui indiquent que l’avion a été abattu par un missile sol-air iranien”, a déclaré Justin Trudeau lors d’une conférence de presse. “Ce n’était peut-être pas intentionnel”, a-t-il ajouté. “Ces informations vont sans aucun doute provoquer un nouveau choc aux familles déjà endeuillées par cette tragédie sans nom.

“J’ai le sentiment que quelque chose de terrible s’est passé”

En réaction à l’annonce d’Ottawa, l’Iran a aussitôt demandé au Canada de lui fournir ces informations, en parlant de “mises en scène douteuses”. Pour le Premier ministre canadien, ces derniers développements renforcent “la nécessité d’une enquête approfondie”, à laquelle il souhaite que son pays soit associé.

Son homologue britannique Boris Johnson lui a emboîté le pas, affirmant qu’il existait un “ensemble d’informations” selon lesquelles le Boeing 737 ukrainien aurait été “abattu par un missile sol-air iranien”. “Cela pourrait bien avoir été accidentel”, a-t-il déclaré dans un communiqué.

Sans se montrer aussi explicite, le président américain Donald Trump avait plus tôt exprimé ses “doutes” sur la thèse d’un problème mécanique. “J’ai le sentiment que quelque chose de terrible s’est passé”, avait-il dit, évoquant une possible “erreur”.

Dénégations iraniennes

Les autorités iraniennes affirment de leur côté que les “rumeurs” selon lesquelles l’avion d’Ukraine Airlines International aurait été abattu par un missile n’ont “aucun sens”. “Une chose est sûre, cet avion n’a pas été touché par un missile”, a déclaré le président de l’Organisation de l’aviation civile iranienne (CAO), Ali Abedzadeh, ce vendredi 10 janvier lors d’une conférence de presse à Téhéran.

“Nous confirmons que l’avion a été en feu pendant 60 à 70 secondes mais dire qu’il a été touché par quelque chose ne peut pas être correct sur le plan scientifique”

Ali Abedzadeh

Les informations (contenues) dans les boîtes noires (de l’appareil) sont absolument cruciales pour l’enquête, et toute déclaration avant que leurs données soient extraites n’est pas un avis d’expert”, a-t-il affirmé. Le vol PS752 de la compagnie Ukraine Airlines International s’est écrasé mercredi 8 janvier au matin, quelques minutes après son décollage de Téhéran. “Nous avons vu certaines vidéos”, a déclaré Ali Abedzadeh. “Nous confirmons que l’avion a été en feu pendant 60 à 70 secondes”, mais dire “qu’il a été touché par quelque chose ne peut pas être correct sur le plan scientifique”, a-t-il ajouté.

Confusion autour des boîtes noires

Une certaine confusion règne sur le sort de ces boîtes noires, cruciales pour les investigations à venir. Mercredi 8 janvier, l’agence Mehr, proche des ultraconservateurs, a cité des propos d’Ali Abedzadeh selon lesquels l’Iran ne remettrait pas les boîtes noires aux Américains. Mais le ministère iranien des Transports a depuis rejeté “les rumeurs sur la résistance de l’Iran à livrer les boîtes noires (…) aux États-Unis”.

Seuls quelques pays, dont les États-Unis, mais aussi l’Allemagne ou la France, ont les capacités techniques d’analyser les boîtes noires. Jeudi 9 janvier, Téhéran a invité Boeing, le constructeur de l’aéronef, à “participer” à l’enquête. Le Bureau canadien de la sécurité des transports a pour sa part indiqué avoir accepté une invitation de l’autorité de l’aviation civile iranienne à s’y joindre également. Justin Trudeau a par ailleurs estimé que la France, dont la société Safran fabrique les moteurs du Boeing 737 en partenariat avec l’Américain General Electric, devrait être associée étroitement aux investigations.

Une cinquantaine d’experts ukrainiens sont arrivés jeudi 9 janvier à Téhéran pour participer à l’enquête et notamment au décryptage des boîtes noires de l’appareil. “À un moment ou un autre, ils remettront les boîtes noires, idéalement à Boeing, mais s’ils les donnent à la France ou un autre pays, cela irait aussi”, a affirmé Donald Trump.

Pays endeuillés

Cette catastrophe aérienne est la plus meurtrière impliquant des Canadiens depuis l’attentat contre un Boeing 747 d’Air India en 1985, dans lequel 268 Canadiens avaient trouvé la mort. Pays qui accueille une importante diaspora iranienne, le Canada a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran en 2012 en reprochant à la République islamique son soutien à Bachar al-Assad en Syrie.

Kiev, de son côté, examine différentes hypothèses de travail parmi lesquelles un tir de missile antiaérien, l’explosion d’une bombe placée à bord, ou encore une collision avec un drone. Le président Volodymyr Zelensky a décrété le jeudi 9 janvier journée de deuil national, promettant d’établir la vérité sur ce drame.

Selon un rapport d’enquête préliminaire de l’aviation civile iranienne, des témoins oculaires ont rapporté qu’un incendie avait été observé dans l’avion. La CAO laisse entendre que parmi les témoins de l’incendie figurent des personnes au sol et d’autres à bord d’un appareil qui se serait trouvé au-dessus du Boeing au moment du drame.

Après ce départ de feu d’origine encore indéterminée, l’avion a changé de direction, et, selon la CAO, il “était sur le chemin du retour à l’aéroport” quand il s’est écrasé dans un parc de loisirs près de Chahriar, ville située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de la métropole téhéranaise.

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